«Ça veut dire camp de la paix en catalan», note Raimon Ramis, coordinateur du projet. Lancé en 2004 à Barcelone lors du premier Forum universel des cultures (1), organisé par la Fondation Forum avec le soutien de villes partenaires, le Camp réunit tous les ans, pendant dix jours, une centaine de jeunes de 13-14 ans. Origines: Medellin, Naples, Alger, Sarajevo, Bethléem, Dakar, Gdansk, Bahia… «Tous sont issus de milieux marginalisés, soumis à la violence et à la misère, précise Raimon. L’objectif n’est pas juste de leur offrir la possibilité de sortir de leur quartier, prendre l’avion ou voir la mer, mais de les ouvrir à d’autres réalités, puis de leur apprendre à utiliser le dialogue et la créativité pour surmonter les difficultés.»
Et y a de quoi faire, quand personne dans ta chambre et ton groupe de travail ne vient de ton pays! « Le maître mot est immersion. Le dialogue ne s’explique pas par la théorie; il faut le vivre pour comprendre. Notre but est de les amener à trouver les moyens d’atteindre un objectif commun, malgré leurs différences de langue et de culture. Au-delà, il s’agit de leur faire prendre conscience qu’ils sont capables de penser par eux-mêmes, d’avoir des idées intéressantes, de surmonter les difficultés pour mener un projet à bien. Et qu’ils ont un rôle à jouer en tant qu’acteurs de changement. »
Un rôle qu’ils assument une fois rentrés chez eux? «Certains créent de maisons de quartier ou des conseils de jeunesse; d’autres deviennent formateurs ou médiateurs… Mais notre implication s’arrête là. S’ils veulent changer les choses, à eux de faire le premier pas.» Sans pour autant couper les ponts: «On se rend compte qu’ils font les mêmes erreurs, se cassent les dents sur les mêmes difficultés. Il faut donc développer les échanges directs (via le web) entre ex-participants, le partage d’expériences, la création de synergies.»
(1) Initiative de la Mairie de Barcelone, du Gouvernement de Catalogne et de l’Administration générale de l’Etat.
CAMP DE LA PAIX : EN PRATIQUE
Explications par Raimon Ramis, coordinateur du projet.
Instances organisatrices ?
Le Camp s’appuie sur une union de villes, pas d’Etats. Chaque municipalité partenaire nomme un responsable en son sein ou confie à une association de terrain la sélection des participants. Impliquer les administrations locales est important, afin qu’elles prennent conscience du travail social qu’elles ont à mener auprès de leur jeunesse.
Pays représentés ?
On a encore du mal à toucher l’Asie du Sud-Est. Ainsi que certains Etats d’Afrique, où les administrations sont très complexes : il faut frapper à plein de portes avant de trouver le bon interlocuteur ! Se pose aussi la question des visas : c’est parfoisla croix et la bannière pour les obtenir. Quant aux pays occidentaux, ils manquent de répondant : les municipalités contactées ne sentent pas forcément concernées.
Profil de l’encadrement ?
Les organisateurs locaux suivent en amont une formation à l’interculturalité. Les accompagnateurs des villes participantes sont généralement impliqués sur ces questions, mais pour éviter qu’ils influencent les jeunes dans leur travail et leur réflexion, on leur donne quartier libre pendant les ateliers ! Notamment quand on touche à certains sujets délicats comme la sexualité. On ne veut pas que les ados se sentent oppressés par un jugement moral, qu’ils s’autocensurent.
13-14 ans, le bon âge ?
C’est un âge difficile et hétérogène, tant sur le plan physique comme qu’intellectuel. Certains ont déjà des corps d’adultes, d’autres sont encore des gamins. On se rend compte aussi qu’à âge égal, les jeunes issus de pays en développement sont beaucoup plus matures que les Européens. Les difficultés de la vie les font s’interroger et grandir plus vite.
Thèmes abordés ?
Les rencontres et les ateliers abordent des questions telles que l’égalité (le sujet qui leur tient le plus à cœur), les médias (pour un accès plus juste à l’expression et à l’information), les migrations (qui obligent à s’ouvrir et à s’adapter), le commerce international (pour qu’ils en saisissent l’unilatéralisme et la nécessité d’en changer les règles), le sida (qui touche à des choses taboues dans pas mal de cultures), la gouvernance (pour qu’il comprennent qu’une décision lèse toujours quelqu’un, et que c’est aux citoyens d’alerter les autorités quand le préjudice devient trop grand)… Mais il y a aussi des choses plus ludiques, comme des percussions ou de la danse hip hop !
Langues utilisées ?
On jongle entre l’anglais, l’espagnol et le français. Jusqu’à présent, ça nous permettait de nous faire comprendre de presque tous les gamins. Mais cette question devient prégnante : on se retrouve de plus en plus avec des jeunes qui ne parlent que leur langue d’origine. Des Turcs qui ne parlent que turc, des Sud-Américains qui ne parlent qu’espagnol, des Moyen-orientaux qui ne parlent qu’arabe… Les jeunes des pays en développement n’ont pas le même accès que leurs camarades européens à l’apprentissage des langues. C’est un enjeu fort.






















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