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Quel est le statut officiel des minorités en Turquie ?
Il faut remonter au traité de Lausanne en 1923 qui codifie la reconnaissance des minorités, mais seuls les juifs et les orthodoxes sont concernés. Le seul critère retenu est la religion. Or les Kurdes sont musulmans, ils ne sont donc pas reconnus comme une minorité, alors qu'ils représentent aujourd'hui 15% de la population. Ce refus d'accorder des droits particuliers à des minorités s'inspire du modèle français, très jacobin. Mais la maturation de la société civile rend cette situation difficile à tenir.
Un Turc d'origine kurde est-il un citoyen comme un autre?
Il n'existe pas vraiment d'"apartheid" envers les Kurdes, mais les relations restent compliquées. Lorsque l'ancien Premier ministre Turgut Özal avait annoncé dans un discours officiel en 1992 qu'il avait du sang kurde, cela avait provoqué un scandale. Je pense que cela ne serait plus le cas aujourd'hui. Les Turcs d'origine kurde ne sont pas considérés comme des citoyens inférieurs, mais ils sont socialement très défavorisés. Le sud-est, qui est le berceau des Kurdes de Turquie, a toujours été une région sous-développée, frappée par l'exode rural et le conflit avec le PKK, mouvement indépendantiste armé.
Si les Kurdes sont officiellement des citoyens comme les autres, leur liberté culturelle est-elle pour autant respectée?
On observe des avancées, certes lentes, mais elles existent. La TRT (NDLR: la télévision publique turque) diffuse depuis peu en langue kurde. Certes, c'est très encadré et l'aspect politique de la question kurde n'est pas évoqué. Mais une telle chaîne était impensable il y a une dizaine d'années. Les associations commencent aussi à pouvoir enseigner les différentes langues kurdes. Il y a une évolution, des tabous tombent, j'en suis persuadé, même si ce n'est pas suffisant.
Etes-vous optimiste pour l'avenir?
Oui, le texte initié en décembre 2008 par quatre intellectuels et qui demande pardon aux Arméniens, même s'il n'a recueilli que 35 000 signatures sur 71 millions de Turcs, est extrêmement important et porteur d'espoir. Je ne nie pas que les difficultés sont fortes, mais c'est la preuve que la société se pose des questions. Les associations féministes ou de défense des droits de l'Homme se multiplient. C'est nouveau pour la Turquie qu'autant d'initiatives viennent de la base.
(1) Didier Billion est spécialiste de la Turquie contemporaine. Il est également directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).






















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