Première rencontre avec David en mai 2008 à Saint-Étienne, à mi-parcours d’une tournée qui le mène de Paris à Sète... à bicyclette. « Y a-t-il encore de la place en ce monde pour les troubadours ? » se demande-t-il. Avec son vélo, sa carriole et ses chansons, l’artiste explore la question. Est-il encore possible de prendre le temps, d’aller à la rencontre des gens ? 80km par jour, trois semaines, vingt représentations. « J’ai joué chez des particuliers, dans des églises, des granges, une salle capitulaire… Pédaler stimule mon imaginaire. Pendant le spectacle, je suis là, bien présent, en empathie avec les gens. » Des gens qui, en fin de concert, glissent des mots dans sa "boîte à bidules" et livrent ainsi « des bouts de leur vie : dessins, poèmes, pensées existentielles… Des trucs hyper touchants ».
Refuser les formats
Retrouvailles un an plus tard, sur la route de son « Strasbourg-Ouessant à vélo volant ». L’artiste affirme sa démarche, le troubadour devient philosophe. « Tu quittes Paris, on te prend pour un fou, t’arrives dans les campagnes, on t’accueille avec chaleur. Plus j’avance, plus je suis dans l’échange, la recherche de sens. » Comment préserver sa liberté et rester éveillé dans un monde déformé par la vitesse et aliéné par la rentabilité ? « Je n’ai pas de culture politique, mais elle est en train d’émerger. Sans en faire une profession de foi (ce qui est bon pour moi ne l’est pas forcément pour les autres), je n’ai plus envie d’être figé, je refuse d’être étiqueté. Mon métier, plus je le fais simplement, à ma mesure, au plus près de ce que je suis, plus il prend son ampleur. Face aux miroirs aux alouettes qui obscurcissent les horizons et entravent la liberté, j’affirme ma résistance, en dépit des vents dominants et contraires. Au figuré comme au sens propre : sur la route, ça peut souffler ! » Quitte à se retrouver à jouer dans des villages où 50% de la population vote Front National... « Je m’efforce de ne pas y penser : quelle que soit la couleur politique, les yeux brillent pareil. En misant sur la poésie, l’écoute, l’imaginaire, je peux remuer des choses, ça peut ouvrir des portes. »
Saltimbanque dans l’âme
2010, quoi de neuf ? David est sédentaire ! Occupé à jouer En roue libre, un spectacle écrit en chemin, fruit de son expérience buissonnière. « Je suis heureux de faire une pause. J’avais besoin de souffler, de recharger les batteries. La route, ça te nourrit, mais ça te sèche aussi ! Jouer dans des lieux institutionnels, explorer une façon de travailler plus classique, disposer d’une scénographie, de lumières, ce n’est pas désagréable ! Même si je suis plus à l’aise dans une salle de proximité, si je me sais plus confortable dans l’inconfort, investir une vraie scène me permet de progresser, d’élargir ma palette, de me frotter à des publics plus exigeants. » Et de développer ses talents de conteur. «Je me suis rendu compte que tout ne passe pas forcément par les mots, qu’un geste peut être aussi fort qu’une belle trouvaille de plume. J’épanouis donc en moi le clown, l’homme de cirque. Le spectacle vadrouille de la chanson à la fable, la danse,la magie, le pantomime ; le jeu visuel participe au discours, au même titre que les textes. »
Chaleur partagée
Au point de laisser tomber vélo et carriole ? « À t’en parler, je m’aperçois que ça me manque ! Artistiquement, humainement… Mais on ne peut pas être dans l’extraordinaire tout le temps ! Je repartirai. » Au Québec, par exemple. « Pour l’instant, j’ai acheté la carte. Il faudrait que je programme un voyage propédeutique. » Autre gros morceau dans l’emploi du temps de David : C’est de famille, un concert-spectacle qu’il a écrit pour le jeune public. « Je me régale des réactions qu’il crée chez les enfants ! » Prochaine étape? « Ce que je perçois et ce que j’espère, c’est un spectacle accessible à tous, à partir de dix ans, qu’on viendrait voir en famille. Et dont chacun, à son niveau de lecture et d’émotion, ressortirait avec un sentiment de chaleur partagée… Au fond, je n’ai qu’une seule envie, qu’un seul enjeu : allumer les prunelles des gens. »
http://www.myspace.com/davidsire
UNE SCENE BUISSONNIERE ?
« L’industrie musicale est de plus en plus monopolisée par quelques artistes, les prétendus découvreurs ne font plus leur travail. Quand tu sors un disque sans moyens, ta promo aussi reste à la marge : pas de radio, de moins en moins de magasins… Malgré tout, je ne me sens pas seul : des électrons libres existent dans toutes les disciplines artistiques. Un groupe de rock est par exemple en train de parcourir l’Amérique centrale sur des vélos amplifiés : les spectateurs pédalent pour alimenter leurs guitares électriques ! Un peu partout, des individus se bougent pour créer le lien, faire vivre de petits festivals, permettre à des artistes hors normes de rencontrer un public et jouer leurs chansons… La scène buissonnière existe : collectivisons les énergies qui se ressemblent, créons la rencontre entre empailleurs de bulles de savon ! Si j’ai parfois besoin d’expérimenter autre chose, je ne me couperai jamais du monde : la solitude, ce n’est pas bon pour la créativité ! La rencontre, le partage, les regards extérieurs, ça t’ouvre l’esprit. Pour se renouveler, rien de tel que se faire souffler par le vent des autres. »
REPERES
1998 Apparition de Drôle de Sire (fondé par David) dans le paysage musical français
2003 Sortie de l’album Pourquoi pas toi ?, suivi deux ans plus tard de Onomatopées
2006 David trace sa route en solo
2008 Paris-Sète : première tournée à bicyclette. En parallèle, sortie de l’opus jeune public C’est de famille (éd. Milan Jeunesse)
2009 Strasbourg-Ouessant : David reprend le guidon. Sortie de l’album Bidule & l’horizon, réalisé par David Lewis (Paris Combo)
2010 Représentations de C’est de famille et En roue libre
PAROLES
Extrait de Clandestin (David Sire, album Bidule & l’horizon)
J’ai la démarche ébouriffée
L’étrangeté des va-nu-pieds
Et le fond des yeux qui bouillonne
Marcher je ne sais faire que ça
Mais jamais je ne marche au pas
Et c’est pour ça qu’on me soupçonne
Un clandestin
Un malandrin
Un homme libre
En équilibre
On me parle de ligne droite
De rêver devant une boîte
Et surtout de ne pas faire de vagues
Mais je n’aime pas les lignes droites
Je ne veux pas être une boîte
Je veux garder mes terrains vagues
Je suis de ceux qui balbutient
Je cherche et je me trompe aussi
Je ne suis pas une machine
Et je marche pour rester debout
Je marche pour ne pas devenir fou
Et pour ne pas courber l’échine






















