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Goreala

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1 Mai, 2008
Par: Réjane Ereau

Issus des quartiers Est de Nairobi, réputés pour leur violence, les mots et le flow de Goreala dégagent une tout autre énergie. Sa présence aussi.

À ses côtés : Projekt, autre rappeur kenyan, et Boulaone, DJ made in France. « On s’est rencontré par le biais d’une asso hollandaise qui fait le pont entre artistes d’ici et là-bas, explique ce dernier. Mon rôle est de les accompagner techniquement dans la construction de l’album, en me mettant au service de leur son, de leur vibration musicale. On a bossé sur les instrus par correspondance, puis j’y suis allé pour enregistrer les voix, dans un studio au cœur du ghetto. Une collaboration naturelle, une rencontre magnifique. »
 

At the end of the road / I remember the cold / When our members of parliament got old / And didn’t care about the normal people / I guess we’re not equal.
 
 
« Cet album parle de politique, de la vie dans les bidonvilles de Nairobi, mais aussi des difficultés de tout enfant d’Afrique », précise Goreala. Disparités sociales, chômage, conflits ethniques, corruption... « Mais surtout espoir, réconciliation, plaidoyer pour le changement. Les choses n’évoluent pas forcément dans le bon sens, mais j’ai décidé d’être constructif : face aux maux de notre société, rapper le refus de tomber dans le désœuvrement et la criminalité. Tu ne peux pas combattre la violence par la violence. Seule la positivité viendra à bout de la négativité. »
 
We just became slaves in the land of the free / our father up in heaven bless and let it be / the truth kwa macho zetu right we can see / tuishi kwa peace ndio blood kwe mwili isiwee ku spill. 
 
« Les mots nous viennent dans une langue ou l’autre, selon l’inspiration. Certaines choses sont dures à expliquer en anglais, alors on les dit en swahili. » Ou en sheng, « l’argot des jeunes de Nairobi, qu’on manie depuis tout petits »… Et qui nourrit leur rap free style. « J’ai l’impression d’avoir toujours eu ça en moi. Écrire et enregistrer dans la foulée permet de garder le feeling du moment. Une fois la machine lancée, impossible de s’arrêter ! »
 

 

Coz when the sun was out and the beats were still on / We said fuck it let’s make another song… 

Sorti en décembre 2007 au Kenya, l’album tourne en radio et télé. « On souhaite juste continuer à faire de la bonne musique et parvenir à en vivre, sans brader nos valeurs. Avant, je me disais : pourquoi je chante, quel impact sur le futur ? Aujourd’hui, j’essaie d’écrire des textes dont ma fille sera fière. Être un exemple pour les jeunes ? Ce serait cool. Leur insuffler l’envie de vivre leurs rêves. » Au Kenya et ailleurs. « On rappe pour le peuple, où qu’il soit. La diffusion internationale porte notre message partout dans le monde… Et renforce la pression sur nos gouvernants, pour qu’ils se bougent. On a Eminem au Kenya, pourquoi pas Goreala et Projekt aux USA ? » 

www.myspace.com/gorealamusic 
www.uptoyoutoo.org


 
Il était une fois Ragz 2 Records
  • 2004. L’association hollandaise UpToYouToo sponsorise l’album collectif Kilio cha Haki (Cri pour la justice), réunissant 38 artistes hip hop des bidonvilles de Nairobi. Les bénéfices du projet permettent la création d’un studio d’enregistrement au cœur des Eastlands. 
  • 2006. Ouverture officielle du studio Ragz 2 Records. Objectifs : faire émerger de nouveaux talents, professionnaliser, favoriser la visibilité des questions (et solutions) en faveur des quartiers pauvres. Gestion confiée à des jeunes du coin. 
  • Et maintenant ? Accès payant, mais inférieur de moitié au tarif habituel. Tous les ans, une dizaine de jeunes sont repérés dans le ghetto pour un accès gratuit (afin de promouvoir leur talent et le travail en studio). Tous les profits sont investis dans de nouveaux équipements ou dans des projets de développement en faveur de la jeunesse défavorisée.
  • Et ensuite ? Volonté de produire régulièrement des albums collectifs, moyen de « promouvoir l’unité parmi ces artistes qui vivent dans des conditions difficiles et ont besoin de motivation pour relever les challenges auxquels ils doivent faire face. »

 
Jeunes urbains, clé du changement
 
  • Entre 1989 et 1999, 85% de la population kenyane a été absorbée par les bidonvilles de Nairobi et Mombasa. La grande majorité des habitants des bidonvilles sont jeunes. 
  • Dans les dix prochaines années, pour la première fois, la population urbaine de la planète va dépasser la population rurale. 
  • Le nombre d’habitants en Afrique subsaharienne devrait tripler d’ici 2050. 
  • 88 millions de jeunes dans le monde sont sans emploi (soit 47% des 186 millions de chômeurs de la planète). Sans compter ceux qui arriveront en âge de travailler dans la prochaine décennie. 
  • La Banque mondiale estime aujourd’hui que la grande majorité des gens qui échappent à la pauvreté y parviennent en créant leur propre business. D’où la nécessité de développer l’entrepreneuriat chez les jeunes des quartiers pauvres.
  • La situation des jeunes urbains pauvres est pire que celle des jeunes des campagnes. Par manque d’éducation et d’égalité des chances, le taux de chômage y est colossal. 
  • Par rapport aux autres pays d’Afrique, les compétences entrepreneuriales des jeunes Kenyans sont assez faibles. On note cependant la création de mouvements de solidarité parmi les jeunes, pour améliorer leurs conditions de vie
 
Sources : Organisation internationale du travail, Un-Habitat, UpToYouToo Foundation

 

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© D.R.
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