Quinze millions de Français souhaitent se mettre à leur compte. Mais seulement 200000 entreprises voient le jour chaque année. Entre 2003 et 2005, ce chiffre a augmenté de 26%. Résultat de mesures emblématiques visant à démythifier l’entrepreneuriat. Depuis la loi pour l’initiative économique, il suffit d’un euro pour lancer sa structure. Un piège? Trouver de l’argent. La banque ? Inutile de s’y frotter pour qui ne possède pas un patrimoine susceptible de servir de garantie. Alors quoi ? Tout dépend de l’ampleur du projet. S’agit-il de créer son emploi ? D’embaucher d’emblée une dizaine de personnes? Faut-il acheter un fonds de commerce ? Du matériel ?
Mécanisme de plus en plus médiatisé, le micro-crédit. D’autant qu’il investit les quartiers. Depuis 1997, l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) a ouvert vingt-huit bureaux en Zone urbaine sensible (Zus). En 2001, elle y accorde cent prêts. Plus de mille trois cents en 2006, sur un total de sept mille pour tout l’Hexagone. Un crédit à taux zéro oscillant entre 2500 et 5500 euros. Pouvant aller jusqu’à 10000 euros si l’on y ajoute les primes de l’État et des collectivités locales. «Nous intervenons auprès d’un public précaire, explique Sébastien Chaze, coordinateur quartier à l’Adie. Une personne sur deux touche les minima sociaux. Le taux de pérennité des entreprises que nous soutenons est pourtant de 54% à trois ans. Le taux de réinsertion, de 75%. Ça veut dire que trois personnes sur quatre sont toujours à la tête de leur société ou ont retrouvé un emploi.» Critères d’acceptation du dossier: savoir-faire, capacité de remboursement, débrouillardise et aptitude à trouver des clients. «Rien à voir avec de la charité: nous essayons de rendre les gens autonomes et crédibles.» Pour qu’ils aillent frapper à la porte d’autres organismes.
Côté business angels ? Depuis quelques mois, on voit apparaître des anges spécialisés. Femmes Business Angels met en relation des femmes investisseurs avec des porteurs de projets des deux sexes. «Forcément, les femmes viennent nous voir en espérant être mieux comprises, assure Béatrice Jaffrineau, fondatrice de ce réseau. En France, elles représentent 30% des créateurs d’entreprise.» Autre discrimination, autre réponse: les Business angels des cités (Bac). À leur tête, Aziz Senni1, soutenu par de grands noms de la finance: Claude Bébéar (Axa), Gonzague de Blignières (Barclays), Éric de Rothschild (Domaine des barons de Rothschild). Le but : investir dans le capital de TPE et PME en phase de création ou de développement, en banlieue. 10000 à 50000 euros peuvent compléter un micro-crédit. Planet Finance, sous l’impulsion de Jacques Attali, lance Financités, pour prendre des participations dans des micro-entreprises. Jusqu’à 50000 euros de dotation pour des entrepreneurs installés ou résidant en Zus.
Plus anecdotique, le prêt à la consommation. Cetelem, Cofidis, Carrefour finances, Finaref… D’ordinaire, on fait appel à ces organismes pour acheter un téléviseur ou une voiture. Mais ils financent de plus en plus des projets professionnels. Rebaptisés «prêts personnels », ils donnent droit à une réserve d’argent allant jusqu’à 30000 euros. Le hic ? Un taux d’intérêt qui avoisine parfois les 8% ! À expérimenter en dernier recours… Face à cette multitude de services, mieux vaut se faire conseiller. Les Boutiques de gestion et diverses associations assurent cette mission. En plus de donner des pistes financières, elles accompagnent tout le processus de création d’entreprise : démarches administratives, aides publiques, exonérations fiscales, toutes sortes d’infos susceptibles de faire gagner du temps à l’entrepreneur en herbe. Donc de l’argent.
1. Auteur de L’ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier, Éd. l’Archipel.
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