Novembre 2008, Obama est en meeting à Columbus, capitale de l’Ohio. Avant lui, à la tribune: des responsables locaux et… un prêtre! Deux jours plus tard à Chicago, la foule attend son nouveau président. On lui balance d’abord un révérend. «La place de la religion dans la campagne présidentielle montre à quel point cette dimension est présente dans la société américaine, commente Andrew, enseignant dans l’Illinois. Même si personne ne l’a cru, Bush a justifié la guerre en Irak en déclarant que Dieu lui avait parlé! Et Obama a dû adapter son discours pour faire taire les rumeurs sur son lien à l’Islam.» Une attitude que les jeunes musulmans américains ont du mal à avaler: «Pour répondre aux attaques, il s’est contenté d’un “ah mais non”. Comme si être musulman était une tare! Dans la lignée de son discours, juste et sensible, sur les races, pourquoi n’a-t-il pas dit que cette religion était aussi respectable qu’une autre, aussi porteuse de valeurs et d’amour?» tempête Linda Sarsour, directrice de l’Arab American Association de New York.
«Aux États-Unis, la religion n’est pas taboue, mais certaines sont mal vues, confirme Zeenat Rahman, chargée des relations extérieures d’Interfaith Youth Core (Chicago). Depuis le 11 septembre, les discours se sont radicalisés, tout le monde juge sans connaître. Les musulmans sont victimes d’un gros mouvement islamophobe, les juifs sont suspectés de contrôler le pays… Le conflit entre Israël et la Palestine pèse sur les rapports entre juifs et musulmans. L’important est d’agir là où l’on vit. En s’interrogeant par exemple sur ce que ça veut dire, ici, aujourd’hui, d’être musulman américain ou juif américain.»
Car visibilité ne veut pas dire dialogue. Juliana Schnur est étudiante à New York University: «Affirmer haut et fort son appartenance ne signifie pas que tout est résolu, qu’on se connaît, qu’on avance ensemble! J’ai grandi dans une banlieue où la moitié des gens sont juifs. Avant de m’installer à New York, je n’imaginais pas qu’on puisse ne rien savoir de ma religion. Vivre dans des milieux homogènes n’incite pas à se poser de questions. New York est le royaume du melting pot, tous les cultes y cohabitent. Les interactions sont fréquentes au niveau intellectuel, professionnel mais, sur le plan individuel, on reste sur nos communautés.»
D’où la volonté de l’association Interfaith Youth Core de favoriser le dialogue interreligieux: «Dans les lycées et les universités, la vie sociale s’organisée en fonction de l’appartenance à une confession ou une ethnie. Aucune initiative pour bâtir des passerelles.» La méthode? «Créer la rencontre par le biais d’actions communes, sur des thèmes fédérateurs comme l’hospitalité, le respect de l’environnement…Puis inciter chacun à partager son rapport à la foi.» Enjeu: tordre le cou aux discours extrêmes, du genre «toutes les religions sont le diable» ou «c’est comme ça qu’il faut croire et pas autrement». Entendre d’autres voix. «Pour faire comprendre qu’on vit tous notre religion d’une manière personnelle, que chacun doit pouvoir le faire comme il le souhaite. Moi par exemple, je ne suis pas super muslim! Je suis ce que je suis, personne ne me représente ni ne peut parler à ma place.»
























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