Premier round du 13 au 17 avril, pour une semaine de concerts intitulée D’ de Kabal colonise la chanson française. « Je suis antillais, grandi dans le 93, issu du monde du hip hop. Cette triple appartenance fait de moi un artiste créole. Les cloisonnements, ça m’a toujours saoulé. Je veux que mes créations soient juste considérées comme de la chanson… un peu piquante. »
Cinq jours, cinq spectacles musicaux différents, dans le propos comme dans la forme, « où les genres se mélangent pour devenir autre chose. » Du slam au rock en passant par le rap, de l’énergie rentre-dedans à la transe incantatoire, de l’appel engagé à la poésie imagée : « Je ne veux pas appliquer une recette, mais continuer à me frotter, confronter, explorer, tordre les formes. Tout ce qui n’est pas prévu m’intéresse ! Je suis un chercheur du dire et du faire. »
D’, ou l’incroyable capacité à bouillonner d’idées et à leur donner corps. « Je ne monte pas des groupes uniquement pour faire de la musique, mais pour jouer avec des gens. Au fil des rencontres, tu sens celles qui vont te marquer, engendrer une transformation. » MaColère, « né d’un flash pour le batteur Étienne Gaillochet ». R.A.P (Rythm and Poetry), avec les MCs Kohndo, Vice Low et Mike Ladd, « pour remettre un peu de technique dans le débat ». Le Rap le plus long du monde, « parce que l’actuel ne me met plus la gifle »… Autant « d’objets rares », destinés aussi à montrer « qu’il existe des projets artistiques de valeur hors du traditionnel circuit disque / radio / tournée ».
Pour quelle audience ? « Mon public est hyper poreux. Des gars qui m’ont découvert via le slam et Spoke Orkestra mettent les pieds pour la première fois au théâtre pour me voir jouer. Des seniors qui ont vu mes pièces cherchent mes albums, prennent leur place pour la Théorie du K.O… La preuve qu’en étant juste qui tu es, tu peux attirer des profils inattendus. Un truc énorme qui en dit long, non seulement sur la curiosité des gens, mais sur la bêtise des cases, et la possibilité concrète de mixer des gens qui n’étaient pas censés se rencontrer. »
Un rôle de passeur dûment assumé. « Tant d’artistes ont une conception égocentrée de ce métier ! Je préfère être de ceux qui essaient de donner du sens et de transmettre. Non seulement une histoire, un propos, mais une énergie, une émotion. C’est le fil rouge de toutes mes créations. »
DEMANDEZ LE PROGRAMME !
MaColère => Mardi 13 avril – La Pêche, Montreuil (93)
Une équipée sauvage de rock et de slam. Basse, batterie, deux guitares et cinq voix, une énergie pure au service d’un propos. Une rage qui s’élève et qui gronde… www.myspace.com/lapechecafe
La théorie du KO versus Spoke Orkestra => Mercredi 14 avril – Centre Barbara Goutte d’Or (Paris 18e)
Affrontement d’un soir entre la Théorie du K.O, qui joue sa musique comme dans un match de boxe, et Spoke Orkestra, ensemble remuant et polymorphe de poétri-combat. www.fgo-barbara.fr
Le rap le plus long du monde => Jeudi 15 avril – WIP Villette (Paris 19e)
35 minutes pour un seul titre, né de l’envie de relever de nouveaux défis et continuer à faire progresser le genre. 35 minutes en trois flows, « à la fois pour donner du rythme et corser la difficulté ». Troix voix comme « une réponse poétique au débat sur l’identité nationale », scandant « l’histoire tragique de quatre potes, un arabe, un juif, un africain, un antillais, qui décident de défier la société sur la valeur de leur vie »… Un voyage intense, « sans break, tout en tension, comme une transe ». www.wip-villette.com
NB : CD du Rap le plus long du monde fabriqué et diffusé par la Bibliothèque du Centre Pompidou
Soloskyzophony => Vendredi 16 avril – La Boule Noire (Paris 18e) www.laboule-noire.fr
D’ de Kabal seul en scène, la voix comme seul instrument, révélant les multiples facettes de son personnage. Textes acérés, poétique féroce et imagée.
R.A.P (Rythm and Poetry) => Samedi 17 avril – La Boule Noire (Paris 18e) www.laboule-noire.fr
Quatre rappeurs d’exception et un batteur iconoclaste pour un rap de haute volée, destiné à donner une leçon de flow à un monde du hip hop qui perd en dextérité.
D’, C’EST AUSSI…
Le baroudeur du slam
A force de tourner, Kabal a touché du monde. « Une scène slam s’est créée à Bordeaux après le passage de Spoke Orchestra, idem à Agen. Au Tchad, où je viens d'animer une semaine d’atelier, quelque chose va aussi germer. Mon travail inspire aussi d’autres artistes : peintres, plasticiens… » Sans compter les ateliers d’écriture dont le gaillard s’occupe depuis cinq ans en Seine-Saint-Denis. « Là, il ne s’agit pas uniquement de transmettre, mais d’échanger. Les premiers ateliers que j’ai menés, c’était dans un centre pénitentiaire pour mineurs. Ils étaient l’un des rares temps de parole dont les jeunes disposaient. J’ai été frappé par leur besoin de s’exprimer. Créer ce genre d’espace est super important. »
Un auteur de théâtre
Quatre des spectacles écrits par D’ sont actuellement en tournée nationale, en région parisienne et à paris. Les enfants perdus, une histoire du hip hop mitonnée par D’ et le danseur Farid Berki (pionnier du genre). Solimour, une création 2010 « qui parle du regard de l’autre, de la possession » Les mots de D’ de Kabal confrontés à la danse de Didier Firmin et à la guitare de Marc Ducret. « De la poésie, des gestes et du son. Tellement fort que j’ai parfois envie de me taire pour laisser toute la place à la musique et à la danse. » Et d’interroger le silence : « L’amour a-t-il besoin de mots ? telle est la question »… Aussi à l’affiche, la reprise de Femmes de paroles. Un spectacle né d'abord comme un défi : « Créer un spectacle jeune public, à partir des propres textes de huit femmes, slameuses, danseuses et comédiennes ». Aujourd’hui retravaillé avec de nouveaux textes, pour un public adulte. « J’aime qu'une création évolue en fonction des ressentis, des réactions du public. Pourquoi faudrait-il la figer ? » A (re)découvrir également : Ecorce de peines, un conte sur l’esclavage et son héritage mélant slam, danse hip hop et human beat box. « « Dire que ce spectacle est communautaire, c’est en réduire la portée. Le plus drôle, c’est que ceux qui portent ce genre de jugement se ressemblent tous ! »
NB : Les chants barbares, recueil des pièces de D' de Kabal, édité par L’œil du souffleur
Des projets plein la tête
« J’adore ça ! J’aime qu’une idée tourne dans ma caboche jusqu’à l’implosion, qu’elle se transforme jusqu’au jour de sa concrétisation. » En ce moment, D’ dort peu, entre apprentissage du Rap le plus long du monde entre 4h et 7h du matin, sa vie de famille, les répétitions des différents spectacles, les rendez-vous aux quatre coins de la région parisienne, la nécessité de faire une place aux nouvelles idées et opportunités … « La récup, pour moi, c’est quand je ne fais qu’une chose à la fois ! Plus tu multiplies les activités, plus le jour où tu te concentres sur une seule, elle prend de la place. T’es à fond dedans. Le vrai luxe, c’est de pouvoir dédier des espaces à chaque projet. » Prochaines étapes ? « La vidéo m’intéresse : j’ai déjà en tête le film que je souhaite faire. Mais si je me lance, je veux pouvoir faire le montage moi-même, je dois donc d’abord me former. C’est une question de temps : comme je ne suis pas exclusif, un nouveau projet vient toujours en plus de tout le reste,... Actuellement, ce ne serait qu’entre 23h et 4h du matin ! Il faut aussi que je termine le roman que j’ai commencé. Et que je me mette à la natation… Non, je déconne ! »






















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