France Cinéma

Caméra au poing, diversité au coeur

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21 Octobre, 2009
Par: Okani Agua

Italienne d’origine, française d’adoption, Marina Galimberti met en lumière des pages d’histoire, pour que chaque composante du monde se compose en unité. Artiste combative, la réalisatrice lutte pour une information juste des réalités locales et internationales, pour que les images soient le vecteur de la mémoire humaine. Interview.

Qui es-tu ?

Je suis une mère, une citoyenne, une artiste, une réalisatrice. J’ai commencé à travailler dans un magazine italien qui traitait de culture et nouvelles technologies. Ensuite je suis venue en France pour des raisons perso-professionnelles, je suis tombée amoureuse de ce pays pour ces richesses et diversités culturelles et je m’y suis installée. L’amour des images et la transmission de messages n’est pas une profession c’est une passion. Ensuite, j’ai voulu être indépendante, tout en continuant à réaliser des documentaires culturels et populaires, et à mettre en lumière des gens de terrain sur des sujets mal ou pas perçus. C’est dans cette logique que Rapsode est né.

Qu’est-ce que Rapsode ?

C’est une structure de production audiovisuelle indépendante co-créée par Jean-Jacques Doya, concepteur multimédia, et moi. Rapsode s’investit dans la réflexion pour la construction d’une société égalitaire et multiculturelle, sur des thèmes comme la précarité, les discriminations, les inégalités, mais aussi les alternatives économiques, le développement humain, l’élaboration de solidarités, la sauvegarde des patrimoines culturel et naturel. Notre priorité est de valoriser les gens de terrain.

Réalisateurs activistes ?

Rapsode nous permet de transmettre des images, de porter un regard personnel, mais aussi d’offrir à certaines populations un porte-voix sur un quotidien qui n’est souvent pas simple, et peu ou mal médiatisé. Faire de la production ce n’est pas avoir un regard intimiste sur soi, c’est parler de problèmes concrets des autres à travers leur réel, leur vécu. Les gens regardent et réagissent. Par exemple aux Philippines, nous avons fait une série de documentaires pour parler du statut difficile des femmes en milieu rural, mais aussi dénoncer la spéculation du riz en bourse, qui rend difficile l’accès de ce produit alimentaire de base aux populations locales.

Quels impacts ?

Ces films sont un moyen de lutte et d’appel auprès des ONG et des gouvernements. En France, par exemple, nous avons suivi 60 familles africaines dans un squat qui, au départ, devait devenir un immeuble social. A l’aide du DVD réalisé, ces familles ont pu obtenir gain de cause et prétendre à une prise en charge : travaux du bâtiments, relogement pendant le temps des travaux.. C’est aussi cela le pouvoir de l’image.

Dans tes documentaires, on remarque aussi l’omniprésence de la question des droits de la femme.. Es-tu féministe?

Dans le monde actuel, des droits fondamentaux restent bafoués. On parle d’égalité des chances dans l’éducation, dans les salaires, mais il y a encore plein de secteurs où la femme est encore discriminée. A travers mes reportages, je montre des femmes de terrain qui font bouger les choses à leur façon, mais ne sont pas reconnues : des mères dans une cité, des filles qui portent à bout de bras une action dans un quartier… Les mettre en lumière, c’est reconnaître le rôle socio-économique qu’elles peuvent avoir.

Tes reportages montrent des gens dans les quatre coins du monde. Cherches-tu à rassembler ?

Je suis curieuse de savoir ce qui se passe ailleurs. Produire des regards croisés. Quand on fait ce métier et qu’on se limite à regarder autour de soi, le risque c’est de s’engouffrer. Je ne me sens pas reliée à une nation, pour moi les racines ne se rattachent pas forcément à la terre où l’on est né. Je me compare souvent à une mangrove avec des racines aériennes qui se mélangent à d’autres racines, se rattachent à d’autres expériences, créent de rhizomes. Pour moi, dans la production de films comme dans la vie, il y a à la fois une mise à distance et une immersion, un engagement et une prise de conscience que les problèmes d’ailleurs résident aussi localement. C’est aussi une volonté de mutualiser le savoir et le savoir-faire.

Penses-tu que la représentativité culturelle et ethnique soit juste en France ?

On dirait qu’il y a un décalage complet entre l’histoire qui avance et les réalités actuelles. Je trouve qu’il y a une sorte de (grave) rémanence de concepts révolus, peut-être due à une volonté de les maintenir. La diversité est un concept difficile. En France, on ne voit pas forcément la richesse culturelle, historique et sociale qu’elle apporte, on pointe plus facilement du doigt la différence comme un défaut, une excroissance.

Tu as monté un projet nommé Migrances Africaines…

Je vis dans un quartier où la diversité culturelle et la vie associative sont très riches. Des gens différents s’y croisent. La question de l’immigration m’intéresse d’autant plus que je viens aussi d’ailleurs. J’ai envie de redéfinir ce concept, souvent mal défini, donc mal interprété, voir stigmatisé, et de mettre l’accent sur la dignité. On a donc suivi pendant plusieurs mois dix habitants du quartier, dans leur quotidien, leur militance, leur travail. Le fait de se raconter face à la caméra leur a permis de construire leur propre carnet de voyage, de trouver les liens entre ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils n’ont jamais raconté et ce qu’ils vivent ici. C’est un projet de partage humain où l’image reste le vecteur de connaissance de l’autre. La plasticienne Sylvie Denet a créé la scénographie et les peintures, à partir des récits des personnes, de leurs photos, d’archives historiques. L’historien Mohammed Ouaddane a enrichi ces mémoires et paroles de textes et articles de référence. On a proposé l’exposition à la Mairie du 19ème, avec le projet de la faire vivre ensuite dans les associations du quartier, pour faire participer le public, recueillir des récits et continuer à faire grandir l’histoire, notre histoire.

Quelle trajectoire t'a le plus marquée ?

Celui de Bobo, un Malien arrivé dans les années 60. Il a quitté femme et enfants pour venir travailler en France. Il vit en foyer de travailleurs immigrés. C’est une personne d’une culture extraordinaire, tant sur son pays que sur la France. Un battant doté de grandes valeurs, qui analyse les choses sans jamais les juger. Il vit dans un huis clos, dans un environnement anonyme et difficile, mais sa force vitale et sa philosophie donnent des couleurs à son récit.

Le concept de « mémoire » est important pour vivre ensemble. Comment penses-tu que la France réagisse face à celui-ci ?

En France, il y a une différence entre la pensée du peuple et la pensée politique. Beaucoup de citoyens sont dans un désir de mixité, de vivre ensemble entre habitants, entre voisins. Les associations font un travail de fond important en ce sens. Depuis quelques années, la région Ile-de-France soutient des initiatives et des projets pour que les mémoires singulières deviennent collectives et construisent notre demain. La question des migrances est aussi de plus en plus traitée. L’enjeu désormais est de donner une éducation citoyenne aux enfants, de transmettre davantage à l’école les cultures des uns et des autres.

Si je te dis « respect » ?

C’est la notion essentielle à la vie. Là où il y a du respect, il y a de l’écoute, de la générosité, de la disponibilité. Si on ne respecte pas les autres, on ne se respecte soi, on ne peut rien construire. Un Etat dans lequel il y aurait du respect mutuel n’aurait pas besoin de lois !


Festival de la diversité : le 24 octobre 2009 dans le 19e arrondissement de Paris. Programme

 

 
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