Rébecca 25 ans Je fais une différence entre un garçon pour une nuit et un garçon pour construire. Mais le mec pour une nuit peut se transformer en relation amoureuse. Une fille peut vouloir une relation sexuelle avec un garçon puis s’engager. Le contraire est difficile, la fille est rangée dans une catégorie. Beaucoup de mecs ont deux schémas de filles: la maman ou la putain. Eux peuvent niquer des nanas sans problèmes. S’ils rencontrent une fille et se posent un moment avec elle, beaucoup vont se dire: «C’est pas moi, ça. C’est pas mon identité d’être posé avec elle.» Une fille avec qui il a couché… Les garçons sont élevés comme des princesses: ils savent se préserver même quand les filles ne cherchent pas à les agresser. Beaucoup préfèrent nous consommer, plutôt que d’essayer de construire, tout en rêvant à la femme idéale qui serait différente. Globalement, on apprend aux filles à construire, et aux garçons à consommer. Un fossé se creuse entre certains hommes qui évoluent et la majorité qui régresse. Ces comportements ne relèvent pas de catégories sociales, c’est une question d’individus.
Olivier 20 ans C’est clair, on a du mal à respecter une fille avec qui on a couché. Je sais, c’est con. Une fille qui a des capotes avec elle, ça l’fait pas.
Aurélie 25 ans C’est grave! C’est pas parce qu’une fille a des capotes avec elle, qu’elle couche avec plein de mecs. C’est toujours pareil, il y aurait celles qui couchent et celles qui couchent pas. Et pour vous, le problème ne se pose pas!
Olivier Oui, en théorie je suis d’accord.
Aurélie En théorie? Sauf que c’est surtout une question de pratique.
Habib 24 ans C’est vrai, on a tendance à séparer le sexe et le reste. Les mecs ont tendance à classer les filles. Je suis content de voir que ça n’est pas que dans la cité…
Aurélie Non, non, c’est assez général, mais c’est pas une raison: vous devriez bouger, évoluer, tous, au lieu de rester là-dessus.
Amina 22 ans Moi, des relations d’une nuit, je n’en veux pas. C’est pas ma conception de la vie. Mais on ne doit pas classer une fille là-dessus. Parce que, les mecs, quand ils le font, c’est avec des filles… Alors on tourne en rond ! Il y a des Rebeus qui font ça avec des Blanches, et ne le supporteraient pas d’une Maghrébine. À l’inverse, j’ai vu des Blancs des beaux quartiers se payer une petite Africaine, sans jamais la présenter à la famille, ça non! Dans les cités, on voit surtout des mecs traîner. Il y a des filles qu’on ne laisse pas sortir. Qui ne doivent pas s’habiller pour pas provoquer… Mais plein de filles sortent sur Paris: la cité, ça ne les intéresse pas. Elles veulent voir autre chose. OK pour aider celles qu’on enferme chez elles. Mais il ne faut pas généraliser…
Aurélie C’est drôle, il y a plein de «mais» dans ce que tu dis !
Amina Oui, parce que c’est pas simple. D’un côté, certains trucs ne vont pas. De l’autre, on met toujours les filles maghrébines dans un rôle de victimes. C’est ça ou rien! La plupart des filles musulmanes, et des garçons aussi, veulent bouger, et sont en train de le faire. Ils ne veulent plus des modèles imposés.
Aurélie Il y a aussi plein de choses qui nous influencent tous, tous les jeunes. Regarde les clips… Y a plein de filles qu’on relooke en poufiasses. Même celles qui ont du talent… Après, ils vont faire un reportage sur les tournantes, mais faut voir l’image des femmes qu’ils donnent.
Samira 21ans Le pire c’est le r’n’b! [éclats de rires]
Amina Par contre, il y a une chose avec laquelle nous, les gens de cité, avons du mal, c’est être entre garçons et filles. On est davantage séparés, c’est vrai même pour moi et mes copines. Les rapports sont moins naturels.
Habib Oui, on a moins l’habitude. On est moins à l’aise. Pour moi, c’est différent depuis que je suis à la fac.
Samira Ceux qui ne rencontrent pas des milieux différents (par exemple s’ils n’ont pas de boulot) restent plus sur leur position. Dès qu’on se mélange, on a envie de prendre des choses à gauche et à droite. On a plusieurs modèles. J’ai grandi dans une cité de la banlieue lyonnaise, et je vis seule depuis trois ans. J’ai cinq frères, dont trois plus âgés. Je vous entends déjà penser «dur, dur». Et bien non, j’ai été soutenue par ma famille dans mon désir d’études, d’indépendance financière. J’ai construit MA vie et j’y ai été encouragée. Dans la cité, il y a des jeunes mecs qui pensent faire la loi et manager les filles, il ne faut pas leur faire de cadeaux… Je travaille dans la com. Je constate que ce milieu-là n’est pas très avancé. Il faut voir la difficulté qu’ont les mecs (des jeunes!) à être dirigés par la boss (une femme).Il faut entendre les suspicions sur les filles qui progressent («Elles couchent?»). Et c’est évident qu’entre deux femmes, même talent et même niveau, la différence se joue sur la séduction, selon les critères des hommes. Ma boss elle-même le reconnaît.
Amina Dites, les garçons, vous n’avez pas beaucoup parlé! Habib On écoute.
Aurélie C’est comme ça, quand les filles parlent, les garçons ont peur de s’exprimer. Ils n’ont pas vraiment l’habitude…
























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