Amérique Latine / Caraïbes Musique

Anthony Joseph

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9 Mars, 2009
Par: Okani Agua

« Bird head son » est le surnom d’Anthony Joseph dans son quartier natal. C’est aussi le titre du nouvel album de l’artiste made in Trinidad, désormais installé à Londres. Ecrivain, poète, musicien, chanteur, un homme simple à l’univers complexe, entre rythmes endiablés et valeurs spirituelles.

 

Comment te définis-tu ?
 
Disons que je suis un trinidadien et un poète. Mais pour moi, faire de la poésie n’est pas seulement une forme d’écriture, c’est une performance... Plus intrinsèquement, je ne sais pas qui je suis, j’essaie encore de me trouver ! Est-ce qu’une personne peut vraiment se définir complètement ?
 
Te considères-tu comme un enfant du monde ?
 
Là d’où je viens (Trinidad y Tobago), c’est un melting pot de cultures. Mon pays bénéficie d’influences américaines, européennes, africaines… Mes origines sont africaines, chinoises, amérindiennes, peut-être un peu portugaises. Je tire mes influences musicales et poétiques de tout ce mélange. Je pense que les artistes, quelles que soient leurs origines, doivent se considérer comme des citoyens du monde : l’art sert avant tout à partager avec les autres, à faire passer un message au-delà des frontières.
 
Tu étais écrivain et poète. Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir chanteur ?
 
C’est une évolution naturelle. La musique, c’est de la poésie chantée. Plus tu lis de la poésie, plus tu en écris, plus tu perçois ses qualités musicales. Musique et poésie sont indissociables : la mélodie met en valeur les mots qui viennent de l’intérieur.
 
Il y a beaucoup de genres musicales (slam, jazz, rock…) dans ton album. N’est-ce pas dérangeant pour l’identification de ton public ?
 
Je ne crois pas. Ma musique trouve ses racines dans la diaspora africaine, puis elle mélange des éléments musicaux venant des Caraïbes, des influences sud américaines, canadiennes, du jazz, du funk, du rock’n’roll et du calypso. Toute personne peut s’y identifier. Je ne pourrais pas m’enfermer dans un style, dans la mesure où ma musique retranscrit avant tout ce que je suis.
 
Keziah Jones joue sur ton album...
 
Je l’ai rencontré à Londres au début des années 1990. Keziah est quelqu’un qui a su « s’élever », signer avec une grande maison de disque française et enregistrer de super albums. Sa musique est incroyable, et c’est une personne charismatique. Son professionnalisme m’a attiré. Et ç’a été un coup de foudre » ! Nous sommes devenu amis. Il n’a pas hésité à chanter trois morceaux sur mon album. Sa sensibilité et son savoir-faire ont apporté un plus. C’est un perfectionniste, si je l’avais laissé faire, il aurait joué sur tout le disque !
 
Tu as écrit Bird Head Son pour ton grand-père...
 
C’est lui qui m’a élevé. C’était quelqu’un de très strict mais d’humaniste. J’ai voulu lui dédier cet album pour toute la sensibilité qu’il a su me donner, sa proximité à la nature, l’intérêt qu’il montrait à la préserver...
 
Cet album parle aussi beaucoup de spiritualité. Un sujet important pour toi ?
 
Oui, même si j’ai du mal à retrouver ma façon de voir dans la religion "stricto sensu". C’est quelque chose de subtil, un ressenti. A mon sens, c’est notre vécu qui définit notre approche spirituelle. J’ai grandi avec une influence baptiste (religion importante à Trinidad). Dans mon île, cette religion se teinte d’animisme, qui trouve ses origines en Afrique. C’est aussi « une foi publique » où les fidèles viennent à l’église pour exprimer tout haut des souffrances parfois très intimes.
 
Traduction dans ta vie quotidienne ?
 
Je suis seulement moi-même. Pour moi, c’est quelque chose de naturel : j’ai baigné dedans ; je ne me pose plus de question... Les gens, aujourd’hui, veulent vivre l’instant présent, ils cherchent une religion qui leur permette de se réaliser instantanément, qui leur apporte la paix et la sérénité, qui soit à la fois libératrice et constructive... Le nom de mon groupe, Spasm Band, fait référence aux réactions parfois impressionnantes des gens pendant les messes baptistes - comme s’ils étaient possédés. Je crois que notre musique peut avoir le pouvoir de mettre en transe.
 
Ton album à un goût de « communauté » (famille, amis..). C’est une nostalgie de Trinidad ou ton art de vivre ?
 
C’est de la nostalgie, une sorte de biographie de « ma première vie ». Une page se tourne, j’ai eu envie d’écrire quelque chose pour rendre hommage à ce temps passé.
 
Tu fais beaucoup référence à l’Afrique, aux Caraïbes. Penses-tu qu’un jour ces peuples pourront se retrouver en harmonie ?
 
A Londres, où je vis, de nombreuses divisions subsistent. Les Antillais pensent que les Africains les regardent d’une façon particulière, et réciproquement. Ce sont les restes de l’esclavagisme et du colonialisme, de ce que les autres peuples leur ont imposé. J’espère qu’un jour, nous pourrons construire une histoire unique... En attendant, l’art permet de réunir les peuples.
 
Obama ?
 
Il représente une « inversion des polarités » de ce monde. Il incarne l’espoir, une nouvelle ère, où cette idée d’être ensemble paraît possible. Barack Obama, au- delà de la race et de la couleur, est capable de rassembler une partie du monde derrière lui. Chacun peut s’identifier à lui. C’est un espoir dans le combat contre la discrimination...
 
Le mot de la fin ?
 
Toute différence entre les gens ne peut être que physique, car nous sommes tous faits de la même matière, nous sommes faits d’énergie. Si nous commençons à apprécier et à aimer ces différences, cela sera un grand pas.
 

A écouter : Bird Head Son, Anthony Joseph, Ed. Naïve

 

 
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