En introduction du rapport de l’année dernière, vous disiez, avec un peu de provocation, que « l’année 2008 était une année noire pour la diversité ». Et 2009 ?
Egalement une année de régression. La crise économique n’y est pas pour rien. La plupart des « patrons de presse » nous ont confirmé leurs problèmes budgétaires. Dans le meilleur des cas, ils ont gelé les effectifs, dans le pire, ils ont établi un plan social. Mais on ne considère pas cet argument. La diversité est un fait démographique et sociologique. Par ailleurs, l’offre média augmente. Sur les trois dernières années, on a vu le lancement de la TNT nationale, la TNT régionale, la RNT (radio numérique terrestre) et puis le lancement de la TV mobile. Sans compter les nouveautés sur le satellite et le câble. L’offre progresse vite et la représentation de la diversité régresse d’une manière générale. Elle s'améliore très lentement dans certains cas. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour preuve, le travail d’un groupe comme Canal + : le seul qui n’a pas de souci à afficher trois Noirs sur un plateau télé. La crise est un faux argument pour masquer l’échec ou l’hostilité des chaines sur ces questions. Elles manquent de volonté ou n’en n’ont pas du tout : France 2 et France 3, par exemple. A l’exception d’Harry Roselmack, la diversité se fait rare sur les programmes de fiction ou de divertissement de TF1. La chaine se repose sur ses lauriers, n’évolue plus et oublie qu’il n’y a pas que Harry. Sur la TNT, c’est terrible : la représentation des minorités y est très faible, pour des chaînes a priori jeunes. Quand on les interroge, beaucoup nous disent qu’ils diffusent des séries américaines. On ne parle pas de ça, mais de diversité franco-française ! Actuellement en télé, les « bons élèves » n’ont pas de mérite, et les mauvais ne sont pas sanctionnés.
En radio et presse écrite ?
Concernant le recrutement et les signatures en radio, le pole public remporte la palme. Ca ne signifie pas qu’il ne reste rien à faire. Sur Radio France, la diversité a une place. France Info, France Inter et France Culture se sont mobilisés, comparés aux radios « jeunes » (type Skyrock, NRJ, Fun radio), pour qui diversité rime avec musique black ! C'est impressionnant... Côté presse, c'est morne plaine, à l’exception du Parisien, qui compte quelques journalistes issus des minorités dans ses formats papier et numérique. La PQR, et notamment La Provence et l’Est républicain, commencent à bouger. Par contre, sur le contenu de l’information, on note globalement une forte mobilisation et une ouverture à des témoignages d’experts, dans divers domaines.
Vous publiez également des extraits d’un audit pour France Télévision…
Effarant, hallucinant, intolérable. Les extraits publiés dans le rapport se suffisent à eux-mêmes. Les deux personnes qui ont réalisé cet audit étaient venues pour travailler sur les représentations. Ils concluent sur des pratiques : la diversité, les minorités ethniques, le genre sexuel sont stigmatisés au sein du groupe public. Ils se sont demandés s’ils n’allaient pas envoyer leurs conclusions à la Halde. Ca n’empêche pas l’existence d’initiatives louables sur France 4 et France 5. Je ne parle pas de France O car ils servent un peu d’alibi au groupe. Lors de la fusion avec RFO, un engagement sur le fait que les animateurs des deux chaînes puissent travailler dans les différentes chaînes du groupe avait été pris. En réalité, ce n’est pas du tout le cas. De grands discours, de bonnes intentions, mais peu d’actes concrets.
Vos préconisations ?
Il faut impérativement que les médias conventionnés soient obligés de publier leurs offres d’emploi, pour que tout le monde ait les mêmes chances d’accès. Il faut combattre les logiques de cooptation. On demande aussi qu’un cabinet d’audit social réalise chaque année un rapport sur le niveau de recrutement, sur la transparence de la compétition, pour voir si les processus de recrutement sont appliqués et si les candidats ont tous les mêmes chances d'accéder à un poste. Le cabinet doit s’assurer que les gens issus des minorités en activité au sein d’un média ne sont pas discriminés. Exemple : une réunion est programmée à 20h. En terme de mobilité, ça ne va pas arranger une femme avec des enfants à charge. Il faut aussi veiller à un climat favorable pour tous. Qu’il n’y ait pas de suspicion par rapport à certaines origines. Comme c'est le cas actuellement (cf. l'audit de France Télévision). Pour chaque actu en banlieue, on demande aux personnes d’origine maghrébine de s’en charger, alors que la personne habite à Paris et ne connaît pas plus la ville en question que son collègue ! Ou alors, quand il s’agit d’un sujet sur l’islam, les mauvaises blagues fusent…
Pourquoi la France, qui diffuse des séries américaines avec des acteurs issus des minorités, n’est pas capable de produire ses propres séries ?
La télévision est schizophrène. Les grandes chaines diffusent des séries comme les Experts ou Urgences, mais lorsqu’il s’agit d’une fiction française, si ce n’est pas une série policière, on ne trouve pas de diversité. Ni dans les premiers rôles, ni dans les seconds. Ils sont capables de faire des fictions contemporaines où l’acteur se balade dans la rue, mais aucune minorité n'est présente ! Ils travestissent la réalité. Seule Canal + innove. Les autres s’imaginent que la fiction est forcément virtuelle alors que c’est l’inverse. Elle permet d’illustrer la réalité au plus près.
Le mot de la fin ?
Les téléspectateurs français plébiscitent la diversité. On a des compétences et des professionnels, frustrés, parce que les choses n’avancent pas. Tout ce monde s’impatiente. A coté des grands discours, ça ne bouge pas. A un moment, il faudra passer par la loi.
Elle existe déjà…
Oui, mais elle n’est pas appliquée et les sanctions sont inexistantes.
Lire le rapport / www.clubaverroes.com
1. Le Club Averroès (fondé en 1997) rassemble près de 400 professionnels des médias autour de la promotion de la diversité dans les médias français.























- Réagir aux articles
- Soumettre une contribution¹
- Répondre à un appel à témoignage¹
- Mémoriser un contenu¹
- Participer à un jeu¹
- Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
- T′abonner aux podcasts¹
- Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement