Mathias, Togo, correspondant de presse C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle, dit le proverbe. Sans connaissance de leur passé, les descendants des esclaves et des esclavagistes ne pourront renouer une relation de confiance. Il est impérieux de revenir, dès que nécessaire, à cette page sombre de l’histoire humaine. Pas pour demander justice : pour rétablir la vérité.
Xavier, Togo, journaliste Quand on compare le niveau de développement des pays noirs à celui d’autres peuples, on comprend l’utilité de rappeler l’histoire de la traite : si elle n’explique pas à elle seule les maux dont souffrent les Noirs aujourd’hui, à différents endroits du monde, elle a contribué à créer cette cassure. Parler de l’esclavage est plus qu’un devoir de mémoire ; c’est un moyen d’éviter à nouveau ce genre de barbarie, comme pour la Shoah. Ce passé fonde une certaine identité noire. Moi, par exemple, je privilégie les produits africains sur ceux venant d’Occident !
Mathias Au Togo, pas mal d’initiatives émergent, initiées par le gouvernement : réhabilitation de sites historiques, création d’un musée, projet de festival retraçant la route des esclaves…
Sylvie, Niger, secrétaire Ici, pas de commémoration ni de mémorial. Dans les manuels scolaires, trois lignes à l’école primaire, une demi-page au collège... Ce n’est qu’au lycée qu’on apprend vraiment l’histoire du commerce triangulaire. Rien à avoir avec le Bénin, où la mémoire de la traite négrière est très présente.
Kissira, Niger, électronicien La mémoire de l’esclavage est notre patrimoine. J’ai en moi beaucoup de haine et de peine pour ceux qui l’ont infligé et subi.
Massa, Mali, journaliste Ces millions de bras ont contribué au développement des grandes puissances occidentales. L’Afrique a été dépouillée de ses fils, exilés dans d’atroces conditions. Compte tenu du préjudice subi, on pourra pardonner mais jamais oublier. On se considèrera toujours comme des descendants d’esclaves. Un lien historique mais aussi très intime.
DiezzD, Sénégal, auteur La traite des noirs est révolue, pourquoi commémorer de si mauvais souvenirs ? Pour moi, revendiquer la mémoire de l’esclavage, ce serait encore pire que l’esclavage lui-même ! Si j’en avais le pouvoir, j’interdirais même l’évocation du mot « esclave ». A mon avis, on abrutit les enfants africains tout le long de leur cursus scolaire avec des histoires rabaissantes… Ils en arrivent à croire que « noir = esclave ». Pourquoi n’insiste-t-on jamais sur l’histoire des Haïtiens, la manière dont ils se sont battus pour obtenir l’abolition ? Les puissances occidentales n’ont aucun intérêt à ce que leurs anciennes colonies retrouvent leur fierté : tant qu’on reste serviles, elles peuvent continuer à exploiter nos ressources !
Moctar, Niger, journaliste L’esclavage est tout simplement immoral. Comment commémorer une situation proscrite par la déclaration universelle des droits de l’homme ? Seul intérêt : sensibiliser toutes les communautés à bannir cette pratique.
Abdoulaye, Niger, lycéen Notre génération est loin de tout ça. Pour moi, la traite des Noirs, c’est du passé. Bien sûr, cette histoire me révolte, comme l’extermination des Juifs en Europe : je suis choqué, mais ça n’affecte en rien mon quotidien. C’est de l’histoire. Il est important de la connaître pour sa culture générale, pour avoir en tête que l’être humain a été capable de telles atrocités et empêcher que ça se reproduise. Ça ne fait pas de nous des revendicateurs de la race noire, cherchant par tout les moyens réparation ! Nous devons juste continuer à vivre notre présent.
Hindou Je n’ai pas vécu l’esclavage, il ne fait pas partie de mon identité. La marginalisation dont ma communauté (autochtone) fait l’objet n’est pas lié à cette histoire. Seule répercussion : la discrimination des Blancs à mon égard. Un jour, lors d’une escale à Genève, j’ai été interpellée par la police française : pourquoi moi (seule Noire de l’avion) et pas les autres passagers ?
Sylvie L’esclavage et la colonisation ont réussi à nous aliéner, nous, les Noirs. Ce passé nous a presque fait perdre notre identité, nos frontières, nos repères…. Les peuples d’Afrique vivent toujours sous esclavage. Nos gouvernements refont les mêmes erreurs que nos ancêtres noirs qui vendaient leurs frères... Mais aujourd’hui, ils le font consciemment ! Nos dirigeants spolient leurs populations. Récemment, nous avons manifesté contre une loi apportant d’énormes privilèges aux députés nigériens… La police nous a tirés dessus !
Kissira L’esclavage perdure, par exemple dans le monde professionnel : aujourd’hui au Niger, malgré tes compétences, t’es obligé de bosser pour un salaire de misère, juste pour survivre ! Sous couvert d’aide au développement, aidés par la corruption de nos hommes politiques, les Occidentaux installent leurs sociétés chez nous puis exploitent notre main-d’œuvre et nos ressources à leur profit.
Abdoulaye L’Afrique n’est pas vraiment sortie de la colonisation, donc en quelque sorte de l’esclavage. Les Blancs nous ferment leurs frontières, mais eux viennent chez nous profiter de notre force de travail et de nos ressources ! C’est toujours les mêmes qui ont le pouvoir et l’argent. Il faudrait que l’Afrique se prenne enfin en main, que le Niger arrête de laisser toutes ces compagnies s’enrichir sur notre sol en ne nous jetant quelques miettes au passage…





















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