Réinventer ses codes d’expat’ : le quotidien d’une française au Tchad

La grande place de la Nation, propre et lumineuse mais en chantier d’entretien permanent. Crédits : DR

Réduire l’écart de la relation à cet autre qui ne nous ressemble pas demande un apprentissage unique à chaque population et culture, en particulier en Afrique sub-saharienne, qui, contrairement à la vision qu’on certains, n’est pas un grand pays. C’est l’explication que nous fournit Sonia*, humanitaire de profession, qui s’installe au Tchad après 3 ans passés entre les deux Congos. Pour Respect Mag, elle délivre ses premières impressions. Un rendez-vous régulier à retrouver dans nos colonnes !

« J’ai atterri à 3h du matin à N’Djamena, en saison fraîche, et ouvert les portes à moustiquaires branlantes de ma nouvelle maison 1h plus tard. Exploit possible dans un aéroport de capitale, de configuration simpliste mais efficace… surtout discipliné. Pas une demande de « petit encouragement », pas de hordes de porteurs qui se jettent sur tes bagages pour les transporter contre ton gré, s’adresser au gens à ta place et discourir sur les raisons pour lesquelles les 1000 francs que tu lui laisses sont insuffisants par rapport à ta fortune sans limite et entretenue sans effort, commise d’office.

Traverser N’Djamena un samedi à 4h du matin, ça vous marque. C’est comme passer une journée dans une ville « morte » ou en hibernation. Pas âme qui vive, personne pour laisser ses traces de pas dans le sable. On s’endort dans le silence le plus complet, bercée par le bruit des insectes et les chatouilles des fourmis-soldat grandes comme une phalange. Les lointains appels à la prière du matin dans le quartier n’y feront rien. Ce n’est pas avec une population totale de 13 millions d’habitants répartie sur le territoire entier du Tchad qu’on va rivaliser avec Kin la belle (Kinshasa, République Démocratique du Congo, ndlr), qui concentre autant de monde sur ses seules 24 communes.

Mélange de sagesse, de fierté et de dignité

La paisible bourgade, capitale tchadienne, tranche avec la fourmilière kinoise qui ne dort jamais. Le premier tour dans le quartier permet d’apprécier les routes goudronnées et dégagées (qui aurait cru qu’on n’aurait plus besoin de balayeurs de route dans le désert du Sahel?), l’éclairage public. Les saris blancs immaculés, attirent le regard autant vers les enfilades d’hommes qui prient synchrones, coude à coude sur des nattes sur les trottoirs que sous les gilets rouge plastique ternis par le soleil des agents Airtel. Il suffit d’une carte sim et 2000 Francs cfa pour être connectée.

Les contacts immédiats et routiniers d’une première journée, gardiens, chauffeurs, petits vendeurs de chargeurs ou sandwich du coin, permettent de mesurer la « première couche », le premier étage, la partie émergée de l’iceberg de la culture. Ils sont calmes, sereins, mesurés. Un mélange de sagesse, de fierté et de dignité, déjà observé chez plusieurs musulmans d’Afrique sub-saharienne, se dégage de ces citoyens d’un Etat en faillite, qui occupe le bas de l’affiche pour quasiment tous les indices de pauvreté inventés par les scientifiques, démographes et sociologues pour dresser le palmarès du développement.

Sans démonstration de chaleur ou d’enthousiasme particulier, les tchadiens dictent déjà leur premier code à l’étranger, familier des Congo B et RDC. Tu es notre invité. Descendre de son pied d’estale hypocrite préserve autant de la différence caricaturée, que de la différence exploitée, utilisée et dupée pour un petit billet qui fera manger. Sourires échangés, accompagnés d’un « Bonne arrivée ».

* Le prénom a été modifié


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