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Grand écran : Tel Aviv, le paradoxe

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1 Novembre, 2009
Par: Réjane Ereau

Du 4 au 29 novembre, le Forum des Images (Paris) se penche sur « Tel Aviv, le paradoxe ». Portrait cinématographique d’une ville « qui résume à elle seule les contradictions israéliennes ». Explications par Laurence Briot, programmatrice.

Pourquoi s’intéresser à Tel Aviv ?

Le Forum des Images réalise régulièrement des « portraits de villes ». L’idée d’en consacrer un à Tel Aviv est née dans le cadre de son centenaire, et de son partenariat avec la Mairie de Paris. Tout en ayant en tête que, du fait du contexte très particulier d’Israël, on ne pourrait parler de cette cité comme de n’importe quelle autre. On a tout de suite tenu à souligner ses paradoxes, à pointer la manière dont le cinéma s’efforce de montrer d’autres images que Tel Aviv l’insouciante, la riche, l’occidentale.

La programmation rend-elle compte de toutes ces autres facettes ?

On s’est heurté à plusieurs difficultés. Primo : le manque cruel de films réalisés par des Palestiniens ou des Arabes israéliens. Tel Aviv est une ville très blanche, dont la construction par les « pionniers » a entraîné un exode massif des populations arabes. Ceux qui restent, peu nombreux, sont méprisés. Quant à ceux qui habitent dans les territoires palestiniens, ils ont bien d’autres urgences que de filmer Tel Aviv ! Autre difficulté : les cinéastes pro-palestiniens boycottent souvent les manifestations fréquentées par les Israéliens ou financées en partie par les autorités. En plus, beaucoup d’entre eux voient dans Tel Aviv le symbole du pouvoir sioniste – à la différence de Jérusalem, ville mixte, déjà coupée en deux.

Certains films israéliens sont assez critiques envers le pays...

Le cinéma israélien n’est pas aveugle : en filigrane, t’as toujours un personnage qui a du mal à passer un check point, un soldat traumatisé par des scènes insoutenables (comme dans La bulle d’Eytan Fox)… Même s’ils ne montrent pas directement le conflit et les territoires occupés, les films actuels soulignent de manière évidente comment la société israélienne, en elle-même, est porteuse de contradictions , de racisme et de clivages. Ajami en est le parfait exemple : coréalisé par un juif et un arabe, il est à la fois un constat amer de la société israélienne, et un plaidoyer pour la paix : "on est ensemble, il faut vivre ensemble, toutes minorités confondues !" Les Ashkénazes méprisent les Séfarades, les arabes israéliens et les juifs éthiopiens sont traités comme des citoyens de seconde et troisième zones… Tant que la société dominante israélienne ne se remet pas en question, tant qu’elle ne prend pas conscience de sa violence intrinsèque, rien ne bougera. Le cinéma agit comme un miroir: hormis Les méduses, tous les films récents sont durs.

Le signe d’une tendance ?

Un film comme Ajami marque sans doute les prémices d’un mouvement. L’émergence de réalisatrices comme Ronit Elkabetz, Keren Ye-Dayat (Jaffa), Annemarie Jacir (Le sel de la mer) et autres, est aussi révélatrice. Leurs œuvres parfois très crues et très féministes sont à même de bousculer cette société très clivée, fermée et intolérante. Mon trésor par exemple, un film sur la prostitution, dresse un portrait atroce du soldat, qui souligne la dureté du système envers tout ce qui est étranger... Des œuvres comme celles d’Eytan Fox (Tu marcheras sur l'eau) donnent une couleur politique au cinéma, sous des formes romanesques. A noter également un cinéma d’animation très engagé et radical, dont Valse avec Bachir est emblématique.

Le programme de « Tel Aviv, le paradoxe » inclut aussi de nombreuses tables rondes…

Leur objectif est d’aborder tous les sujets qui ne pourront l’être via les images. L’une sera consacrée au conflit, l’autre à l’identité chaotique de Tel Aviv – en présence du géopolitologue Frédéric Ancel et peut-être d’Ofer Bronstein, président du Centre international pour la paix et ancien conseiller d’Itzhak Rabin. Intéressante aussi : une rencontre avec l’architecte Catherine Weill-Rochant, auteur d’un Atlas de Tel Aviv, et l’écrivaine Tamar Berger, dont le roman Place Dizengoff retrace l’histoire des familles qui ont habité à l’emplacement actuel d'un énorme centre commercial. L’une est l’autre montrent comment les populations palestiniennes qui vivaient là au début du siècle ont été écartées de la ville.

Demandez le programme !

A noter : concert du groupe israélien Boom Pam le 14 novembre au Forum des Images, dans le cadre du festival Jazz'n'Klezmer


La petite histoire du cinéma israélien

Par Laurence Briot, programmatrice au Forum des Images (Paris)

  • La première école de cinéma est née dans les années 60 à l’université de Tel Aviv. L’époque est marquée par le mouvement de la Nouvelle Sensibilité, très inspiré de la Nouvelle Vague française. La période est assez calme, le pouvoir bien assis ; les films ne sont donc pas politiques, mais empreints d’une sorte de douceur de vivre.
  • Avec la Guerre des six jours, vient le temps de la désillusion ; le cinéma israélien des années 70 montre l’errance, le questionnement d’une société qui se demande si elle va un jour s’en sortir.
  • Dans les années 90, émerge une vague de films très militants, politisés, critiquant très ouvertement Israël. Parmi eux : l’excellent La vie selon Agfa d’Assi Dayan (fils du militaire et homme politique Moshe Dayan).
  • Les années 2000 marquent d'abord un repli des idéaux sur l’hédonisme, l’individualisme. Comme une envie de s’en foutre et de vivre « malgré tout »… Mais si les films se détournent du conflit, ils n’en montrent pas moins la dureté de la société israélienne. Pas mal d’entre eux abordent par exemple la question de la main d’œuvre sans papiers (venue remplacer les Palestiniens, coincés de l’autre côté des check points). Ainsi, dans Janem Janem, Haim Bouzaglo fait le remake de son propre film Mariage blanc, réalisé vingt ans plus tôt, en remplaçant le personnage du Palestinien par un clandestin étranger ! Beaucoup de films tournent aussi autour de l’immigration russe de Tel Aviv – sous forme de polars, d’histoires de mafieux…
  • Les films qui sortent actuellement des écoles de cinéma israéliennes expriment la violence de la société : comment être homo, comment vivre son service militaire, poids de la religion, difficultés des rapports de genre… Ca va être dur pour les jeunes! A noter que les films des étudiants palestiniens de la petite école de cinéma installée sur la bande de Gaza, eux, ne sont pas du tout engagés. Ils parlent d'amour, de vie quotidienne, pas de lutte ni de conflit. 
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