« Mon grand-père est arrivé ici en 1947, au moment de la partition entre l’Inde et le Pakistan », raconte Razwan. Pendant des millénaires, hindous et musulmans ont cohabité au Cachemire en harmonie. En 1947, après l’indépendance, les uns ont dû partir côté indien, les autres côté pakistanais (souvent contre leur gré). « Tu vois ce bâtiment, un peu caché ? C’est le dernier temple hindou de la région, tous les autres ont été détruits. Pour moi, c’est de l’histoire ancienne. »
Aujourd’hui, la frontière n’est toujours pas officiellement fixée. Trois guerres ont opposé les deux pays en 60 ans, des groupes armés musulmans mènent la guérilla sur le sol indien. « Je me suis débrouillé pour ne pas faire le soldat », indique Razwan. Le conflit en Afghanistan ? « Ce ne sont pas nos oignons. Je suis cachemiri avant tout ! »
Le 8 octobre 2005, un tremblement de terre a ravagé la région. 80 000 victimes, trois millions de sans-abri… Les ONG ont investi le Cachemire pakistanais, jusqu’alors interdit d’accès pour raisons militaires. « Mon cousin a été tué, ma sœur de 11 ans gravement blessée. Avec mon frère, nous avons travaillé comme des fous dans les rues. Puis j’ai rejoint US Aid, pour reconstruire. Mon patron était un type très impressionnant. J’aimerais bosser pour une autre agence humanitaire… ou être embauché dans un web café. » Internet, c’est à la fois l’évasion et l’espoir. « J’ai appris l’anglais à l’école, mais surtout grâce à Internet, raconte Razwan. Avant le tremblement de terre, je travaillais dans un web café, à l’entretien. Le séisme a tout détruit… »
Muzzafarabad est une ville crasseuse et survoltée, débordée par les réfugiés des montagnes, où l’eau et l’électricité sont sans cesse coupées, où tout reste à reconstruire (hôpitaux, écoles, bâtiments publics). En attendant de retrouver un boulot, Razwan surfe sur les sites de musique, de chat et de foot. « Avec mon pote Mani, on essaie d’inviter des filles, mais on n’y est toujours pas arrivé ! Ici, il n’y a rien pour rencontrer des gens : les seules fêtes, ce sont les mariages ! De temps en temps, on pousse jusqu’à Muree (ville à quelques heures de route), pour danser. J’ai un cousin en Allemagne, un autre en Angleterre. Je rêve de visiter l’Occident, ses forêts, sa nature, mais je veux faire ma vie au Cachemire. Autre rêve ? Offrir le pèlerinage à la Mecque à mon père, qui a travaillé dur toute sa vie. Mais mes poches sont vides, je ne peux avoir aucun projet. J’ai un peu peur de ce qui m’arrive. »























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