« Je suis américain, issu d’une famille juive pratiquante. En grandissant, je me suis rendu compte que les préjugés avaient la vie dure. Le monde change, les tensions du passé et les stéréotypes restent ! Pour bousculer ces a priori, rien de mieux que la rencontre, d’individu à individu. Problème : au Moyen-Orient, Juifs et Musulmans ne peuvent aller physiquement l’un vers l’autre, pour des raisons financières et politiques. En 2004, j’ai donc lancé des plates-formes Internet de discussion entre jeunes juifs et musulmans. Dans le premier groupe organisé, 23 pays étaient représentés. »
Trois ans plus tard, forts de cette expérience, les Enfants d’Abraham (dont les principaux donateurs sont à New York et Dubaï) s’intéressent à la France. « Le pays d’Europe où il y a le plus de juifs et de musulmans ! En Angleterre, où ces populations sont aussi très représentées, on sent un mouvement au sein de la société civile pour favoriser la rencontre. L’Hexagone, elle, a du mal à passer à l’action. C’est bien le problème de ce pays : on y parle beaucoup plus qu’on agit ! »
Le poids de la laïcité ? « Ce principe a de bons côtés : il permet d’obtenir des consensus nationaux sur des sujets comme l’avortement ou l’union homosexuelle, inimaginables aux USA. La France est la nation la moins religieuse de la planète – sans être pour autant un pays sans Dieu. On y sent une certaine crise spirituelle : la glorification parfois excessive de la laïcité a rendu taboue toute velléité d’exploration des questions religieuses. Les gens ne se sentent pas libres d’entreprendre ce voyage, qu’il les mène vers la foi (quelle qu’elle soit) ou vers l’athéisme ! »
D’où la nécessité pour Ari de revoir son approche, afin de convaincre le gouvernement français du bien-fondé de son action. « Je me suis aperçu que les mots “enfants d’Abraham” ou “communauté musulmane” mettaient les gens mal à l’aise. Qu’il fallait supprimer de mon vocabulaire toute connotation cultuelle et culturelle, pour m’axer sur les notions d’origine sociale et géographique. » Exit le « dialogue interreligieux », bonjour la « cohésion sociale », via un programme multimédia mettant en relation « des lycéens Zep et non Zep, de zones géographiques et de milieux sociaux différents ». Dix sessions de 45 minutes, « dont une seule axée sur le fait religieux – pour ne pas heurter l’Éducation nationale ! »
En parallèle, Génération Dialogue met en place une action d’apprentissage des différentes religions, en direction des enfants. « La France doit arrêter de voir l’Islam comme le grand méchant loup ! Il y a des milliers de manière d’être juif, chrétien ou musulman ; tu ne le comprends qu’en rencontrant les gens. »
PARLONS-NOUS, BON SANG !
Avant de créer Les Enfants d’Abraham, Ari Alexander avait consacré son mémoire de troisième cycle, réalisé à l’Université de Belfast, aux conflits communautaires en Irlande du Nord. Conclusion ? « Alors que le conflit entre Catholiques et Protestants est censé être terminé, seus 4% des enfants vont dans des écoles mixtes. Mélanger des élèves de différentes religions ne suffit pas à améliorer significativement le vivre-ensemble. Si les parents continuent à se détester, si tu ne lèves pas les tabous par le dialogue, comment veux-tu que ça marche ? »
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