Impossible de parler musique avec des jeunes de Madras sans que ton nom soit évoqué. Gamins défavorisés, DJ branchés, rappeurs underground, tous te citent comme « la » référence !
Peut-être parce que j’ai été le premier tamoul à obtenir une reconnaissance nationale, en 1992, pour le film Roja. J’ai fédéré les troupes ! Mon but : faire émerger la musique du sud, en Inde et ailleurs. Objectif atteint, en un sens…
Tous soulignent ton côté novateur : tu as été le premier à introduire des sonorités rap, pop, rock ou électro dans les musiques de films indiens…
Au début de ma carrière, j’ai fait partie de groupes, j’ai travaillé pour d’autres. A un moment, je me suis simplement mis à composer les titres que j’avais envie d’écouter dans ma voiture. Le public a suivi !
Le succès de Slumdog Millionnaire ?
Il m’ouvre beaucoup de portes ; et me donne les moyens d’accomplir encore plus…
Au profit de la reconnaissance d’une culture indienne qui ne se limite pas à Ravi Shankar et aux palais des Maharadjas ?
Les perceptions évoluent : le monde devient plus petit, l’Inde fait son chemin. Ce pays parle de lui-même : il héberge les gens les plus riches et les plus pauvres de la planète. Une terre complexe où même les plus déshérités, avec leur dignité, leur capacité à être heureux malgré tout, ont des leçons à donner.
Outre une fondation au profit des enfants défavorisés, tu as créé un conservatoire de musique à Madras. Objectif ?
Enseigner aux jeunes, y compris de milieux modestes, l’histoire et les techniques de la musique carnatique (1), afin de leur donner des bases solides pour faire leur place au niveau national et international, et œuvrer au rayonnement de la scène du Sud. Le développement de cette école me tient à cœur. Si des musiciens français veulent venir nous prêter mains fortes, ils sont les bienvenus !
Madras semble actuellement en pleine ébullition culturelle…
Cette ville est à la fois la capitale de la musique carnatique et le berceau historique du cinéma d’Inde du Sud (2). Ces deux influences ont forgé son identité artistique. Dans chaque rue, tu trouves de super musiciens ; une richesse unique ! La jeunesse regorge de talents, mais ceux-ci peuvent être facilement gâchés…
Beaucoup de jeunes musiciens disent manquer de lieux où se produire. Tu crois au développement d’une scène live ?
C’est une piste à explorer : les gens aiment sortir, et ils n’ont pour l’instant pas d’autre alternative que le cinéma.
Et toi, sur scène, ça donne quoi ?
Je prends confiance doucement : je suis avant tout un compositeur ! Mais je suis entouré par de chanteurs et de danseurs formidables, qui me soutiennent et me donnent confiance.
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
J’écoute un peu la radio, Internet… Mais je passe surtout beaucoup de temps enfermé dans mon studio, à bidouiller mes propres mixes. Je préfère rester silencieux aux influences extérieures. Ma musique naît de l’intérieur.
La politique ?
C’est un terrain sur lequel je ne souhaite pas m’engager : c’est bien que certains s’impliquent, mais je suis très heureux à faire de la musique…
Mais en mixant rythmes traditionnels et sonorités nouvelles, en faisant rayonner une « troisième voie » entre Nord et Sud, ta démarche artistique dit beaucoup de la société que tu souhaites porter…
Merci de l’avoir décodé !
(1) Musique traditionnelle d’Inde du Sud (2) En Inde, les studios plus importants se trouvent à Bombay (le fameux Bollywood), mais l’industrie cinématographique est aussi très active à Madras (Kollywood), ainsi que dans l’Andhra Pradesh et le Kerala.
AR RAHMAN C’EST…
- Près de 200 millions d’albums vendus à travers le monde
- Plus de 120 bandes originales de films
- Une centaine de récompenses, en Inde ou à l’international
- Deux Oscars, deux Grammy Awards et un Golden Globe pour Slumdog Millionnaire
- L’une des cent personnalités les plus influentes dans le monde selon Time Magazine
- Une collaboration avec Akon, des contacts amorcés avec Spielberg …
POUR LA PREMIERE FOIS EN FRANCE !
La rumeur court sur le Net depuis le début de l’année. « AR Rahman à Paris, est-ce vrai ? » Eh oui !
Le 17 juillet au Parc des Expositions (Porte de Versailles)
Musiciens, chanteurs, danseurs, acrobates…Lle « Mozart de Madras » proposera un véritable show à l’indienne, scénographié par Amy Tinkham - qui a travaillé avec Britney Spears et Mariah Carey.
Une partie des bénéfices sera reversée à la Fondation AR Rahman pour l’éducation et contre la pauvreté
T’EN PENSES QUOI ?
Srikanth, 21 ans, rappeur (Madras, Inde)
Avec Pettai Rap, en 1994, extrait de la bande originale de Kadhalan, AR Rahman a été le premier à introduire le rap dans les films indiens. Les jeunes le respectent pour son côté novateur. Notamment au Sud, dont il porte les couleurs au niveau national et international.
Mouss, co-organisateur du concert en France (Paris)
Sa musique accroche tout le monde parce qu’elle rompt avec les « ding ding » indiens traditionnels et mélange les genres. Beaucoup copiée depuis, elle reste reconnaissable entre toutes. Sa venue en France est un cadeau pour la communauté indienne, mais aussi un moyen de montrer à tous que cette culture ne se résume pas à un folklore.
Sanjey, 21 ans, étudiant (Paris)
Ce concert est une bonne nouvelle. Une grande occasion pour nous de voir « le » musicien de notre génération ! J'aime surtout le travail de ses débuts. Mes autres références : Ilayaraja, un compositeur tamoul avec qui AR Rahman a travaillé avant de se lancer en solo, le réalisateur Mani Ratman, l’acteur Kamal Hassan (qui aurait sûrement gagné plusieurs Oscars s’il avait été américain) et surtout Rajnikanth : mon idole de toujours, la superstar du Tamil Nadu, l’un des comédiens les mieux payés en Inde !
Fanta, 26 ans, employée (Paris)
Mon ipod est plein de titres made in AR Rahman ! J’adore sa musique car elle est dans l'air du temps, facile à retenir. Elle échappe aux stéréotypes gnangnan tout en étant porteuse de messages. Sa venue à Paris signifie que le public français commence à compter. Peut-être va-t-on enfin voir au cinéma plus de films indiens – il en existe d’excellents ! Je ne sais pas si je pourrai aller au concert… Au pire, j’achèterai le DVD.
Baz, co-organisateur du concert en France (Paris)
L’attachement des gens à AR Rahman ne tient pas qu’à sa musique : c’est aussi quelqu’un de simple, qui véhicule des valeurs. Pas bling bling, droit, discret mais actif… Les Tamouls se reconnaissent en lui.
NAMASTE FRANCE
C’est parti pour un an de culture indienne dans l’Hexagone !
Musique, danse, cinéma, littérature, mode, arts plastiques… Partout en France, jusqu’en juillet 2011.
Infos : www.namaste-france.com






















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(1) : disponible prochainement