Agression de personnes transgenres : « Elles vivent un calvaire »

Crédits : Gaydial

Suite à l’agression récente de personnes transgenres dans le 17ème arrondissement de Paris, le secrétaire général de Stop Homophobie, Terrence Katchadourian, dénonce le traitement fait aux personnes LGBT en France. Entretien. 

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez eu connaissance de l’agression de personnes transgenres par une « brigade anti travs » ?
On a été un peu étonnés. On est en France, à Paris. Une « brigade » va attaquer des personnes, des êtres humains, dans la rue, peu importe qu’elles soient transgenres ou pas. Comment ne pas réagir ? Notre association est d’abord censée lutter contre les discriminations… Si en plus on a affaire à des « brigades anti-travs » dans Paris, c’est grave. Nous sommes dans une République, on était de toutes les façons tenus de réagir. Lorsqu’on a vu la vidéo qui était violente, et qu’ensuite une des victimes s’est manifestée, c’était juste extraordinaire. Ces victimes ont peur des représailles, de la justice, de la suite. Elles sont persuadées que, forcément, ça ne va pas aboutir. Par ailleurs, ne pensez pas que nous nous sommes alarmés d’un coup, il a fallu vérifier que tout ceci était bien vrai. L’une après l’autre se présente, elles nous montrent leurs plaies, se mettent à pleurer. On réalise qu’il y a un gros problème. Après leur avoir expliqué leurs droits, on a réussi à motiver trois jeunes filles à déposer plainte.

La justice est-elle assez réactive face à ce type d’agressions ?
La police a été réactive après la pression de plusieurs associations, en mobilisant leurs réseaux. Je pense à l’Amicale du Refuge, suivie par certains élus ; l’Association des Policiers LGBT qui est intervenue auprès du ministère de l’Intérieur directement. Cela a motivé les internautes, les premiers à identifier les agresseurs, à réagir. Les forces de l’ordre ont ensuite immédiatement mis en place un plan d’action. N’oublions pas que, le soir même, l’agression a été déjouée grâce à l’intervention de la police. N’oublions pas non plus que que ces agressions se sont passées sur plusieurs nuits. Il était donc nécessaire de les faire cesser grâce à la mobilisation.

Il faut expliquer ce qu’est une personne trans, ce qu’elle subit, ce qu’elle vit

À l’occasion de la journée internationale pour la visibilité des personnes trans qui a eu lieu le 31 mars dernier, vous avez affirmé qu’il restait beaucoup de combats à mener. Quels sont-ils ?
Les personnes transgenres ont des revendications très précises. Je vous invite à consulter les travaux de l’association Acceptess Trans sur le sujet. Elles ont obligées de passer par tout un tas de processus pour pouvoir obtenir leur changement d’état civil, de pouvoir être considérées. Quand on emmène les victimes d’agression dans différents lieux, on ne leur parle pas bien. À l’hôpital par exemple, le personnel médical les appelle « Monsieur » alors qu’il y a bien marqué « Madame » dans les formulaires. Dans l’état d’esprit des populations, il faut expliquer ce qu’est une personne trans, ce qu’elle subit, ce qu’elle vit. On lit souvent qu’une personne trans est « un mec déguisé en femme ». C’est vous dire le travail d’explication qu’il y a à mener ! Par ailleurs, les quelques avancées parlementaires sur le sujet ne vont jamais jusqu’au bout.

En somme, les personnes transgenres sont encore vues sous le prisme de la fantaisie…
Totalement. En vérité, c’est un problème de santé publique, car elles vivent un calvaire. Dans la société, dans la façon dont les traite, comment on leur parle, comment on les voit. Lorsqu’elles arrivent à gagner un combat ou venir à bout d’un processus, on les ennuie à tout point de vue. On ne fait rien pour les aider ou les comprendre. Au sein de l’association, on voit bien leur détresse, leur douleur. Quand elles entament leur transition, elles sont rejetées par tout le monde. Elles se plongent donc dans la prostitution pour pouvoir se payer les traitements, les soins. Si, en plus de ça, on les déshumanise en leur disant qu’elles sont indignes de vivre, alors je dis : ça suffit ! Beaucoup ne sont par ailleurs pas régularisées, elles sont exploitées et vivent dans des souricières ! Désolé de le dire, mais elles sont considérées comme de la merde, ça ne peut plus continuer comme ça.

On comprend que les mentalités sont encore loin d’évoluer…
Oui. Les LGBT sont, en France, particulièrement persécutées. Mais les mentalités n’évoluent pas à tout point de vue. On le constate. Néanmoins, nous devons rester unis contre cette haine, notamment sur Internet, qui est abyssale.

Clémence Zamora-Cruz, Inter-LGBT

« L’actualité récente continue à nous alerter sur ces agressions ignobles. La parole de haine contre les personnes LGBT s’est décomplexée, et notamment pendant les périodes de débats sur les droits des personnes LGBT. Pendant les débats pour le mariage pour tous, nous avons vu une vague anti-lgbt proférer des discours lgbtphobes. Les positions anti-LGBT sont permissives car elles banalisent la haine, cette haine qui va de la « micro » agression avec des paroles et des gestes déplacés, à l’agression physique voire le meurtre. »

Frédéric Gal, Association Le Refuge

« Le choc de cette vidéo ne fait que s’ajouter aux chocs subis lorsque nous sommes confrontés à toutes ces vidéos de harcèlement, d’humiliations, d’agressions physiques et verbales, de personnes uniquement en raison de leur apparence, de leur genre, de leur questionnement ou, plus globalement, de leur non-appartenance à un modèle sociétal supposé. Cette situation est intolérable et inadmissible dans un pays où chacun doit pouvoir vivre sans craindre pour sa santé ou pour sa vie. Cette mobilisation ne peut passer que par une information du grand public sur les questions d’identité, de transition, etc. Mais aussi par une réflexion plus large sur la faculté d’acceptation de l’autre, de ce qu’il est, de son identité, quelle qu’elle soit. »


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1 commentaire

  • Cette article devrait paraître dans lemonde ou lefigaro !!!

    Il décrit clairement les choses !!!

    Les trans sont traité comme de la merde c est bien vrai !!!
    Il faut dire les choses clairement !

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