«Mon âge est de 21 hivers, je porte un jean 501, un pull bleu, sur mon poignet droit une gourmette en argent avec le prénom de mon défunt petit frangin, j'habite au douzième étage d'une des tours de la cité, je suis au chômage. J'aime vien la vie en général, mais j'aime pas le rap de variété qui me parle de bouger de là et qui me dit de me balancer les bras en l'air parce que ma vie est funkie. Je suis un requin assassin grâce à la morsure de mon phrasé» ...
Boumkoeur, c'est l'histoire de Yaz et Grezy, deux greemlins d'un quartier populaire. L'un qui veut écrire, l'autre qui lui raconte des histoires... Deux jeunes d'une vingtaine d'années, avec leur passé, leur présent, leurs doutes, leurs rêves. Deux jeunes à fleur de peau, vivants, drôles et touchants, joliment incarnés par Tony Mpoudja et Salim Kechiouche.
Une histoire de jeunes de quartier en sweat-shirt ? Si les références y sont, si les codes sont là, décryptés avec distance et humour, ne venez surtout pas me dire que c'est du théâtre de banlieue ! Onze ans après le succès littéraire de Boumkoeur, l'adaptation théâtrale du roman de Rachid Djaïdani permet non seulement de réaffirmer le superbe talent de son auteur, sa langue et son style uniques, mais aussi de découvrir un véritable travail de réalisation et d'interprétation.
Avec trois fois rien (deux trappes, quatre barreaux), Habib Naghmouchin signe une mise en scène suggestive et inventive. Les deux comédiens, eux, montent en puissance tout au long de la pièce, livrant au passage quelques répliques et scènes d'anthologie : celles du centre commercial, celle du journaliste, celle du cours de théâtre, celle du "ballet de boxe", celle de la zonzon... Sans oublier la magistrale tirade de Cyrano en rap, preuve que la grande littérature (et les grands comédiens) sont polymorphes, et que les frontières ne sont que dans nos têtes !
Au final ? Une pièce truculente et sensible, des moments de rire, des instants de grâce. Une pièce pétrie d'amour, pour ce monde, pour les gens, qui donne envie de relire les livres de Rachid Djaïdani (en attendant le prochain !), de voir plus souvent Kechiouche et Mpoudja sur nos écrans... et d'espérer qu'une grande scène nationale saura programmer cette pièce et la faire tourner partout en France
Prochaines représentations : du 20 mars au 8 mai 2010 au théâtre de La Boutonnière, Paris 11e


































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