« Une force et une grande douceur. J’ai compris que Dieu avait toujours été là, même si je ne le savais pas. » Florence est née à Monaco où le catholicisme est religion d’État. Baptême, catéchisme, communion, elle fait tout, comme tout le monde. Ado, c’est le reniement : elle se déclare athée. Jusqu’à ce jour, dans cette chapelle. Elle a alors dix-sept ans. « Je regardais les gens prier face à ce qui n’était pour moi qu’un bout de pain. J’ai alors senti une présence. »
Cet élément déclencheur, tous les convertis l’évoquent. Le père Bertrand Derville, responsable de baptêmes d’adultes, parle de « témoins ». « Un Abbé Pierre, une Mère Teresa, un Gandhi, un Luther King… Ou son voisin de palier. » Aïssa a grandi sans religion avant de se convertir à l’islam. Pour lui, le déclic vient d’un ami rencontré au Mali. « Il n’a jamais cherché à me convaincre. Il m’a donné l’envie de m’intéresser à sa religion, de lire les textes, de me rendre à la mosquée. Et finalement j’ai dit la chahâda. »
La chahâda, premier pilier de l’islam, profession de foi des musulmans : attester qu’il n’y a d’autre divinité que Dieu, et que Mohammed est son prophète. « Quelque chose d’émotionnellement très fort, raconte AbdarRahman. C’était un vendredi, la mosquée était pleine. Les fidèles ont fait des vœux pour moi, ils m’ont souhaité la bienvenue. » Le jeune homme, aujourd’hui étudiant en droit à Nanterre, a grandi au Cameroun, dans un pays multiconfessionnel. Il ne reçoit aucune éducation religieuse mais le nom de Dieu revient dans le quotidien. Dès son arrivée en France, il s’intéresse à ces questions. « Je me disais déiste, s’amuse-t-il, je ne comprenais pas la différence entre les religions. Les personnages, la Genèse, la fin du monde, tout se ressemblait. Je me suis tourné vers la plus récente : le Coran confirme la Thora et les Évangiles, en apportant une législation plus moderne. »
Le mouvement des conversions ne se résume pas à l’attraction pour l’islam. Pour le judaïsme, le chemin est long, deux ans grand minimum. Lettre de motivation, programme d’enseignement, examen écrit, grand oral devant un beth din (trois rabbins) : le candidat doit faire la preuve de sa bonne foi et peut à tout moment être recalé. Il a fallu cinq ans à David pour être reconnu. Une mère catholique, un père absent, c’est son prénom qui aura été le vecteur de sa démarche. « Je me disais : si on m’a appelé David, c’est peut-être un signe »… Sa mère éclate de rire : « Pas du tout... C’était à cause d’une chanson de Sylvie Vartan intitulée Le roi David ! »
Les catholiques lisent les Évangiles, prient, rencontrent des chrétiens. Et sont ainsi accompagnés vers le baptême « qui a toujours lieu la nuit de Pâques, raconte le père Derville. C’est la célébration d’une vie nouvelle. Ils deviennent des catholiques à part entière ».
« Pour prendre la mesure du phénomène, estime Danièle Hervieu-Léger [1], membre du Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux, il faut aussi considérer tous ceux qui, inscrits dans une famille religieuse dès leur naissance, décident, devenus adultes, d’endosser volontairement une identité demeurée jusque-là purement nominale. » Ces convertis un peu particuliers disent leur frustration de ne pouvoir exprimer ce retour par un acte fort. « Dans la religion catholique, il y a le sacrement de la réconciliation, nuance le père Bertrand. Mais devenir ou redevenir chrétien ne se résume pas à des célébrations, c’est acquérir une dimension nouvelle. »
Le converti serait-il plus fidèle ? « Ce n’est pas ça qui fait le fidèle, estime AbdarRahman. Seuls l’apprentissage, l’approfondissement et la réflexion confèrent de la force à la foi. » Florence confirme : « On nous renvoie trop souvent aux erreurs et aux positions de l’Église pour ne pas devoir se faire sa propre idée. Suivre une religion demande une vraie démarche. »
Laisseront-ils leurs enfants avoir une démarche personnelle ? « Le Coran dit : “Tu ne peux pas contraindre quelqu’un à croire. Seulement à prendre les attributs de la foi”, répond AbdarRahman. S’ils se détournent de l’islam, ce sera une épreuve. » Que sa foi lui permettra certainement de surmonter.
TEMOIGNAGE : CONVERTIE AU BOUDDHISME
« Ratna, c’est le nom que m’a donné mon guide spirituel. Avec le bouddhisme, je suis devenue une nouvelle personne. Je me suis rasé les cheveux pour ne pas plaire aux garçons ! Non, je plaisante : en fait, se raser c’est renoncer. Le mot fait peur, mais ça veut simplement dire qu’on ne croit pas que le bonheur puisse venir de l’extérieur...
Souvent les gens pensent qu’en ayant le bon job, les bons amis, trois enfants et une voiture, on est heureux. Avec le bouddhisme, tout est prétexte à travailler sur soi pour parvenir à abandonner tout ce qui nous fait mal : colère, jalousie, orgueil… On apprend à pacifier notre esprit. Mais ce n’est pas facile parce que notre égoïsme est très fort. »























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