Depuis le début, le hip hop inclut dans son message la critique sociale, la lutte contre les inégalités et le désir de changement. Son histoire est d’ailleurs en partie liée à celle du Mouvement des Droits Civiques aux Etats-Unis.(1)
En Europe, le hip hop a émergé il y a vingt ans, d’abord en imitant la scène américaine : beaucoup d’artistes choisissaient alors de rapper en anglais ; les Européens se voulaient parfois plus Américains que les Américains eux-mêmes... Ces dernières années, les choses ont changé. « Aujourd’hui, la plupart des artistes néerlandais écrivent leurs textes en hollandais et parlent de leur expérience », écrit le journaliste Saul van Stapele, spécialiste du hip hop, dans le journal NRC Handelsblad. Radna Rumping, qui anime une émission de hip hop sur la radio néerlandaise nationale NPS, constate elle aussi une nouvelle manière de s’approprier la langue : « Des artistes comme DuvelDuvel utilisent constamment des mots issus des dialectes du Surinam, ou inventent leurs propres mots, qu’ils mélangent ensuite au hollandais. »
Partout en Europe, le hip-hop prend des saveurs locales. En Autriche, on assiste à l’émergence de scènes régionales, où les paroles sont écrites dans des patois locaux. Au Portugal, comme aux Pays-Bas, le passé colonial du pays est très présent dans la scène rap. Rui Miguel de Abreu, du journal Blitz, explique que les plus grandes stars du hip hop mixent du portugais avec, par exemple, de l’angolais. « Il y a eu un boom incroyable du hip hop « fait maison » ces dernières années », commente le journaliste. En Pologne, le rap est un outil d’expression pour les blockers, ces jeunes chômeurs blancs des quartiers pauvres. En Finlande, les rappeurs les plus populaires sont des Blancs des banlieues d’Helsinki, dont les textes dénoncent les inégalités et le chômage.
La Turquie offre un autre cas de figure. La journaliste Pinar Ögunc, du journal Radikal, raconte que le hip hop est arrivé dans ce pays avec les enfants des Gastarbeiter, Turcs partis travailler en Allemagne. Elle décrit les premiers textes comme extrêmement conservateurs, tendant vers le nationalisme. Le hip hop, qui était à l’origine une culture de jeunes marginalisés, y a été utilisé comme support à la promotion de l’Etat turc. « Il a fallu du temps pour que la scène rap locale s’ouvre aux minorités », explique la journaliste, en constatant que c’est de plus en plus le cas. Le hip hop est perçu aux Etats-Unis comme une musique black, pourquoi ne serait-il pas, en Turquie aussi, la musique des minorités ? » Pinar Ögunc pose la question, allant jusqu’à comparer les Kurdes aux Noirs Américains.
Les témoignages cités dans cet article sont extraits d’interviews menées lors d’ateliers de journalisme à Istanbul (sur les médias indépendants) et à Rotterdam (sur le journalisme hip hop).
(1) Dans les années 1950-1960, lutte pour l’abolition de la ségrégation raciale, au terme de laquelle les Noirs-Américains ont pu jouir de leurs droits civiques fondamentaux.
























