Restons donc sur « homo en banlieue », comme un récent bouquin l’a bien vendu. Première possibilité : on accrédite l’idée que l’obscurantisme, le machisme, l’intolérance viennent d’une population (banlieue) pour des raisons essentiellement culturelles, religieuses (en prenant soin tout de même de vaguement dessiner le contexte social, histoire de « faire gauche »). Les exemples de témoignages recueillis iront alors globalement dans le même sens. Conclusion : après les femmes, les homos des quartiers deviennent ceux qui veulent se libérer des traditions, des croyances pour être de vrais Français comme les autres, libres, affranchis. Ils sont les résistants à l’archaïsme, les nouvelles victimes des sauvageons de cité.
Deuxième possibilité (inexplorée mais, bon, qui pourrait l’être : avis aux amateurs…) : on ouvre l’éventail de la réflexion. En comparant avec d’autres milieux coupés de la sphère parisienne : petites villes, milieux ruraux, outremer… En regardant (même rapidement) pourquoi les quartiers populaires ont moins eu accès, de manière active et impliquée, aux grands débats de société des quarante dernières années (féminisme, écologie et mouvement homo). En étant ouvert à la complexité des identités d’aujourd’hui, notamment sur les questions culturelles et religieuses. Où l’on constate, notamment chez les 20-30 ans, une multitude de positionnements. Avec beaucoup d’homos croyants, voire pratiquants, affirmant l’importance de leur judaïsme, de leur islamité ou de leur christianisme. Et, certes, beaucoup d’autres rejetant toute référence religieuse. Il ne s’agit pas de nier les uns au profit des autres, mais de constater que ces schémas d’appartenance à un groupe ou un autre sont aujourd’hui très élastiques.
À partir de cette démarche là, il serait étonnant que chaque témoignage d’« homo en banlieue » ne soit que l’expression de rejets, de haines, de violences, de harcèlements. Dans son dernier numéro (et le sujet avait déjà fait l’objet d’un reportage il y a trois ans), Respect Mag est allé écouter la parole de jeunes Antillais et Africains qui se retrouvent lors de soirées gays spécifiques. Certains ont aussi évoqué la « double appartenance » (« culturelle/homo », ou encore « quartiers/homos ») et les rejets qu’ils pouvaient ressentir dans leur communauté. Pas tous : certains semblaient, notamment, en harmonie avec leur famille. Et la plupart ont davantage parlé de leur difficulté à être reconnus dans le milieu gay, et des clichés « ethniques » qui leur collent à la peau.
Méfions-nous des simplifications qui posent, encore davantage, de frontières. Et rappelons que le milieu du travail vient en tête des actes homophobes, rapidement suivis par « le voisinage », « la famille et l’entourage » (1). Non pas – seulement – dans les banlieues, mais bien sur l’ensemble du territoire national.
1. Rapport 2009 SOS homophobie





















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(1) : disponible prochainement