Amérique Latine / Caraïbes Vivre ensemble

Avoir 20 ans à Mexico

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1 Juin, 2009
Par: Anne-Claire Gras

Entre fringues made in USA, dimanches en famille, revivals aztèques, pèlerinages, rave parties et reggaeton, la jeunesse mexicaine se trouve à la croisée de deux mondes. C’est dans ce mélange d’influences que grandissent les enfants de la capitale, labyrinthe urbain emblématique des inégalités et de la diversité du pays tout entier.

«Gringo»: mot-clé du vocabulaire  mexicain, qui désigne ce qui  vient des USA. Si l’expression est  tant employée au Mexique, c’est  que l’Oncle Sam y est partout. Ici,  on consomme américain, on travaille  pour des entreprises américaines,  on reçoit de l’argent du  papa parti amasser quelques  dollars aux États-Unis, on  regarde la télé américaine.  En réaction, de nombreux jeunes  Mexicains s’attachent à préserver  les traditions et la culture de  leurs parents, voire de leurs ancêtres  plus lointains. Tout ce qui  rappelle les racines indigènes du  pays est à la mode: apprendre le  nahuatl, une langue indienne  toujours utilisée dans le sud du  pays, se faire tatouer un symbole  aztèque, se marier selon les rites  «néo-mayas»…    

Autre facette du quotidien de la  jeunesse mexicaine: la foi catholique,  léguée par les colons espagnols.  Conséquence de cette religiosité:  de nombreux sujets sont  tabous. L’avortement, par exemple:  légalisé il y a environ deux  ans dans la capitale et ses alentours,  il est interdit ailleurs. Idem  pour la contraception: pratique  très contestée, elle reste une  question ultrasensible. Du coup,  beaucoup de Mexicaines, surtout  dans les milieux populaires, tombent  enceintes très jeunes. Ces  mères célibataires élèvent leurs  bambins dans la maison familiale,  les confiant à la grand-mère  pendant qu’elles travaillent.  Dans un Mexique miné par les  inégalités, la famille reste le  noyau et le refuge des jeunes.

Julian, 23 ans. Fils d’une famille très modeste. Vend des sacs dans le centreville. 

Avec son look de rocker  anglais, son goût pour la  poésie et sa passion pour  la batterie, il fait figure  d’original parmi ses  compères de travail. D’où  son surnom: l’extraño  (l’étrange en espagnol).  Julian a arrêté l’école  avant de passer son bac,  «parce qu’à l’époque, je  préférais fumer des joints  avec mes potes et  travailler pour me faire de  l’argent». Julian bosse  ainsi depuis six ans, et  reverse une partie de son  salaire à ses parents.  «J’aimerais reprendre les  études pour trouver un  boulot plus motivant.  Même si par certains côtés,  j’apprécie ce que je fais:  travailler dans la rue, c’est  la liberté.» Ce qu’il aime  dans son pays: les fêtes  traditionnelles, comme le  jour des Morts. Ce qu’il  n’aime pas: l’intolérance,  le pouvoir absolu de  l’argent.   
 
Diana, 27 ans. Assistante de direction. Vit avec sa fille Ixchel, quatre ans, dans la modeste maison de ses parents. 
 
«Quand j’ai annoncé à  mon père que j’étais  enceinte, il a voulu me  mettre à la porte: je n’étais  pas mariée, mon copain ne  voulait pas reconnaître  l’enfant, j’allais arrêter mes  études avant d’avoir mon  diplôme universitaire...  C’est grâce à ma mère que  j’ai pu rester.» Fan de rock  mexicain, Diana adore aller  à des concerts. «Même si  maintenant, je ne sors plus  beaucoup. Je dois rester  chez moi pour m’occuper de  ma fille. Je me contente  d’aller au marché ou au  centre commercial.» Elle  vient de présenter à ses  parents son nouveau petit  ami. Elle se verrait bien  l’épouser. «Comme ça, on  pourrait vivre ensemble et  j’aurais peut-être enfin ma  vie à moi!»    
 
Perla, 26 ans. Prépare une thèse d’anthropologie sur la violence. Vit avec son petit ami, qu’elle a rencontré à la fac et qui travaille sur les communautés indiennes. 
 
«Dans deux ans, si  j’obtiens ma bourse, je  partirai finir ma thèse au  Brésil. Pour nous,  chercheurs, le continent  sud-américain est  passionnant car il offre  beaucoup de sujets à  étudier… Mais il est aussi  tellement injuste! Moi j’ai  beaucoup de chance: je  mène la vie dont j’ai  toujours rêvé.» Ses loisirs?  «Entre les cours, les heures  à la bibliothèque et le  travail sur le terrain, je n’ai  pas trop de temps pour  moi! Mais dès que je peux,  je quitte Mexico pour  voyager à travers le pays.  J’aime la variété de ses  paysages: désert, forêt  tropicale, mer  paradisiaque…» 
 
Alicia, 20 ans. Étudiante en gastronomie. Vit dans un quartier huppé.
 
Ses parents ont divorcé.  Son père est responsable  du personnel d’une chaîne  de supermarchés. Sa mère  fait de la peinture. Pour  son anniversaire, son père  lui a offert une voiture.  «Comme ça, je n’ai jamais  besoin de prendre le  métro!» Ses passions: les  pâtisseries et la cuisine en  général, son chien Nikki,  sortir en discothèque avec  ses meilleures amies et  son copain (ils sont  ensemble depuis deux  ans), faire du shopping  aux États-Unis. Son rêve:  ouvrir un restaurant.  Selon elle, le principal  problème au Mexique,  «c’est la délinquance. Il  faut toujours faire  attention. Il y a des  quartiers de Mexico où je  ne peux pas aller, et mes  parents ne me laissent  jamais rentrer après deux  heures du matin». 
 
Alicia, 23 ans. Fille unique, vit avec sa mère et son beau-père dans un quartier populaire.
 
Depuis plusieurs mois,  elle prépare l’examen  d’entrée pour intégrer  l’Université nationale  autonome de Mexico,  l’une des plus réputées du  continent, section  sciences sociales. «Je veux  me sentir utile à mon  pays. J’aimerais travailler  en lien avec les droits de  l’homme, par exemple.»  Pour financer ses études,  Alicia est vendeuse dans  une boutique de  vêtements. Côté coeur?  «En ce moment, je suis  célibataire. Je ne veux pas  sortir avec n’importe qui.  70% des hommes  mexicains considèrent les  filles comme des objets  sexuels ou comme des  femmes au foyer. Moi, je  veux être indépendante,  gagner ma vie par moimême.  » Ses petits  plaisirs: chaussures,  sorties ciné, le chocolat.   
 
Roberto, 27 ans, graphiste. Fils d’un ingénieur et d’une infirmière, vit avec son amie. 
 
Sa définition du  Mexique? «Un putain de pays! Ici, tout est pourri par la corruption, jusqu’à la scolarité. Par exemple, si un enfant doit redoubler une classe, son père va  aller graisser la patte du  directeur de l’école pour le  faire passer. Et ça ne  choque personne.»  Roberto a pris l’habitude  de voter pour le PRD, le  principal parti de gauche, mais il ne se fait aucune illusion sur l’intégrité des dirigeants. D’où sa  volonté de quitter, un jour, sa terre natale pour s’installer en Espagne ou au Pérou. Ce qui lui  manquerait s’il quittait le Mexique? Sa famille (Roberto est le petit dernier d’une fratrie de  cinq enfants) et… les piments.
 
P_avoir vingt ans mexico
P_avoir vingt ans mexico
Julian Vingt-trois ans. Fils d’une famille très modeste. Vend des sacs dans le centreville.
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Article paru dans
Numéro 22
Juin - Juillet - Août 2009
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