« Moi, c’est Joseph, de mon vrai nom Phylo MC »… À moins que ce ne soit l’inverse ! Le lapsus est révélateur : à 29 ans, Phylo MC est un rappeur slameur connu sur Cayenne. Voilà près de dix ans qu’il s’est lancé, mais il vient à peine de sortir son premier album Tradev – contraction de tradition et évolution. L’association dont il est le président, Turépé, œuvre pour la conservation de la musique traditionnelle, en intégrant de nouveaux styles comme le reggae ou le slam. Elle anime également des ateliers d’écriture dans les écoles. « Il reste énormément à faire pour les jeunes de Guyane, estime Phylo MC. Différents projets musicaux voient le jour. Il y a pas mal de talents. Après, il faut les pousser. »
Dans ce territoire français des Caraïbes, près de la moitié de la population a moins de 25 ans. « Pour beaucoup, la musique est une sorte d’exutoire, mais aussi plus simplement une occupation. » Squal, 21 ans, l’avoue franchement : « Au début, le rap, c’était pour passer le temps ! » MC Didi, son acolyte de 26 ans, veut y croire : voilà huit ans qu’il évolue dans l’underground. « Ce serait bien qu’on entende parler des artistes guyanais ! Surtout que ces temps-ci, on fait du bon travail. C’est le moment de se montrer ailleurs… »
Qu’on lui donne sa chance. Voilà ce dont rêve la nouvelle génération guyanaise, touchée de plein fouet par le chômage. « On aimerait qu’on nous fasse confiance mais ici, ça marche au filon, témoigne Nayrat. Si tu connais Untel c’est bon, sinon… » Squal tempère : « Il faut arrêter de se plaindre, cesser de dire qu’il n’y a jamais de boulot, de ceci ou de cela. Quand tu t’accroches, quelqu’un finit toujours par te remarquer. C’est une question de volonté ! »
Pour Line, 19 ans, qui chante dans la chorale de son église, trop de jeunes souffrent de solitude. Un mal qui commence au sein même de la famille, par un sentiment d’abandon. « Beaucoup de mes amis se sont tués ou du moins mis en danger parce qu’ils ne se sentaient pas importants », explique-t-elle. Suicide, conduite en état d’ivresse, « tirages » (courses sur scooters trafiqués), consommation de drogue... Elle-même issue d’une famille monoparentale (comme plus d’une famille sur trois à Cayenne), Line avoue avoir commencé à boire quand elle était au lycée, juste pour attirer l’attention de ses parents. Quand elle observe son petit frère de 14 ans, elle dit « être inquiète pour l’avenir », mais ne désespère pas pour autant : elle vient de réussir ses examens pour intégrer, en France hexagonale, une école de préparation au concours d’assistante sociale. Un métier qui la passionne « parce qu’il permet de répondre à la détresse que je lis parfois chez certains jeunes de ma génération. »
























- Réagir aux articles
- Soumettre une contribution¹
- Répondre à un appel à témoignage¹
- Mémoriser un contenu¹
- Participer à un jeu¹
- Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
- T′abonner aux podcasts¹
- Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement