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Diversidad : l’Europe version hip hop

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8 Juillet, 2008
Par: Réjane Ereau

Des Suédois de Looptroop Rockers aux Autrichiens de Texta en passant par les Français de La Caution et le jeune Espagnol Porta, points de vue sur la place du hip hop en Europe. Témoignages recueillis à Vienne, à l’occasion du festival Diversidad (juin 2008).

TEXTA : Pères fondateurs du rap autrichien

Une culture complètement ignorée. « Le hip hop, en Autriche, ne fait l’objet d’aucun traitement économique, médiatique ou promotionnel. Cette culture existe ici depuis quinze ou vingt ans, mais la scène rap reste underground… Tout comme le reggae, le rock indie, l’électro ou la techno ! L’argent de la Culture va principalement aux musées, à l’opéra, aux trucs classiques. Des créateurs (vidéastes, musiciens ou artistes contemporains) font des choses dans leur coin, mais ne sont pas reconnus par les courants dominants. »

En cause : le contrôle des médias par des gens très conservateurs. « Ils ignorent tout de ces cultures et ne cherchent pas à les promouvoir auprès du grand public. Du genre "si c’est nouveau, n’y touchez pas !" Les rappeurs français se plaignent de n’être interrogés que sur les questions sociales ? Ici, on n’a même pas ce rôle ! Le lancement de radios privées n’a rien changé : à l’exception de FM4, toutes ne passent que de la pop. Pourtant, notre public ne cesse de se diversifier : aux fans de la première heure, plutôt issus de la scène rock, aujourd’hui âgés de 30 ou 40 ans, se mêlent jeunes amateurs de hip hop, mômes de dix ans connaissant surtout notre dernier album… »

S’imposer par la qualité artistique. « Pour changer les clichés qui collent à la peau des cultures urbaines, tous les acteurs (rappeurs, graffeurs, DJ, beat boxeurs) doivent unir leurs forces et mettre l’accent sur la qualité : ne pas se contenter de dire "kill the leaders" et de copier les rappeurs allemands, mais travailler nos sons et nos textes pour apporter un regard critique de manière intelligente et artistique. »

 


LOOPTROOP ROCKERS : Pionniers du rap suédois

Une couverture médiatique trompeuse. « En Suède, la couverture médiatique du rap est plutôt mauvaise. Pour faire croire qu’elle s’y intéresse, la presse s’empare d’un mec consensuel qui plaît à tout le monde, le porte aux nues pendant six mois puis le jette... Mais elle ne prend jamais la peine d’expliquer ce qu’est le hip hop. Les médias sont faits par des mecs d’une quarantaine d’années, plutôt issus du rock, pas par des jeunes qui connaissent et apprécient les cultures urbaines. Il existe bien quelques magazines spécialisés méritants, mais leur qualité journalistique n’est pas fameuse... Cette situation masque la multiplicité et la vigueur de la scène rap suédoise. On a donné l’impulsion ; aujourd’hui, de nouveaux groupes apportent leur son, leur style, tout en restant fidèles notre esprit d’indépendance, notre volonté de ne pas céder au formatage. L’enjeu : que leur travail soit reconnu, qu’ils puissent faire des concerts, vivre de leur musique. »

 

PORTA : Phénomène de la nouvelle scène espagnole

Elargir les horizons. « En Espagne, le rap reste perçu comme une culture de rue, marginale. Il occupe pourtant une place importante chez les jeunes. Il existe une multitude de groupes, la concurrence est rude ! Moi j’ai émergé grâce à Myspace – plusieurs millions de connexions sur les maquettes que j’avais mises en ligne. Comme je suis issu de l’ère digitale, certains disent que j’incarne une nouvelle génération de rappeurs… Peut-être aussi que mes chansons, en abordant des thèmes que n’importe quel jeune de mon âge peut vivre ou ressentir, sortent le hip hop de l’underground. Je ne me sens pas de responsabilité sociale ou politique particulière : je ne suis pas là pour remettre en cause le système, mais pour parler de ce qui me touche, sans tabou. Si j’ai envie de parler d’amour ou de Dragon Ball, je le fais ! Du coup, mon public fédère autant des amateurs de rap que des adolescentes qui n’écoutaient pas de hip hop jusque là. De quoi élargir un peu les horizons des cultures urbaines en Espagne… Les médias ? Qu’ils s’intéressent davantage à ma musique, moins à ma coupe de cheveux et à ma vie privée ! »

 

 

LA CAUTION : Esprits libres du rap français

Renouer avec l’esprit originel du hip hop. « Depuis longtemps, un réseau international de rappeurs communique via le Net. Nous, on a eu la chance de faire des featurings avec des artistes de plein de pays, de tourner en Amérique latine, en Europe, au Maroc… Ces ponts-là, humainement, apportent énormément. Et permettent de renouer avec ce qui est, à la base, l’énergie principale du hip hop : le rapprochement des êtres et des musiques, le dépassement de soi, et l’enrichissement personnel et artistique qui en résulte. Dans les pays où le hip hop en est à ses balbutiements, tu retrouves cette énergie, cette fraîcheur de départ. En Europe de l’Est, en Amérique latine, il nous est arrivé de traîner avec des mecs qui rappent H24 ! Pour nous, l’intérêt d’un événement comme Diversidad n’est pas tant de rencontrer du monde que de faire vivre la passion fondatrice du hip hop... En France, l’industrie a tué cet engouement. Bien, pas bien, peu importe : on n’est pas des apôtres de la nostalgie. Quelle que soit la situation, on s’adaptera, on continuera à faire de la musique, en essayant de ne pas perdre l’étincelle qui nous a donné envie de faire ce métier. »

Le soutien de l’Union européenne ? « On se fout que les institutions adoubent ou pas notre travail. Honnêtement,vu la médiocrité de ce qu’elles reconnaissent, on prend leur mépris pour un compliment ! L’émergence du hip hop un peu partout dans le monde prouve la puissance de ce mode d’expression. Le rap permet aux plus pauvres d’accéder à la création artistique, en passant instantanément du vécu à la musique, sans intermédiaires ni d’artifices. Une fois, en Allemagne, on nous a demandé de participer à un festival de poésie. On ne savait pas trop où l’on mettait les pieds ; on s’est retrouvé en conférence de presse à parler de la France et de nos écrits. Pendant le concert, ils ont projeté la traduction de nos textes sur grand écran, pour que le public puisse comprendre ce qu’on racontait. Preuve que les mecs ne nous avaient pas invités par hasard, qu’ils avaient pris la peine d’écouter, de comprendre nos paroles, de les disséquer de manière intelligente… Une super initiative ! »



SI JE TE DIS « DIVERSIDAD » ?

Texta (Autriche) « Très bonne initiative. C’est important de créer des connexions entre artistes, d’Autriche, de Suède et d’ailleurs. J’espère que le festival prendra de l’ampleur, qu’il s’ouvrira à d’autres zones géographiques : Europe de l’Est, Afrique, Amérique latine... Là où l’énergie du hip hop est aujourd’hui la plus vive. »

Looptroop Rockers (Suède) « On croise souvent des rappeurs d’autres pays dans des festivals, mais c’est la première fois que ces rencontres sont organisées de manière formelle. Autre grande nouveauté : que l’Union européenne ait accepté de soutenir financièrement l’événement ! Signe de la reconnaissance par les institutions de la place du hip hop comme puissante culture jeune. La diversité est une envie populaire chez les jeunes. Elle est aussi la preuve que notre musique est capable de toucher tout le monde, au-delà des frontières.

Porta (Espagne) J’ai été surpris et flatté d’être invité à participer, aux côtés de pointures historiques du rap comme IAM ou Looptroop Rockers. Partager la scène avec ces artistes, c’est un plaisir. Tous porteurs de thèmes différents, tous unis par le rap.

Myspace de Diversidad

 

 
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  2. Ahmed Larouz / Cedar Network / Europe / Pays-Pas / Ramadan Festival / Vivre ensemble
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  4. Christiane Taubira / Politique
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  7. Hiroshimaa / rap / Rappeur / Musique
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  1. Cultures
  2. edito / Marc Cheb Sun / Vivre ensemble
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