Pourquoi passer du petit au grand écran ?
L’envie d’aller plus loin, dans de plus grands espaces, avec plus de temps. De faire un film avec un début et une fin. Les Etats-Unis, pays du cinéma, était la destination rêvée - d’autant que je n’y étais pas allé pour la série.
Ta démarche a surpris les Américains ?
Pas tant que ça. Il y a des gens ouverts et curieux, comme partout, et d’autres que peu de choses intéressent, qui n’aiment pas être surpris.
Difficile de se faire héberger aux Etats-Unis ?
D’une manière générale, non. Mais tout dépend des endroits. Il m’a fallu le temps de saisir l’atmosphère du pays. Une fois compris à qui j’avais à faire et la manière dont les choses fonctionnaient, je me suis senti à l’aise.
Ton passage à la Nouvelle-Orléans est un peu mouvementé. Notamment lorsqu’un jeune semble en vouloir à ta caméra... Comment t’en es-tu sorti ?
Sans trop de problèmes ! Quand je me suis levé pour partir, il m’a suivi. Il voulait de l’argent pour s’acheter une bière. Je lui ai donné deux dollars, il m’a lâché. Je n’ai eu aucun problème avec les autres : je suis resté un peu avec eux, ce n’était pas du tout tendu, j’étais en sécurité.
Le fait qu’un Blanc se pointe dans leur quartier ?
Je ne crois pas. Plutôt que quelqu’un d’ailleurs débarque chez eux. J’aurais été un blanc américain, ç’aurait été différent, peut-être pire !
Les relations entre habitants de ce quartier ?
J’ai senti qu’ils se méfiaient les uns des autres. Ils me disaient de faire attention à moi et aux gens d’une manière générale.
Chaque communauté vit dans son coin ?
J’ai l’impression, mais c’est un peu vrai en France aussi. Si tu vas dans le treizième arrondissement de Paris, les Asiatiques vivent entre eux. On retrouve cette situation partout sur la planète.
Tu as ressenti la pauvreté ?
La pauvreté, comme la richesse. Les gens ne se mélangent pas. Un peu comme La Courneuve et le seizième arrondissement de Paris. Je me bats beaucoup contre les idées reçues. On répète sans cesse les mêmes clichés sur les Etats-Unis, mais les choses évoluent. On entend souvent que si tu n’as pas d’argent pour te faire soigner, tu peux crever. Quand je parle avec cet homme qui dort sur la plage, il me raconte que si tu as une jambe cassée et que tu es devant l’hôpital, ils te soignent. Mais une fois le plâtre posé, ils te mettent dehors. En France, on n’est pas très loin de ça !
Le « casting » du film, un aperçu de la société américaine ?
Ce n’est pas un documentaire mais un voyage subjectif, filmé de manière objective. Certainement pas un reflet exact de la société américaine. Déjà par rapport aux endroits où je suis allé : qui va se promener dans des coins comme celui où je rencontre Charlie ? Qui va dans les mauvais quartiers de la Nouvelle-Orléans ?
Ce n’est pas ça, la société américaine ?
C’est "aussi" ça. Aux USA comme ailleurs, si tu fréquentes un certain milieu, ta perception du pays sera en rapport avec ce milieu. Si tu vas sur la Côte d’Azur au printemps ou en été, tu ne verras pas la même chose. Si j’avais pris un trajet différent, j’aurais montré autre chose.
Le rêve américain, toujours d’actualité ?
On peut encore faire fortune aux USA en partant de rien. C’est toujours plus vrai là-bas que chez nous. Il faut bien comprendre une chose : aux USA, à partir du moment où tu as cette liberté de pouvoir faire fortune, tous ceux qui ne vont pas se battre pour (ou qui vont moins bien se débrouiller) vont descendre beaucoup plus bas que dans un pays communiste, par exemple. Le rêve américain n’est pas bon pour les moins acharnés.
Ta plus belle rencontre ?
Il n’y en a pas qu’une ! Ma rencontre avec cet homme qui dort sur la plage, celle du mec qui part en prison, celle avec George, qui est saoul et m’emmène dans son ancienne maison à la Nouvelle Orléans…
La plus délicate ?
Un junkie, que je sentais vraiment dangereux. Beaucoup plus que le jeune qui risquait de partir avec ma caméra...
Les bons cotés des Américains ?
Ils sont pragmatiques. Ils n’ont pas toute la lourdeur d’une culture derrière eux. Quand il y a une opportunité à saisir, ils réagissent plus vite que les Français. Ils sont plus mobiles. En même temps, comme ils sont moins ancrés, ils sont plus simplistes.






















- Réagir aux articles
- Soumettre une contribution¹
- Répondre à un appel à témoignage¹
- Mémoriser un contenu¹
- Participer à un jeu¹
- Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
- T′abonner aux podcasts¹
- Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement