Wake up Café : ma journée avec des ex-détenus autour d’un café-philo

Crédits : DR

Les membres de l’association Wake up Café aident des personnes sorties de prison à se réinsérer. Comment ? Par la voie professionnelle, artistique… et morale. Récit d’une journée pas comme les autres tant elle fut enrichissante. 

Boulogne-Billancourt vit sur un rythme tranquille. La petite commune liée par métro à la capitale est surtout connue pour sa réputation bourgeoise du fait de sa proximité avec le 16ème arrondissement parisien. Un des bâtiments représentatifs de ce petit territoire, c’est bien sûr le Canal + historique, au Quai du Point du Jour, là où on peut aussi trouver une certaine première chaîne.

La Seine reflète les lumières du soleil dans son eau claire. Sur ce fleuve au long cours, se trouve une petite péniche que le temps n’a, semble-t-il, pas usé. C’est dans ce petit bateau (on s’est pourtant promis de ne pas citer de marque dans ce papier) qu’on trouve l’association Wake up Café. La structure se charge, depuis sa création en 2014, d’aider les personnes anciennement détenues en prison à se réinsérer, et notamment par la voie artistique.

La prison n’est plus qu’un mauvais souvenir

Quand on se rend dans les locaux de l’association dans un lieu charmant au bord de l’eau, on voit ses responsables qui s’affairent. Anne Bourcharlat, chargée de projets, rassemble promptement ses affaires pour s’en aller rejoindre le reste de l’équipe, pour le lancement de « Cuis’in » une formation qualifiante dedans dehors, fruit d’un partenariat entre Cuisine mode d’emploi, l’école de la seconde chance de Thierry Marx, et Wake up Café. La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, accompagnée de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, étaient présentes pour l’inauguration. Un soutien de poids.

C’est Ulysse Kumer, chargé de mission chez Wake up Café, qui prend ainsi le relai de notre visite d’ordre journalistique. Il est accompagné par Philonille, une stagiaire en psychologie, et Eddy, un salarié de l’association, gérant la communication de l’organisme. C’est durant le déjeuner que le temps est pris pour la conversation et la connaissance de l’autre. Pour Ulysse, sorti de Sciences-Po, le choix d’œuvrer auprès de Wake up Café est venu à lui comme une révélation. Pour lui, il était « inespéré » qu’une telle occasion s’offre à lui, ayant toujours eu la fibre solidaire dans les veines.

Philosophies de vie

Ulysse est convaincu que « la population carcérale, ce n’est pas que des gangsters, et que beaucoup de détenus sont enfermés alors que la présomption d’innocence est encore active ». Avec Clotilde Gilbert, fondatrice et directrice de l’association, et l’équipe, ils réfléchissent ensemble à des solutions qui permettent aux personnes détenues de ne pas penser au pire. C’est ainsi que, par exemple, il donne régulièrement des cours de chants dans les salles sans âme des maisons d’arrêt de la banlieue parisienne. Le tout, encadré par des surveillants pénitentiaires bienveillants.

Lorsque nous arrivons au dessert, Marc* fait son entrée. Cet ancien détenu vient rendre visite à la petite équipe. Il nous dit, fin sourire aux lèvres, qu’il a rendez-vous avec la personne en charge du suivi de sa réinsertion. En attendant, il converse avec nous, essentiellement de cuisine : gastronomie africaine, voyages culinaires… Une parenthèse enchantée. « Marc* donne beaucoup, de son temps, de sa volonté, donc on l’aide beaucoup en retour », affirme Ulysse qui, lui aussi, donne tout son temps à cette cause nécessaire.

C’est quoi la motivation ? Réponses : avec ces citations. Crédits : Mounir Belhidaoui

L’après-midi reprend alors qu’une dizaine de sortants de prison suivis par l’organisme pénètrent dans les locaux. C’est l’heure du « Café philo », rendez-vous hebdomadaire du lundi dont le but est d’éveiller l’esprit critique chez ces ex-détenus. En effet, leur expérience carcérale peut les avoir installés dans une perte de repères spirituels. Ce grand échange, durant une heure, est animé par Pierre d’Elbée, conférencier-philosophe et intervenant régulier de l’association.

Motivés pour s’en sortir

Souriant et patient, les échanges abordent les thèmes de la liberté, de la motivation et de la réussite. À côté de nous, Luc* prend régulièrement la parole avec pertinence. À chaque fois, il vise juste : « On se pose la question de la liberté, mais par quoi est-elle déterminée ? » ou encore « L’autorité d’untel vis-à-vis d’untel est un service rendu, la responsabilisation m’apporte beaucoup ». À celles et ceux qui avaient encore des préjugés sur la capacité de réflexion des personnes, anciennes et actuelles, détenues, on espère qu’à la lecture de cet article vous les aurez vite enterrés.

À la question de savoir ce qu’est la motivation, c’est encore Luc* qui, le verbe haut, pris la parole, dans une assistance qui buvait ses mots : « La motivation suscite un conditionnement. Sans ce sursaut de l’esprit, sans préparation, tout est foutu », ajoutant que sans cette préparation, la dépression n’était jamais loin. C’est ainsi qu’une dame, ayant par ailleurs tenue à rester anonyme, a immédiatement réagi : « C’est vrai, en prison, j’ai pensé au pire, mais j’ai préféré positiver, me dire que la lumière était au bout du tunnel. Cette expérience m’a servie à aider mon amie à côté de moi ensuite », conclut-elle, en regardant son amie qui a tenu à lui manifester pour l’occasion toute sa reconnaissance.

*Les prénoms ont été modifiés


Autre article écrit par Mounir Belhidaoui

Jean-Louis Bianco : « Les jeunes peuvent dire : Je ne suis pas Charlie »

234   « L’Après-Charlie : 20 questions pour en débattre sans tabou » (éditions de l’Atelier) est...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *