Or noir : la 3D comme arme contre l’obscurantisme

Crédits : DR

A l’occasion des 30 ans de l’Institut du Monde Arabe (IMA), l’établissement a proposé une Carte Blanche à Oxmo Puccino. L’occasion pour le chanteur de nous faire découvrir des jeunes artistes émergents. Florian Cohen et Hasim Akbaba en font partie. Nous les avons rencontrés. 

Or noir, c’est l’histoire d’une vidéo en 3D qui met en lumière la lutte constante entre le progrès et l’obscurantisme au Moyen Orient. La culture et les intérêts, le marché et l’humain. Cette bataille perpétuelle qui prend plusieurs formes et qui touche le monde arabe aujourd’hui. « C’est parti de nos racines » confesse Hasim, qui continue : « Mes parents sont immigrés turcs, la réflexion politique se fait naturellement. Je ressens naturellement les différences, les jugements et les écarts». Florian dont le père est d’origine tunisienne ajoute: « Nos cultures ne sont pas visibles en France et c’est un peu le thème de la vidéo : l’occultation des cultures ».

Cette oeuvre est explicitement politisée et renvoie à une réflexion existentielle sur le sort culturel de la région. Elle pose le problème de notre regard occidental sur la région, « différente de celle que nous avons connu en famille » pour Hasim. Les deux hommes, qui se sont rencontrés à l’agence de motion design 2FACTORY, nous invitent à regarder ces pays autrement que via la « médiatisation occulte ». Alors pourquoi cet intérêt pour la complexité? Pourquoi vouloir combattre la paresse intellectuelle généralisée des médias sur le monde arabe? « Nous sommes une génération beaucoup plus curieuse de ces cultures. Curieuse de ce que nos parents ont vécu, alors que pour eux c’est quelque chose qu’ils ont au premier abord fui ».

« Redonner du prestige aux savoir-faire orientaux »

Le projet a débuté à travers un appel d’offre lancé par l’IMA. Il raconte le passage d’un Orient prospère représenté par l’or, à un Orient beaucoup plus sombre qui s’étend comme une maladie. L’or comme matière symbolique de la culture orientale. « Il y a aussi le tissu, les épices la cuisine » nous précise Florian. « On voulait redonner du prestige aux savoir-faire artisanaux, quoi de plus fort comme représentation que l’or ? ».

Une oeuvre pleine de mystère. Crédits : Or noir

Et le noir alors? « Il ne représente pas que le pétrole! C’est ce mouvement de préférence à l’argent, aux matières premières ». Les deux artistes se défendent de raconter un changement historique mais plutôt une absence de regard sur le sort des arts et des savoirs dans cette région. La concentration de l’attention sur le terrorisme, la religion, la géopolitique dans les médias leurs donnent en partie raison. Les artistes doivent ils être plus souvent mis en avant pour renverser cet ordre ?

Faire réfléchir les mentalités et créer le débat

« Je suis peut-être pessimiste mais j’ai du mal à y croire » nous répond Hasim, qui poursuit : « Peut être, avec le temps et les moyens de communications oui ». Florian va dans le même sens: « Ce que l’on fait, on le fait en tant qu’artiste. On essaye simplement d’influencer et de toucher l’état d’esprit des gens, petit à petit. Prétendre changer les avis serait mentir. On n’a pas fait cette vidéo pour ça ».

Pourtant, lorsqu’on visionne la vidéo, le parti pris est réel et il se distingue clairement à travers son message singulier. Un véritable positionnement humaniste et politique qu’il est de bon ton de saluer. L’artiste franco-turc nous précise : « C’est vrai que ça nous démange. On peut à la rigueur faire réfléchir les mentalités et créer du débat. Changer les choses sur le monde arabe reste un espoir qui nous donne envie de travailler. C’est de l’ordre du rêve». On est loin du graphiste hipster qui consomme la culture orientale à travers une série de clichés tels que la cuisine.

Erdogan et les tyrans arabes

Proposer une oeuvre dans le prestigieux IMA est bien beau, mais comment soutenir la création sur place ? D’ailleurs, à quoi bon proposer le progrès dans son oeuvre alors que le Moyen-Orient vit en partie avec un certain conservatisme ? Florian coupe tout de suite:  « L’art pour l’artiste c’est une nécessité mais pour le public c’est un confort. Et je ne t’apprends rien en te disant que sur place -au milieu d’un conflit- tu as d’autres priorités ». Un conflit qui détruit en ce moment même l’expression artistique du passé.

Si on ajoute à cela la répression des chefs d’états auprès des artistes, l’avenir de la culture dans la région semble compromis. « Il y a des artistes que j’aime beaucoup en Iran et en Irak qui sont complètement opprimés et on entend même pas parler d’eux », proteste Hasim. Le jeune artiste prend même l’exemple de son pays d’origine: « Regarde la Turquie, avec une mauvaise interprétation d’une expression artistique, on peut aller en prison ». La peur et la violence comme moyen de dissuasion à la création, donc. Voilà un constat qui nous rappelle à quel point la liberté d’expression est sacrée. En attendant, on vous invite à visionner « cette fresque historique de la région ».

Or noir, c’est mieux en images : 


Autre article écrit par François Sinecan

Or noir : la 3D comme arme contre l’obscurantisme

    A l’occasion des 30 ans de l’Institut du Monde Arabe (IMA), l’établissement...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *