Rachid Taha : « Les Arabes, ce n’est pas que du pétrole et des hammams »

Crédits : Institut du monde arabe

Après Oxmo Puccino qui nous a présenté sa carte blanche d’artistes tous aussi talentueux les uns que les autres, l’Institut du monde arabe invite Rachid Taha. Pourquoi ? Pour chanter la musique arabe, pardi ! Rencontre avec un personnage toujours aussi passionné. 

Vous allez chanter Dahmane El Harrachi (chanteur algérien, disparu en 1980 d’un accident de voiture en Algérie, ndlr) à l’Institut du monde arabe…
(Il coupe) Il faut le prononcer correctement, en arabe ! J’ai par ailleurs écrit avec Rodolphe Burger (compositeur, ndlr), un « arabécédaire » sur la question de la prononciation, vous devriez le lire !

Pardon, je le prononce correctement. Dahmane El Harrachi est un des pionniers de la musique maghrébine en France. Vous considérez-vous comme son héritier ?
Ce qui m’intéressait chez lui, c’était son côté voyageur. C’était le Jack Kerouac de la chanson arabe ! Dahmane El Harrachi chantait dans les bistrots algériens des années 70. Ses thèmes étaient l’immigration, le nationalisme algérien. Il rassemblait les gens. De plus, quand tu écoutes « Ya Rayah » (reprise par Rachid Taha dans son album Diwan en 1998, ndlr) sur l’exil, ça rassemble les musulmans, les juifs, les chrétiens, parce que nous sommes tous concernés par le lointain.

Ce sont eux qui ont fait détester la France à nos enfants, comme SOS Racisme par ailleurs

En quoi cette chanson vous parle à titre personnel ?
C’est une chanson emblématique de l’immigration. Je l’appelle « la chanson des Foyers Sonacotra ». C’est une ode qui parle de l’Algérie, de l’absence, de l’étranger. Elle me rappelle mon enfance, en Alsace. Je l’entendais résonner derrière les vitres des bars devant lesquels je passais. Dahmane El Harrachi représentait, avec élégance, la classe ouvrière. Il me rappelait Jean Gabin, d’une certaine façon.

Vous avez fondé le groupe Carte de séjour en 1981, avec la reprise de Douce France en 1985. Tout un symbole, non ?
J’avais déjà écrit « Zoubida », une chanson engagée sur la femme musulmane. J’y ai aussi abordé la question du logement, les chefs d’orientation que je hais, qui conseillent toujours aux Arabes et aux Noirs de faire des boulots ingrats. Ce sont eux qui ont fait détester la France à nos enfants, comme SOS Racisme par ailleurs.

SOS Racisme ?
Oui. Toute la clique des Malek Boutih, Julien Dray et autres. Depuis la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, on a été récupéré politiquement dès le départ, nous qu’on appelle les « beurs ». Ça a été créé par les mêmes gens qui ont appelé à la guerre en Irak, avec les résultats qu’on sait.

J’aime la France parce qu’elle est créative, mais les gens qui créent sont noyés dans une masse qu’on met volontairement de côté

En substance, vous me dites que « militer est aujourd’hui un métier » comme le disait Yassine Belattar…
C’est exactement ça. Regardez comment ils ont fini. Ils n’ont jamais travaillé de leur vie et ils sont aujourd’hui députés ! Qu’ont-ils fait, tous ces gens, à part avoir des logements pas trop chers et des salaires de ministre ? Je suis notamment énervé parce que rien n’a changé. Je vois la réalité en face. J’aime la France parce qu’elle est créative, mais les gens qui créent sont noyés dans une masse qu’on met volontairement de côté. On devrait les voir à la télé, ces gens ! Alors qu’ils sont hélas condamnés à l’oubli.

Le groupe Carte de séjour était-il votre façon de militer ?
Oui. J’ai voulu m’élever contre le Front national et les intégristes. N’oublions pas que cette chanson a été écrite pendant la Deuxième guerre mondiale et chantée par Charles Trenet. Elle est très intéressante d’un point de vue historique. La musique arabe, celle de Dahmane El Harrachi, est aussi, en termes d’engagement, de dire que les Arabes, ce n’est pas que du pétrole et des hammams, c’est aussi le bel art musical que mettait en avant le groupe Nass El Ghiwane, le chanteur syrien Farid El Atrash. Chez les Arabes, il y a aussi de la culture, ne l’oublions pas.


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