Où en sont les politiques de reconnaissance de la diversité en France?
C’est très simple: il n’y en a pas. La gestion de cette problématique, à droite comme à gauche, a été inefficace et décalée. À gauche, l’antiracisme des années 80 a mené à une impasse, tandis que la droite est longtemps restée focalisée sur les conditions d’attribution de la nationalité française. Ces deux approches ont occulté les enjeux réels et, notamment, la question des discriminations et de la ségrégation, avec un vocabulaire perverti et confus. Il faudrait déjà évacuer définitivement la notion «d’intégration». C’est un terme forgé par Robert Lacoste1 et associé à l’aventure coloniale de la France. Il opposait «l’assimilation», synonyme d’égalité des droits, au statut «d’indigène intégré». Ceux qui sont confrontés aux discriminations ne sont pas «en voie d’être français», ce sont des citoyens français. Leur problème n’est pas d’être intégrés, mais reconnus. Les émeutes de novembre 2005 sont une conséquence de la cécité des dirigeants sur le cumul des inégalités et la souffrance sociale.
Quelle est votre opinion sur la mesure de la diversité?
La diversité est un indicateur d’égalité. La mesurer est indispensable. La question n’est pas de savoir s’il faut le faire, mais de déterminer comment s’y prendre. Ce sujet a fait l’objet d’un grand débat et de beaucoup de polémiques entre juristes, sociologues et scientifiques. Il faut aujourd’hui passer à l’action politique. Je vais saisir le Parlement pour qu’il s’empare des modalités de mise en œuvre.
Qu’apporte le débat américain sur cette question?
Sur ce sujet, les Américains ont une révolution d’avance sur nous. Dès les années 1920, des initiatives ont été mises en place pour faire accéder des jeunes gens issus de milieux ruraux à l’université. Ce sont les prémices de l’affirmative action. Après le mouvement pour les droits civiques, des efforts considérables ont été faits en faveur des minorités visibles.
Bien sûr, les traditions françaises et américaines s’opposent sur beaucoup de points. Aux États-Unis, la ségrégation était reconnue par la loi (et, ce, au XXe siècle!) alors que la culture française est, dès 1789, profondément égalitariste. Même s’il ne faut pas oublier ses inégalités, notamment celles liées à la domination coloniale. On peut évidemment critiquer la société américaine sur de nombreux points. Elle a été inégalitaire et le racisme y persiste encore. Le pourcentage de Noirs dans les prisons est, par exemple, impressionnant mais regardons la composition de la population carcérale française!
Du point de vue de la diversité, comme indicateur de performance d’une égalité réelle, alors, oui, la société américaine est plus juste, avec un sens éthique plus développé. Leurs politiques publiques n’ont jamais hésité à désigner les problèmes, d’une façon jugée parfois brutale par les Français mais toujours publiquement assumée. Après des années d’affirmative action orientée en faveur des minorités visibles, ces politiques se recentrent aujourd’hui sur les questions sociales. Cela ne veut pas dire, comme on l’entend parfois, qu’ils se sont trompés, mais qu’ils ont solutionné des problèmes et avancent sur d’autres, avec pragmatisme. Notre société a beaucoup à apprendre de ces processus. Aux États-Unis, les élèves sont sensibilisés à la diversité du peuplement de leur pays. En France, cet aspect essentiel n’est étudié qu’au niveau du lycée, alors que notre pays est profondément marqué par les vagues migratoires depuis un demi- siècle.
C’est ce qui a permis l’émergence d’Obama?
C’est clair, et pas seulement d’Obama! Sa victoire révèle à la fois un dynamisme, une maturité démocratique et une forte conscience civique. Après avoir traité de front la question ethnique, les Américains sont en train de la dépasser, en allant vers une société post-raciale. Barak Obama était le meilleur candidat. C’est pour nous, Français, une leçon. Il nous faut agir sur un double niveau: favoriser l’émergence de nouveaux talents et travailler sur les représentations et les mœurs de notre société. Nous devons le faire, certes à notre manière, avec des outils adaptés à notre situation. Mais nous devons et nous allons le faire.
























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(1) : disponible prochainement