Une volonté. « Les médias en général, et les rédactions en particulier, sont, dans leur constitution, assez conservateurs. Ce sont de petits milieux, qui fonctionnent beaucoup par cooptation, donc entretiennent un système d’autoreproduction sociale. Pour changer la donne, il faut une volonté forte de l’entreprise, impulsée par ses dirigeants, tant auprès des équipes que des fournisseurs de contenu. Sans ça, il ne se passe rien ! »
Du naturel. « La présence de minorités ethniques à l’écran n’est pas le fruit d’un calcul économique – je suis incapable de mesurer la rentabilité de nos actions dans ce domaine et dire concrètement si ça nous ramène de nouveaux spectateurs ! Notre investissement est une question de génération, et de sensibilité personnelle de l’équipe de direction. Cet engagement est naturel : si le public a l’impression que la diversité à l’écran est forcée, il fera un rejet. Tu ne peux pas le forcer à regarder ; il faut lui donner envie ! En privilégiant des approches positives et modernes. »
Du flux. « Pour faire évoluer les mentalités, rien ne vaut les émissions et l’info : rien n’incarne mieux une chaîne que ses animateurs, rien n’entre autant dans le quotidien des gens. Bien sûr, les autres programmes doivent être aussi porteurs de diversité – très présente dans des fictions telles que Pigalle, Engrenages, la Commune… »
100% pur talent. « Notre démarche n’est motivée que par une chose : la recherche et la promotion de talents. Y compris parmi les minorités ethniques et la jeunesse des quartiers populaires, dont il nous semble important de montrer la vitalité et le bouillonnement. Quand tu t’impliques dans cette démarche, tu trouves rapidement de nouveaux visages – et pas seulement pour présenter du foot ! Que ce soit clair : on ne choisit pas les gens pour leur couleur, mais pour leur talent. Mouloud Achour, Omar Sy, Ali Baddou sont avant tout de très grands professionnels, actuels et rassembleurs. On veut que Madame Michu à Issoudun rigole aux blagues d’Omar et se passionne pour ce que raconte Ali ! »
Pas de ghetto. « On fait en sorte que la diversité soit présente dans toutes les émissions, à tous les types de postes. Je suis par exemple ravi que la cuisine soit incarnée à Canal Plus par un jeune d’origine maghrébine – rien de plus franchouillard que la gastronomie ! Quant à l’émission Canal Street que nous venons de lancer sur le web, elle n’a pas vocation à incarner la diversité, mais à toucher les 15-25 ans. Historiquement, Canal Plus est un projet culturel qui touche surtout les plus de 30 ans. Pour être davantage présent auprès des jeunes, nous avons souhaité créer une émission autour des cultures qui les font vibrer – qui se trouve être très enracinées dans la diversité. Si l’expérience s’avère positive, si l’on arrive à développer un savoir-faire et un projet culturel à même de faire vibrer cette nouvelle génération, on se posera la question de passer l’émission à l’antenne, voire de lui dédier une chaîne. »
Mais…
Encore du taf en cuisine. « Si notre représentation de la diversité à l’antenne est marquante, car portée par des personnalités dans lesquelles les gens se reconnaissent et dans des émissions qui ont une visibilité médiatique très forte, reconnaissons que nous ne sommes pas toujours meilleurs que les autres chaînes au vu des critères du Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui analyse froidement les temps de au vu des critères du Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui analyse froidement les temps de parole. Autre axe de progrès: la diversité de nos équipes dirigeantes. Nous sommes parvenus à établir la parité hommes / femmes au sein de nos comités de direction éditoriale (elle était de 10% il y a six ans), mais on a encore des progrès à faire en matière de diversité ethnique (qui est aujourd’hui de l’ordre de 10%). »
Un (bon gros) soupçon envers un traitement social de la diversité. « Je pense qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre diversité ethnique et populations défavorisées (que ce soit pour des raisons physiques ou économiques). Notre métier est de divertir, de permettre au public de s’évader et de s’élever, pas d’être un manifeste politique ni un miroir fidèle de la population française. Sans faire pour autant l’impasse sur les sujets de société (traités notamment via nos documentaires), notre mission est de fabriquer du rêve. Que celui-ci soit porté par la diversité, c’est évident, mais on n’est pas là pour tomber dans le pathos, montrer toute la misère du monde. Je ne veux pas avoir à me dire “il faut telle proportion de handicapés, d’ouvriers…” Quand on est un professionnel du spectacle, même si on crève la dalle, on met son habit de lumière, on entre en piste et on sourit. Le prince charmant doit être beau, élégant, séduisant.»
Certes, mais il y a encore quelques années, le prince charmant, dans l’imaginaire collectif, ne pouvait être que blanc. Si aujourd’hui à Canal Plus, il est parfois noir ou arabe, pourquoi ne serait-il pas handicapé? Tout est question de regard… Et, comme le dit Rodolphe Belmer lui-même, de talent. En toute cohérence, n’importe quel professionnel talentueux doit pouvoir avoir sa place à l’antenne : personne ne trouve Raul Midon, Emmanuelle Laborit ou Jamel Debbouze déplacés sur un plateau télé ! Sans compter que la présence d’atypiques de tout poil dans les équipes permet de secouer bien des stéréotypes, d’ouvrir les horizons, d’enrichir les contenus éditoriaux. Allez, mon bon monsieur, combien on vous en met ?























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