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Avoir 20 ans au Népal

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2 Juillet, 2007
Par: Réjane Ereau

Ah Katmandou ! Un lieu de rêve pour des décennies de jeunes en quête de douceur de vivre. Pourtant, les peace and love sont allés se rhabiller. Derrière ses airs tranquilles et ses paysages sublimes, le royaume himalayen émerge à peine de dix ans de guerre civile.

 

Sept heures du matin, gare routière de Katmandou. Les gens se pressent autour des braseros pour avaler leur premier thé de la journée. Prem va passer quelques jours dans son village. « Il n’est qu’à une centaine de kilomètres, dit-il, mais il faut sept heures pour y arriver ! » Bus surpeuplés, routes de montagne défoncées… « Il y a encore quelques mois, on était aussi freiné par les barrages militaires ! Dans la capitale, les forces de l’ordre avaient décuplé. Entre contrôles, retards et interdictions, la vie était très compliquée. »

Raison de cette militarisation ? La guérilla maoïste qui, de 1996 à 2006, exerça une pression armée sur tout le pays pour remettre en cause l’autorité du roi, revendiquer une partie du pouvoir et certaines améliorations sociales. Leurs exigences étaient louables car l’État était corrompu et inefficace, estime Ramesh, jeune directeur d’une école de banlieue. Le problème, c’est que pour arriver à leurs fins, ils ont fait régner la terreur. Dans les régions de l’ouest, aéroports, routes, ponts et lignes téléphoniques ont été détruits pour empêcher la progression de l’armée. Des blocus ont entraîné des pénuries en eau et nourriture. Aujourd’hui, tout semble rentré dans l’ordre, mais il faudra des dizaines d’années pour tout reconstruire. »

Prem confirme : les jeunes se sont longtemps sentis pris en étau« entre un gouvernement pourri qui ne faisait rien pour eux et des rebelles qui ruinaient le pays plus qu’ils ne le nettoyaient. Dans mon village, les maoïstes aidaient certaines familles très pauvres, mais faisaient pression sur les garçons pour qu’ils les rejoignent… en menaçant leurs proches. Beaucoup ont fui vers l’Inde, pour éviter d’être enrôlés de force. » Lui est parvenu à s’en sortir. Marié à quinze ans, père de deux enfants, il travaille depuis plusieurs années comme guide. « Je dois ma chance à un couple d’Australiens. Ils m’ont appris l’anglais et mis sur le droit chemin. » Quand il n’est pas dans les montagnes, Prem partage une chambre à Katmandou avec sa fille et son fils. « Ils vont à l’école, savent s’habiller, se faire à manger. Ils sont autonomes, je peux m’absenter. » Son épouse est restée au village. « Elle s’occupe des champs. Pendant la mousson, je vais l’aider. S’il pleut, tant pis, on met le poncho et on y va ! »

Comme lui, des milliers de jeunes Népalais issus des ethnies sherpa, tamang et gurung dépendent de l’industrie du trek. Annapurna, Everest, des sommets qui font rêver… Mais qui, ces dernières années, ont attiré moins d’étrangers. « Le 11 septembre a marqué un premier coup d’arrêt. Et le spectre maoïste, bien que sans risques pour les touristes, a pesé défavorablement. Aujourd’hui, la paix a été signée, le pays a retrouvé son calme, le gouvernement semble avancer vers un processus démocratique : j’espère que les gens vont revenir ! » L’économie népalaise a en effet bien besoin d’un regain touristique : durant les six dernières années, bienheureux le guide qui travailla régulièrement ! Dans certaines régions, les maisons d’hôtes sont restées vides, même en haute saison. Et les porteurs locaux, sans emploi. « Des adolescentes gagnent leur vie en portant des sacs plus gros qu’elles pour 200 roupies quotidiennes (à peine plus de deux euros) ! s’insurge Prem. Le salaire minimum doit être de 300 à 400 roupies par jour. L’intermédiaire a dû mettre la différence dans sa poche ! »

La vie continue, bon gré mal gré. Au coin du feu, ça bavarde, ça rit, ça se frotte, ça joue aux cartes, ça se pique une clope... « Mon village a désormais l’électricité ! exulte Prem. Pas grâce à l’État (tu penses bien), mais à l’initiative de Français et de Norvégiens. On souhaite aussi installer le téléphone, mais jusqu’à présent, on n’avait pas osé : les maoïstes risquaient de vouloir l’utiliser. Si on refusait, ils s’en seraient pris à nous. Si on acceptait, l’armée aurait coupé la ligne ! Tout ça, espérons-le, est derrière nous. » À vingt ans au Népal, on rêve plus que jamais d’amour et de démocratie.



N.E.P.A.L : Never End Peace and Love ?

  « La guerre civile a fait treize mille morts entre 1996 et 2006, témoigne Rajendra Pradhan, journaliste au Nepali Times. Le peuple népalais est tiraillé entre sa culture pacifiste et une violence qui s’exprime dans certaines traditions, ainsi que dans les discriminations faites aux femmes, aux ethnies et aux basses castes. Il faut revigorer un climat de paix via une nouvelle voie, non plus fondée sur la domination, mais sur le peuple. Tout le peuple. » Depuis l’accord de novembre 2006 entre le roi et les maoïstes, le pays semble s’être engagé dans une phase de reconstruction économique et sociale. À suivre.

- La moitié des Népalais a moins de 18 ans
- L’espérance de vie est de 60 ans (79 ans en France)
- Le revenu national brut par habitant est inférieur à 200 euros par an
- 56% de la population est analphabète
- 60% du budget du pays est assuré par l’aide internationale

Source : Unicef

 

 
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