Comment écris-tu ?
Je ne sais pas travailler à la commande. L’idée fuse. Impossible de savoir quand elle va venir. C’est comme la chasse aux papillons: ce qui est beau doit être saisi tout de suite.
Te considères-tu comme un chanteur engagé ?
J’essaie d’être un citoyen engagé.À l’échelle de son quartier, on peut tous essayer de bouger les choses. Je crois en cet engagement-là. En tant que musicien, ayant davantage accès au micro, j’ai une responsabilité. Mais l’art est une liberté: chacun peut saisir ou non ce micro.
Les Argentins te croient espagnol, les Turcs italien, les New-Yorkais chilien. «Identité nationale» ?
Pour moi, ça ne signifie rien de concret. Un mec de Tourcoing ressemble plus à un Liégeois qu’à un Marseillais; il existe un monde entre la culture d’un Madrilène et celle d’un Basque. Les frontières imposées ne sont que celles de l’argent, de la guerre et de la souffrance.
Ton regard sur le monde ?
Je suis nul en poésie, mais je vais faire l’intello cinq minutes. René Char a dit: «la lucidité est la blessure la plus proche du soleil». Si tu regardes comment va le monde, ça fait plutôt mal. De quoi avoir parfois envie de prendre un bâton de dynamite et de tout faire sauter! Plein de jeunes n’ont pas trouvé de moyen positif pour canaliser leur rage. Moi, c’est la musique et l’écriture… Mais je refuse de sombrer dans le cynisme: trop facile. L’optimisme est la seule bouée de sauvetage qu’il nous reste.
Dès 1989, tu menais des actions dans les quartiers sensibles…
On a monté des concerts partout, même là où personne ne voulait aller! Les rencontres étaient difficiles au début, mais finissaient toujours bien. On parlait le même langage. Cette aventure m’a apporté des amitiés à vie.
Conseil à jeune artiste ?
Bosser, ne pas attendre que ça tombe tout seul… et persévérer. Sans oublier la chance: quand elle passe, faut la saisir. Des claques, je m’en suis prises. Mais j’ai beaucoup appris. Ça remet les pieds sur terre !
























