Noir, le physique
Sportif. Dès 14-18, la France a considéré le Noir pour sa puissance physique. Avec sa force et sa sauvagerie naturelle, il est bon pour aller bouffer du boche en première ligne ! Depuis, on n’a cessé de voir le Noir comme un corps. Corps en mouvement, certes, mais corps seulement. Rieur. Le mythe du Noir souriant date de cette époque. Créé de toutes pièces pour justifier ces régiments de cannibales venus sauver la République, il s’est diffusé notamment par des cartes postales et des photographies de Noirs bon enfant en compagnie de petites filles blanches. Y’a bon… Banania, gentil et inoffensif !
Sens du rythme. Encore un aspect mis en avant durant la Première Guerre mondiale. Avec l’émergence des groupes de jazz en 1917 s’est forgée l’image du Noir sympa qui distrait les foules avec sa musique. Rien à craindre d’un être qui passe son temps à chanter et à danser !
Et alors ? Tant qu’on cantonnera le Noir à des pubs de chaussures de sport plutôt que d’ordinateurs, on continuera à le voir comme un animal qui court vite mais pense lentement, à le considérer comme un sous-homme.
Maghrébin, le politique
Différent. Le Maghrébin, contrairement au Noir, n’a jamais été perçu comme inférieur. D’où la revendication possible de son égalité, qui a inquiété la société française et conditionné son regard.
Dangereux. Redoutant que cela se retourne contre elle, la République a toujours fait attention à ce qu’elle enseignait aux Maghrébins. En 14-18, par crainte d’une trahison au profit de l’Allemagne (proche de l’Empire ottoman), l’état-major les envoya au front avec parcimonie et prudence (ils y furent les plus décorés). Et freina l’expansion des mariages mixtes, en persuadant les familles que les épouses de Maghrébins finiraient en bonnes musulmanes en Afrique du Nord.
Musulman. Dès cette époque, avec, par exemple, la construction de la mosquée de Paris en 1926, la République a tenté d’amadouer et de contrôler les Maghrébins par le religieux.
Et alors ? La peur du Maghrébin persiste dans nos imaginaires. Pourquoi n’ose-t-on pas confier un travail à un beur, si ce n’est parce qu’on l’imagine peu fiable, comploteur et revendicatif ?
Asiatique, l’économique
Chétif. En 14-18, les Annamites, vus comme trop petits et trop doux pour le combat, furent expédiés dans les usines. De sorte qu’aujourd’hui, on a du mal à les imaginer sportifs ! Pourtant, les spécialistes estiment que dans vingt ans, aux Championnats du monde d’athlétisme, les deux tiers des finalistes du 100 mètres ou du 200 mètres seront asiatiques.
Travailleur. Depuis cette époque, l’Asiatique passe pour une fourmi industrieuse, qui avance sans rien demander, bosse dur, élève bien ses enfants, économise et s’enrichit.
Discret. En France comme ailleurs, ils constituent une population invisible. Ils contrôlent leur propre mémoire et leur propre image, ne font pas de vague, s’arrangent entre eux et c’est très bien comme ça.
Et alors ? Penser que l’Asiatique n’a pas de difficulté d’intégration est un stéréotype ! On imagine qu’il n’y a pas de problèmes parce qu’on n’en parle pas. Or les Asiatiques sont impliqués autant que les autres dans les faits de société : selon les Renseignements généraux, ils contrôlent 50% du trafic de drogue à Paris ; les prostituées, depuis quelques années, sont plus souvent asiatiques que maghrébines ; et les mariages mixtes sont encore très mal vus dans les familles cambodgiennes et laotiennes.
Et le Blanc ? C’est d’abord le conquérant, qui s’est imposé par la force, la culture ou le business. Il reste un symbole fascinant de réussite, de pouvoir. Mais c’est aussi celui qui a opprimé. Au Maghreb et au Vietnam, cet aspect a nourri un vieux ressenti… et des situations complexes, difficiles à assumer pour ceux qui ont lutté contre l’envahisseur puis sont venus vivre dans son pays. Comme si en 46, malgré la victoire et les années d’occupation, les Français étaient partis en Allemagne ! La source de bien des traumatismes.





















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