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Avoir 20 ans à Berlin

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6 Novembre, 2009
Par: Sébastien Désurmont Marc Cheb Sun

Vingt ans après la chute du Mur, quoi de neuf à Berlin ? Cité écolo, la capitale allemande ne cesse de rajeunir. Les loyers sont bas, les jeunes affluent de toute l’Europe, la vie artistique est foisonnante. Mais, dans certains quartiers de l’ex-RDA, l’ennui et le chômage provoquent une barrière culturelle. Deux jeunesses cohabitent à Berlin. Reportage

Barbe taillée au scalpel, joues creusées, sourire provocateur: Harris a de faux airs de JoeyStarr. À ses côtés, Bintia, avec ses immenses lunettes qui lui barrent le visage, cultive volontiers son look à la Jennifer Lopez. Aujourd’hui, ils ne travaillent pas. Alors, ils lézardent tranquillement à la terrasse d’un café du quartier de Kreuzberg. Tous deux ont 28 ans. Ils sont mariés, ont déjà une fille de cinq ans et un petit garçon d’un an. Harris est un rappeur connu des Berlinois. Ses clips passent parfois sur la MTV locale. Bintia fait aussi de la musique. Elle a sorti quatre albums de RnB, dont le titre Berlin city girls. «J’y raconte la vie des filles de ma génération, ces Berlinoises qui n’avaient pas dix ans lors de la chute du Mur. On nous demande souvent comment nous avons vécu cet événement historique qui a mis fin à la séparation entre Berlin-Ouest et Berlin-Est... Mais pour nous, c’est juste un souvenir d’enfance flou!»

Harris a ses origines au Maghreb, Bintia dans les Caraïbes. C’est pourquoi ils ont choisi de vivre à Kreuzberg, «le coin le plus mélangé de Berlin». Jusqu’à la réunification, c’était aussi le plus déglingué. Dernière zone de l’Ouest avant le légendaire poste frontière de Checkpoint Charlie, Kreuzberg a longtemps effrayé les riches Wessies (habitants de l’Ouest). Communauté turque, ouvriers, chômeurs, punks et junkies s’y partageaient le terrain entre cités délabrées et usines désaffectées. Aujourd’hui, le décor n’a pas changé, mais Kreuzberg est devenu le point de ralliement de la jeunesse branchée. «Ici, les problèmes de tolérance sont rares, reconnaît Bintia. On peut écouter de la musique tard, faire la fête. Les voisins n’appellent jamais la police. Ils viennent plutôt vous demander gentiment de faire moins de bruit. Contrairement à d’autres coins en Allemagne, un Black ou un Beur peut se promener dans la rue sans être déshabillé du regard.»

Quand on est jeune, Berlin est une aubaine. C’est l’une des dernières capitales européennes où les logements restent abordables. «Louer un 60 m2 dans les quartiers populaires comme Kreuzberg, Prenzlauer Berg ou Fridrichshain revient à 450 euros par mois, un peu moins si l’on se chauffe au charbon», explique Tina, 26 ans, qui a quitté son Hambourg natal pour s’adonner à la photographie. Berlin est aussi la capitale des petits boulots: dans cette ville ruinée par les grands travaux de la réunification, où le chômage atteint 17%, ils sont incontournables. «L’emploi du temps typique alterne entre la fac et un job de serveur, de coursier, de standardiste ou de gardien dans une galerie d’art, sourit Tina. Ça laisse le loisir de cultiver ses passions!»

La cité étonne par son dynamisme culturel. On ne compte plus les collectifs, les graphistes débutants, les designers en herbe, les troupes de théâtre et formations musicales. «Ici, tous les jeunes se disent artistes», ironise Benjamin. Avec son ami Stefan, il a créé le duo de DJ Fab-5-Finger & Grandmaster Ben. «Nous nous produisons dans les clubs de toute l’Allemagne, mais c’est à Berlin et nulle part ailleurs qu’on trouve notre énergie, car la liberté règne.» Et en matière de liberté, Benjamin en connaît un rayon. Son grand-père, militant communiste et résistant, est mort à Auschwitz. Quant à son père, le chanteur Wolf Biermann, il est considéré comme le Brassens allemand. Un poète à la plume acérée qui fut expulsé de RDA et dont les disques furent interdits. Aujourd’hui, plus besoin de vérifier que les paroles sont «conformes» avant d'écouter un de ses vieux vinyles !

Plus à l’Est, loin des quartiers branchés et festifs, les enfants des Ossies (habitants de l’ex-RDA) s’ennuient. Ils se sentent souvent rejetés par l’Ouest triomphant, sa société de consommation, ses paillettes, son argent et ses codes. Beaucoup vivent avec le souvenir d’un système qui, jadis, donnait du travail et des loisirs à tous. Français d’origine marocaine, installé à Berlin depuis cinq ans, Hakim, 24 ans, occupe un studio à l’est de Fridrichshain. Il est livreur trois jours par semaine, dessinateur de bandes dessinées le reste du temps. Depuis quelques mois, il n’a qu’une idée en tête: quitter les lieux. «La situation se dégrade. En tant qu’immigré, je ne me sens plus en sécurité. Comme il n’y a pas de boulot, pas d’argent, les jeunes traînent dans la rue, boire de la bière dans les parcs, jouer un peu de musique dans les caves. Pour marquer leur mécontentement, de plus en plus se coupent les cheveux à ras, portent des godillots… Chez certains, c’est juste un style vestimentaire. Mais d’autres sont de vrais néo-nazis en puissance, et n’hésitent pas à tenir des discours ouvertement racistes.» Le Mur est tombé, mais les frontières demeurent.


FLASHBACK

1989. Pour quelques mois encore, le Mur est là. Omniprésent, il transforme l’ouest de la ville en forteresse de l’Occident capitaliste. Pour l’heure, la capitale de la RFA est peuplée d’immigrés turcs et de jeunes qui affichent une marginalité. «La poubelle de l’Allemagne», dit-on à Munich, la dure. Les Berlinois donnent à leur ville un surnom plus romantique: «l’île».

Avoir 20 ans, être allemand et vivre ici en 89 dispensent du service militaire. On trouve des logements bon marché, ou gratuits: la municipalité légalise de nombreux squats pour repeupler la ville maudite, perdue au beau milieu d’un Est hostile, affilié à l’Union soviétique. Les crinières sont bleues, vertes, les crêtes rouges, les guitares saturées… Mais le punk à la berlinoise respire un arrière-goût de conservatisme gauchiste et de mièvrerie baba cool, terriblement petit-bourgeois, sans commune mesure avec la fièvre iconoclaste, visionnaire, troublante du No Future londonien.

Avoir 20 ans à Berlin, être né de parents turcs, c’est garder le statut d’Ausländer (étranger): le droit du sang prédomine, pour quelques années encore.  Avoir 20 ans à Berlin, ces années-là, de parents noirs ou orientaux, c’est tendre l’oreille outre-Atlantique vers les sons de rage. Longtemps après la France, l’Allemagne découvre le hip hop. Un soir d’été berlinois 1989, les soirées Black Liberation Sound System voient le jour. La même année, dans la même ville, d’autres défilent, pour la première fois en Europe, aux sons stridents de la Techno Parade.


CHIFFRES CLES

  • Une ville gigantesque  : 10 fois Paris, dont un tiers de parcs et jardins, pour 3,4 millions d’habitants
  • Un taux de chômage de 17% contre 9% pour le reste du pays. Les moins de 25 ans sont les premiers touchés
  • Une capitale culturelle: 170 musées, 350 galeries d’art, 50 théâtres, 12000 bars et cafés
  • Partie la plus émouvante de la ville: un bout de mur de 300 mètres. Près du métro Nordbahnhof, seules deux rangées de béton ont été conservées depuis la chute du Rideau de fer en novembre 1989, avec les miradors et les barbelés
  • 7 millions d’étrangers en Allemagne
  • 30% de Turcs, 12% d’ex-Yougoslaves, 10% d’Italiens. 60% y vivent depuis plus de dix ans
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Enfin un article qui reflète

Enfin un article qui reflète un peu plus la réalité de cette ville géniale mais qui peut aussi faire flipper par certains aspects... Avis à tous les bénis de la crèche...

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Groupe de l’économie sociale et solidaire, investi dans les domaines de l'aide sanitaire et sociale, de l’insertion, du développement durable et de la presse citoyenne.