Les races existent-elles ?
« Des groupes franchement séparés les uns des autres pourraient être qualifiés de races distinctes. [...] En réalité, pour qu’un groupe se sépare d’une population, il faut qu’il s’isole durant un nombre de générations équivalent à l’effectif total du groupe. Par exemple, imaginons que 100 Français s'installent définitivement sur une île déserte. Au bout de 150 générations, les descendants de ces 100 premiers insulaires ne ressembleront guère au Français moyen. Il n’est pas question de sélection, mais d’une simple dérive sur le long terme : au bout de 100 ou 200 générations, l’analyse de leur patrimoine génétique révélera que ces îliens se séparent du reste de l’humanité. Nous pourrons dire, à ce moment-là, qu’il s’agit d’une race distincte ; mais elle ne sera ni meilleure, ni moins bonne que le reste de la population humaine, elle sera juste un peu différente. Mais attention : il doit s’agir d’une séparation rigoureuse, d’un isolement absolu ; il suffit d’un minuscule apport extérieur pour que tout soit remis en cause. C’est la raison pour laquelle une telle configuration de séparation absolue, sur des centaines de générations, ne se rencontre pas. Cela étant, dans l’histoire de l’humanité, il se peut très bien que des races aient existé. Il y a 20 000 ans, les habitants d’une zone retirée ont pu rester suffisamment isolés pour former une race ; mais comme les populations ont des échanges de gènes, d’éventuelles races de ce genre ont disparu. »
Albert Jacquard, extrait du livre L’avenir n’est pas écrit, en collaboration avec Axel Kahn, 2001, Bayard.
La diversité ?
« La richesse génétique est faite de la diversité. Il semble clair que cette constatation dépasse le champ de la biologie : la richesse d’un groupe est faite “de ses mutins et de ses mutants”, selon l’expression d’Edgar Morin, sociologue et philosophe français. Il s’agit de reconnaître que l’autre est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable. [...] C’est directement la leçon que nous donne la génétique. [...] “Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente”, Saint-Exupéry, Lettre à un otage. »
Albert Jacquard, extrait du livre Éloge de la différence. La génétique et les hommes, 1981, Points.
Tous humains, tous parents ?
« On s’est aperçu que les êtres humains sont identiques à 99,5 %. L’expansion de l’espèce humaine s’est faite à partir d’une population peu nombreuse. On descend tous de 10.000 à 20.000 personnes qui vivaient en Afrique, il y a 150 000 ans. Cette population a été très mobile, elle s’est déplacée, mélangée. Donc finalement, tous les hommes actuels ont une origine unique. »
Bertrand Jordan, extrait de sa conférence Diversité génétique et races, Cité des Sciences, 5 février 2009.
Minoritaires, majoritaires : une quête d’harmonie
C’est quoi les harmoniques ? Quand un instrument joue une note, par exemple un do, il en produit de fait plusieurs : le do majoritaire (volume élevé) ou « fondamental », et un ensemble de notes moins fortes, minoritaires : « les harmoniques ». Ces harmoniques donnent à chaque instrument sa sonorité particulière. On distingue le do d’une trompette du do d’un piano grâce aux harmoniques. Le majoritaire donne la note, les minoritaires donnent son identité à l’instrument. Sans ces harmoniques, tous les instruments auraient une même voix : triste musique !
Voyage en chimie. Tout le monde aime le parfum de vanille, mais son essence coûte cher. Heureusement la chimie nous sauve... Analysons l’essence de vanille, et trouvons la molécule majoritairement responsable de son goût particulier. Bon, on l’appellera Z. Maintenant, apprenons à fabriquer Z en quantité. Pratique, efficace, rentable : tout le monde est
content. Une question subsiste : si c’est la même chose, pourquoi peut-on distinguer le goût de la vanille naturelle du goût de Z ? La réponse est dans le «majoritairement responsable».
Comme en musique, la molécule fondamentale (Z) est accompagnée d’un ensemble de molécules minoritaires, appelées « harmoniques » par analogie. Toutes participent au goût final. Elles offrent à Z de la subtilité, des nuances. La fabrication de Z pure est un raccourci pratique et grossier. L’harmonie est un gain de finesse et de différenciation. Si Zfait la maligne en estimant pouvoir tout faire toute seule, elle se coupe un bras. L’industrie a des contraintes d’efficacité. Et la vie semble avoir ses contraintes à elle, plutôt de l’ordre de la subtilité. Sinon, elle ne se serait pas donné tant de mal pour ajouter à Z plein de molécules dans l’essence de vanille... Miam... Mes papilles lui disent merci !
De l’assimilation
Quand je mange une orange, un bataillon de molécules entre en moi, dont une bien connue : la vitamine C. Si son effet positif m'intéresse, autant manger de la vitamine C pure ! Pas si simple car, dans ce cas, mon corps l’assimile moins bien que si j’avais mangé des oranges. Etrange histoire ! Les molécules amies de la vitamine C présentes dans l’orange, parfois en faible quantité, l’aident à être assimilées par le corps. Leçon de l’histoire : un minoritaire aide un majoritaire à s’intégrer. En mangeant de la vitamine C pure, je voulais aller à l’essentiel. Alors qu’en réalité, il y a deux options : le quantitatif ou le qualitatif. Soit j’avale plus de vitamine C que nécessaire, parce que je sais qu’il y aura beaucoup de perte (mauvaise assimilation) ; soit je mange une orange (moins de vitamine mais mieux assimilée). L’exemple du naturel n’est pas toujours bon à décliner partout... mais souvent intéressant à observer!


















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