Genèse du livre ?
A 44 ans, j'ai une dizaine d'ouvrages à mon actif. Après un premier travail sur Djibouti, je me suis rendu au Rwanda pour évaluer l'ampleur du génocide entre frères africains. Cette expérience m'a amené à m'interroger sur moi-même. Ne vivant plus depuis longtemps à Djibouti, je ne pouvais écrire sous l'angle d'un Djiboutien. J'ai donc choisi de me placer dans une perspective nouvelle : "ni d'ici, ni d'ailleurs". Celle d'une condition humaine moderne, d'une nouvelle manière d'appréhender le monde, où il n'existe plus réellement de frontières entre les peuples.
Un de tes livres se nomme d'ailleurs "Aux Etats-Unis d'Afrique"...
Dans ce conte philosophique, j'inverse la situation géopolitique et économique du globe terrestre, j'invente un modèle d'immigration à l'envers, où un natif de Zurich immigre en Afrique pour des raisons économiques. Je l'ai écrit pour montrer l'incohérence du monde.
L'exil ?
Ce thème traverse à peu près tous mes livres. Je l'évoque avec ses joies et ses peines. "Passage des larmes" parle de Walter Benjamin, un écrivain philosophe juif allemand, mort en exil à Port-Bou, un petit village situé entre la frontière française et espagnole. J'ai relié son histoire à celle de mon héros. Par ailleurs, j'ai écrit ce roman entre Berlin, Paris et Boston, où j'enseigne la littérature.
Quelles relations entretiens-tu avec Djibouti ?
Une relation d'amour et de haine. Je reste très attaché à la famille djiboutienne. Autrefois, ce pays était un peu endormi économiquement, car longtemps sous influence française. Aujourd'hui, il existe un pôle économique important entre Dubai et Djibouti, devenu une sorte de vitrine des produits de Dubai pour la population dAfrique de l'Est, notamment somalienne et éthiopienne. Je suis retourné à Djibouti avant d'écrire "Passage des larmes". Ce livre évoque le Djibouti réel mais aussi celui de mon enfance, un arrière-pays mental avec sa poésie, son oralité et ses nomades.
Pourquoi avoir plris l'angle du roman d'espionnage ?
Dans un roman d'espionnage classique, le héros est tout puissant. Il mène le récit. Au début du roman, Djib, le héros, arrive déjà de Montréal pour sa mission avec des doutes. Il débarque d'Occident avec sa puissance matérielle, mais est en quête de lui-même. Il va se retrouver confronté à un renversement de situation, à une mise en échec... Dans la première mouture du roman, cette confrontation était directe, puis j'ai décidé de la rendre plus subtile. Cela rend le récit plus puissant.
Passage des larmes, ED. JC Lattès
















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