Historiquement, la religion c’est :
– Un des facteurs qui façonnent ta vision du monde. Par exemple, un Catholique pratiquant conservateur n’approuvera pas la politique du gouvernement en matière de planning familial. Pour un Hindou, ce ne sera pas un problème. L’avortement est légal en Inde, ces questions n’y font pas débat.
– Une source d’identité. Hormis peut-être, désormais, pour les habitants de l’Occident… Et tant que le reste du monde résistera à la pression de plus en plus forte de la mondialisation ! (qui tend à l’uniformisation).
– Un moteur d’action. N’oublie pas qu’aux Etats-Unis, la campagne pour les droits civiques des Noirs a été menée principalement par des leaders religieux. C’est dans la religion que la communauté afro-américaine a puisé la force de se battre. Regarde aussi l’utilisation qu’en font les extrémistes de tous bords… Ils ont compris que la religion incite les gens à se bouger, pour le meilleur ou pour le pire.
– Un impact sur ce que tu produis et consommes. Si tu demandes à un ami hindou orthodoxe de venir dîner chez toi, tu dois savoir qu’il ne faut pas lui servir du bœuf. Peut-être même refusera-t-il de manger dans une assiette qui en a contenu. Autre exemple : l’éthique calviniste de l’épargne a joué un rôle important dans la place économique des Protestants.
– Une structuration sociale. Non seulement entre les religions, mais au sein de celles-ci : différenciations entre sunnites et chiites dans l’islam, système de castes dans l’hindouisme, etc. Elle fournit également des explications sur certaines segmentations : place des hommes et des femmes, situation dans l’échelle sociale…
– Un standard d’évaluation. « La Bible dit que », « le Coran dit que », « c’est bien ou c’est mal »… Ces critères peuvent t’aider à juger du bien-fondé d’une action ou d’une politique.
– Un moyen de communication. Si tu es musulman, même si tu ne parles pas l’arabe, cette langue fait le lien entre toi et les reste des croyants, puisque c’est celle du Coran. D’ailleurs, la diffusion de la langue arabe doit beaucoup à l’Islam ! De même que la croix est un signe d’identification chez les Chrétiens.
– Un ensemble de valeurs. Qui fixent un cadre aux politiques publiques, tant dans leurs objectifs que dans les moyens et les critères d’évaluation dont elles se dotent.
Aujourd’hui, la donne change… mais pas tant que ça :
– Le monde devient de plus en plus multiculturel. Aux Pays-Bas, par exemple, la moitié des enfants ne sont pas « ethniquement hollandais » ! L’éducation te permet de te sentir « comme les autres »… Mais quand vient l’heure de chercher un emploi ou un logement, si tu te heurtes aux barrières de la discrimination, tu peux avoir tendance à te replier sur un mode de vie alternatif, dont une des composantes peut être la religion. On a ainsi vu des enfants d’immigrés aller chercher des réponses à leur mal-être dans la foi, alors que leurs parents n’étaient pas pratiquants. La question de la diversification religieuse n’est pas l’apanage de l’Europe : elle se pose aussi avec l’arrivée de migrants bangladeshi en Inde, de travailleurs hindous et philippins au Moyen-Orient…Comment assurer la liberté de culte de tous ces gens ?
– Face à la globalisation, les identités locales reprennent du poil de la bête. D’un côté, les interactions se multiplient, tout le monde est de plus en plus en lien… Mais pour ne pas se perdre au sein de ce « village planétaire », les gens renouent avec leurs racines, leurs origines, réaffirment leurs particularismes.
– Dans les pays où la liberté politique est réduite, la religion peut aussi s’avérer l’un des seuls moyens pour les jeunes d’exprimer leurs idées et d’agir pour améliorer le système. Dans les pays occidentaux où cette liberté politique existe, la religion répond à un autre type de manque : celui créé par une société désorientée, où les valeurs humaines semblent se perdre, où l’on ne croit plus en la chose politique, qui n’est plus guidée par de grandes idéologies. Pour trouver un cadre et des repères, les jeunes peuvent avoir tendance à se tourner vers la foi.
Merci également à Emmanuel Kattan et Isabelle Legaré (Alliance des Civilisations) pour leur contribution
ALLIANCE DES CIVILISATIONS : KEZAKO ?
Née en réaction à la guerre en Irak et aux attentats islamistes du 11 mars 2004 à Madrid, l’Alliance des Civilisations a pour vocation de trouver des initiatives concrètes pour « sauvegarder la diversité culturelle dans un monde globalisé » et faire reculer « intolérance, radicalisme et fondamentalisme ». Portée par le président espagnol José Luis Zapatero et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, épaulée par l’ONU, elle s’est réunie pour la première fois en Espagne en janvier 2008. Quatre priorités : l’éducation, la jeunesse, les migrations et les médias. Le prochain sommet de l’Alliance des Civilisations se tiendra les 6 et 7 avril 2009 à Istanbul (Turquie)... NoGhetto sera de la partie !























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