Evry, la ville nouvelle des années 70. Vantée comme le cadre urbain de demain ! Aujourd’hui, une ville quelconque. Entre deux âges. Evry a mal vieilli, pris de sacrées rides même ! Sa réputation de banlieue difficile est faite. Parfois à tort, parfois à raison. Les zones pavillonnaires tranquilles se tiennent à l’écart des barres de fer et d’acier. Sans âme. « Sans issue, ni avenir », ajoute un jeune accosté devant la gare. «Non, non !» répond Aliou Baldé. Un de ces semeurs d’espoirs dans le désert. Plus de vingt ans d’activisme et de militantisme. Baldé, comme on l’appelle ici, n’en démord pas ! «Malgré l’image négative, des choses se font. Même si c’est pas assez. Dans la durée, elles porteront leurs fruits. Mais, il faut que chacun comprenne que c’est à nous de rendre notre cadre de vie conforme à ce que nous voulons », dit-il. Lui-même dirige le Conseil de quartier d’Evry Sud. Cette instance, peu connue, a été mise en place par la loi Vaillant de février 2001. Objectif : obliger les villes à associer davantage les habitants dans la gestion. Un fonds de fonctionnement leur est affecté obligatoirement. Les Conseils sont à la fois force de proposition et de surveillance.
Balade dans les rues avec Baldé. Malgré, le temps âpre d’un soir d’hiver, les habitants l’accostent. Il prend toujours le temps d’écouter. Rassure. Avant de se faufiler, d’un pas vif, vers la salle de réunion du Conseil de quartier. Loin des figures imposées de la politique professionnelle, le Conseil est un espace libre. Sans fard. On s’exprime comme on peut, avec ses mots. On dit ses états d’âme, charge violemment le voisin avant de se réconcilier, une fois la réunion terminée, autour d'un pot. Tout y passe : le dos d’âne mal positionné, la lampe cassée du terrain des sports, les bruits, la surveillance des maisons durant l’été. Ça change des débats à fleurets mouchetés, sous fond de bataille politique, des conseils municipaux. Un bel exercice de démocratie.
Ce soir-là, le patron de la régie locale des transports de la ville et le directeur de la police municipale passent devant le Conseil de quartier. Et ça décoiffe : «Vous avez un chauffeur, tous les matins, il grille le feu ! » Un autre : «Mais pourquoi avez-vous installé un arrêt dans un secteur où personne ne s’arrête ? » Un autre : «Vous dites que c’est gratuit pour les cas sociaux, mais vous n'avez rien fait pour qu’ils le sachent ! » Les invités jouent le jeu. Malgré de nombreux moments de solitude...«C’est une instance politique mais aussi un véritable outil de médiation sociale. Il s’agit de créer un espace d’échanges quotidien et de dialogue permanent. Et les élus doivent considérer que toute décision, lorsqu’elle est partagée, est facilement relayée. Autant le projet peut être intéressant, autant il faut l’expliquer. Même si la majorité municipale décide, c’est important d’être en phase avec le conseil de quartier.» Baldé demande toutefois plus de pouvoir : «Par exemple, il nous faudrait le moyen de modifier le budget au besoin». Ce n’est pas demain la veille, car chez les politiques de gauche comme droite, on rechigne à partager le pouvoir municipal.





















- Réagir aux articles
- Soumettre une contribution¹
- Répondre à un appel à témoignage¹
- Mémoriser un contenu¹
- Participer à un jeu¹
- Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
- T′abonner aux podcasts¹
- Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement