«Gringo»: mot-clé du vocabulaire mexicain, qui désigne ce qui vient des USA. Si l’expression est tant employée au Mexique, c’est que l’Oncle Sam y est partout. Ici, on consomme américain, on travaille pour des entreprises américaines, on reçoit de l’argent du papa parti amasser quelques dollars aux États-Unis, on regarde la télé américaine. En réaction, de nombreux jeunes Mexicains s’attachent à préserver les traditions et la culture de leurs parents, voire de leurs ancêtres plus lointains. Tout ce qui rappelle les racines indigènes du pays est à la mode: apprendre le nahuatl, une langue indienne toujours utilisée dans le sud du pays, se faire tatouer un symbole aztèque, se marier selon les rites «néo-mayas»…
Autre facette du quotidien de la jeunesse mexicaine: la foi catholique, léguée par les colons espagnols. Conséquence de cette religiosité: de nombreux sujets sont tabous. L’avortement, par exemple: légalisé il y a environ deux ans dans la capitale et ses alentours, il est interdit ailleurs. Idem pour la contraception: pratique très contestée, elle reste une question ultrasensible. Du coup, beaucoup de Mexicaines, surtout dans les milieux populaires, tombent enceintes très jeunes. Ces mères célibataires élèvent leurs bambins dans la maison familiale, les confiant à la grand-mère pendant qu’elles travaillent. Dans un Mexique miné par les inégalités, la famille reste le noyau et le refuge des jeunes.
Julian, 23 ans. Fils d’une famille très modeste. Vend des sacs dans le centreville.
Avec son look de rocker anglais, son goût pour la poésie et sa passion pour la batterie, il fait figure d’original parmi ses compères de travail. D’où son surnom: l’extraño (l’étrange en espagnol). Julian a arrêté l’école avant de passer son bac, «parce qu’à l’époque, je préférais fumer des joints avec mes potes et travailler pour me faire de l’argent». Julian bosse ainsi depuis six ans, et reverse une partie de son salaire à ses parents. «J’aimerais reprendre les études pour trouver un boulot plus motivant. Même si par certains côtés, j’apprécie ce que je fais: travailler dans la rue, c’est la liberté.» Ce qu’il aime dans son pays: les fêtes traditionnelles, comme le jour des Morts. Ce qu’il n’aime pas: l’intolérance, le pouvoir absolu de l’argent.
Diana, 27 ans. Assistante de direction. Vit avec sa fille Ixchel, quatre ans, dans la modeste maison de ses parents.
«Quand j’ai annoncé à mon père que j’étais enceinte, il a voulu me mettre à la porte: je n’étais pas mariée, mon copain ne voulait pas reconnaître l’enfant, j’allais arrêter mes études avant d’avoir mon diplôme universitaire... C’est grâce à ma mère que j’ai pu rester.» Fan de rock mexicain, Diana adore aller à des concerts. «Même si maintenant, je ne sors plus beaucoup. Je dois rester chez moi pour m’occuper de ma fille. Je me contente d’aller au marché ou au centre commercial.» Elle vient de présenter à ses parents son nouveau petit ami. Elle se verrait bien l’épouser. «Comme ça, on pourrait vivre ensemble et j’aurais peut-être enfin ma vie à moi!»
Perla, 26 ans. Prépare une thèse d’anthropologie sur la violence. Vit avec son petit ami, qu’elle a rencontré à la fac et qui travaille sur les communautés indiennes.
«Dans deux ans, si j’obtiens ma bourse, je partirai finir ma thèse au Brésil. Pour nous, chercheurs, le continent sud-américain est passionnant car il offre beaucoup de sujets à étudier… Mais il est aussi tellement injuste! Moi j’ai beaucoup de chance: je mène la vie dont j’ai toujours rêvé.» Ses loisirs? «Entre les cours, les heures à la bibliothèque et le travail sur le terrain, je n’ai pas trop de temps pour moi! Mais dès que je peux, je quitte Mexico pour voyager à travers le pays. J’aime la variété de ses paysages: désert, forêt tropicale, mer paradisiaque…»
Alicia, 20 ans. Étudiante en gastronomie. Vit dans un quartier huppé.
Ses parents ont divorcé. Son père est responsable du personnel d’une chaîne de supermarchés. Sa mère fait de la peinture. Pour son anniversaire, son père lui a offert une voiture. «Comme ça, je n’ai jamais besoin de prendre le métro!» Ses passions: les pâtisseries et la cuisine en général, son chien Nikki, sortir en discothèque avec ses meilleures amies et son copain (ils sont ensemble depuis deux ans), faire du shopping aux États-Unis. Son rêve: ouvrir un restaurant. Selon elle, le principal problème au Mexique, «c’est la délinquance. Il faut toujours faire attention. Il y a des quartiers de Mexico où je ne peux pas aller, et mes parents ne me laissent jamais rentrer après deux heures du matin».
Alicia, 23 ans. Fille unique, vit avec sa mère et son beau-père dans un quartier populaire.
Depuis plusieurs mois, elle prépare l’examen d’entrée pour intégrer l’Université nationale autonome de Mexico, l’une des plus réputées du continent, section sciences sociales. «Je veux me sentir utile à mon pays. J’aimerais travailler en lien avec les droits de l’homme, par exemple.» Pour financer ses études, Alicia est vendeuse dans une boutique de vêtements. Côté coeur? «En ce moment, je suis célibataire. Je ne veux pas sortir avec n’importe qui. 70% des hommes mexicains considèrent les filles comme des objets sexuels ou comme des femmes au foyer. Moi, je veux être indépendante, gagner ma vie par moimême. » Ses petits plaisirs: chaussures, sorties ciné, le chocolat.
Roberto, 27 ans, graphiste. Fils d’un ingénieur et d’une infirmière, vit avec son amie.
Sa définition du Mexique? «Un putain de pays! Ici, tout est pourri par la corruption, jusqu’à la scolarité. Par exemple, si un enfant doit redoubler une classe, son père va aller graisser la patte du directeur de l’école pour le faire passer. Et ça ne choque personne.» Roberto a pris l’habitude de voter pour le PRD, le principal parti de gauche, mais il ne se fait aucune illusion sur l’intégrité des dirigeants. D’où sa volonté de quitter, un jour, sa terre natale pour s’installer en Espagne ou au Pérou. Ce qui lui manquerait s’il quittait le Mexique? Sa famille (Roberto est le petit dernier d’une fratrie de cinq enfants) et… les piments.
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