As-tu un sentiment d'appartenance communautaire?
Je crois véritablement en l'idée d'une communauté juive. Même si il y a, à la base, peu de points communs entre un juif ashkénaze originaire de Pologne et un juif séfarade venu de Tunisie, il n'en demeure pas moins un socle commun : basé non seulement sur la foi, mais sur un esprit juif qui fédère ce peuple depuis des millénaires, via la perpétuation de son mode de vie, de sa culture, de son amour du livre et de l'étude. Aujourd'hui, comme dans beaucoup d'autres communautés, les différences (ashkénazes / séfarades) s'estompent sous l'effet du métissage. De plus en plus d'enfants naissent de couples mixtes. On assiste aussi à un nombre croissant de mariages bi-religieux. La communauté juive existe mais se transforme.
C’est un besoin de s’identifier à un groupe ?
Comme dans toute communauté, on ressent parfois le besoin de se regrouper. Etre juif, c'est à la fois une culture et une religion. Dans ce dernier cas, le regroupement se fait assez naturellement : manger casher et aller à la synagogue impose de vivre prés de zones où le juif pratiquant pourra trouver ce genre de "services". Au-delà de cet aspect pratique, il ne faut pas oublier que la communauté juive, même si elle est en France la plus importante d'Europe, reste numériquement minoritaire au sein des minorités. Il y aurait 600 000 juifs en France. Une goutte d'eau à l'échelle de notre nation. Les effectifs de certaines sectes sont parfois supérieurs ! Le petit nombre induit sûrement le regroupement.
N'est-ce pas être en rupture avec l'idéal républicain que de s'organiser sur la base d'une identité, d'une communauté ?
De prime abord, on pourrait qualifier la communauté juive de communautariste. Certaines règles comme celle du mariage entre juifs sont un frein au métissage. C'est pourtant grâce à ce principe que le peuple juif a survécu au fil des siècles aux massacres et aux guerres. De nombreuses civilisations glorieuses se sont éteintes, le peuple juif, toujours petit, a su rester debout. Au-delà, je pense qu'on peut tout à fait affirmer son identité tout en étant républicain et laïc. D'ailleurs, la dimension laïque est omniprésente dans le judaïsme français, et ce depuis l'organisation de la culture juive de France par Napoléon. Etre français ne veut pas dire oublier ses origines ou nier son identité, c'est au contraire enrichir la nation du meilleur de soi.
La tentation communautariste existe ?
On peut regretter que la France se fractionne de plus en plus en différentes communautés. Mais ce serait oublier que ce pays fonctionne depuis longtemps selon un modèle de corporations, de classes sociales, très proche du réflexe communautariste qui semble apparaître aujourd'hui chez les populations nouvellement françaises ! Les corporations sont par exemple légions: avocats, commerçants, médecins, journalistes, enseignants, cheminots... Si le communautarisme prend un visage inquiétant lorsqu'il prône la détestation de la France, c'est à la fois de la faute des enfants d'immigrés et celle de la France, qui n'a pas tout mis en œuvre pour les intégrer. Il faut que les communautés comprennent qu'être français consiste en un "plébiscite de chaque jour", qu'il s'agit d'un choix assumé. Aux personnes issues de l'immigration de s'adapter, de s'intégrer sans s'assimiler. A la France de montrer qu'il est possible de réussir en venant d'une minorité, que les valeurs de notre République valent pour tous.






















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