Travail à distance, l’équilibre à trouver


De nos jours, on parle de plus en plus de travail flexible, que ce soit avec le coworking ou le télétravail. Une chance pour les travailleurs handicapés ?

Le télétravail, au sens du travail effectué par un salarié, de manière régulière, en dehors des locaux de l’entreprise qui l’emploie et en utilisant les nouvelles technologies, se développe lentement mais sûrement. En témoigne la présence du sujet dans les ordonnances d’automne 2017, modifiant ainsi le Code du travail. La nouvelle législation précise que le télétravail doit être mis en place sur la base d’un accord collectif ou d’une charte, et qu’un employeur qui refuse à un salarié cette forme de travail à distance doit se justifier.

Les personnes handicapées sont, comme tous les travailleurs, concernées par cette évolution du travail, si ce n’est plus. « Dans certaines situations, le télétravail peut être une solution d’accès ou de maintien dans l’emploi pour des personnes handicapées », explique Henri-Pierre Lagarrigue, en charge, entre autres, des travaux sur cette thématique auprès de L’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (LADAPT). En effet, pour certaines personnes, limiter les trajets domicile-travail ou être chez soi de manière permanente permet de réduire la fatigabilité du travail et les problèmes de mobilité.

Des situations variées

Les travailleurs indépendants sont aussi concernés par des évolutions, avec l’apparition de nouveaux métiers qui peuvent s’exercer en autonomie. Selon les estimations, il y avait au moins 71 600 travailleurs handicapés indépendants en France en 2016. Depuis bientôt dix ans, l’Union professionnelle des travailleurs indépendants handicapés (l’UPTIH) s’efforce de représenter et d’accompagner ces travailleurs. « Notre réseau rassemble toutes sortes de professions, des artisans aux commerçants, en passant par les métiers liés au conseil ou aux services aux entreprises, qui peuvent se pratiquer à domicile », affirme Sabrina Mary, directrice des pôles Accompagnement et Réseaux au sein de l’UPTIH, qui réunit plus de 500 personnes.

Pour Isabelle, 44 ans, non-voyante, qui vient de troquer sa blouse de professeure d’espagnol dans un collège contre un poste au Centre national d’enseignement à distance (CNED), travailler de chez soi est plutôt libérateur. Elle reçoit des enregistrements audio qu’elle corrige via son ordinateur équipé d’une assistance vocale. « Cela me plaît énormément d’être complètement autonome. Lorsque que j’étais en collège, je devais être accompagnée d’une assistante durant mes cours », explique-t-elle. C’est l’envie de changer d’entourage professionnel, sans être forcée à déménager, qui l’a fait se tourner vers ce poste à distance.

Éviter l’isolement

« Les réunions sont virtuelles, tout comme les groupes de travail. Cela ne me dérange pas dans la mesure où ce sont des relations professionnelles. Je n’ai pas peur de la solitude car je suis de nature assez solitaire, j’aime travailler au calme », poursuit Isabelle. Le risque de l’isolement est en effet à prendre en compte, que ce soit pour les indépendants ou les salariés en télétravail. « Il ne faudrait pas que le travail à distance crée encore plus d’isolement pour des personnes qui, dans certaines situations, sont déjà plus isolées », souligne Henri-Pierre Lagarrigue. C’est pourquoi, selon lui, il ne faut pas penser le salarié en télétravail uniquement comme « une personne seule dans sa cuisine ou dans sa chambre face à son ordinateur ».

Pour éviter la solitude, le coworking, c’est-à-dire louer une place, de manière ponctuelle ou régulière, dans un espace partagé, est souvent présenté comme une solution. C’est celle qu’a choisie Cyril, 44 ans, interprète français-anglais en free-lance. Il souffre d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin depuis qu’il est étudiant. « Il était pour moi inimaginable de devenir salarié à temps complet. À une période de ma vie, je devais faire des soins deux fois par jour et j’ai parfois des gros coups de fatigue. Même si les personnes autour de moi ne sont pas forcément au courant de ma maladie », explique-t-il. Depuis deux ans et demi, il travaille dans un espace de coworking à proximité de chez lui, à Nice, environ une fois par semaine.

« J’y vais pour organiser ma semaine, passer quelques coups de fil ou faire un peu de coaching. Je ne m’y attendais pas, mais le coworking permet aussi de se faire un réseau. C’est là, par exemple, que j’ai rencontré mon expert-comptable. Il y a pas mal d’animations, c’est assez vivant », affirme-t-il avec satisfaction. Il apprécie également de pouvoir venir aux horaires qui lui conviennent et rentrer chez lui si besoin, quand il le souhaite. Mais toutes les personnes en situation de handicap n’auront pas forcément cette chance. Car certains espaces de coworking, aussi appelés tiers-lieux, ne sont pas adaptés à toutes les formes de handicap. Il est même difficile d’avoir des informations sur le sujet.

Henri-Pierre Lagarrigue regrette que le handicap ne soit pas assez présent dans les réflexions des personnes qui imaginent ces espaces. « Il faut réfléchir à la manière d’avoir des tiers-lieux qui permettent une vraie mixité sociale », affirme-t-il. Même si on ne peut pas faire de généralité, parmi les quelques 360 espaces de coworking existants, peu indiquent s’ils sont accessibles ou non sur leur site Internet. Selon Henri-Pierre Lagarrigue, il serait intéressant de réfléchir à une labellisation des espaces accessibles ou une autre manière de les mettre en avant.

À Paris, La Ruche, espace dédié aux entrepreneurs de l’ESS, est accessible :

(Pour plus d’informations sur la soirée « Dans la peau d’un autre » organisée par la Ruche, le 23 novembre 2017, rendez-vous ici)

À Lyon, deux espaces de coworking totalement accessibles –
La Cordée rassemble une communauté de 850 travailleurs adhérents dans 13 espaces de coworking, partout en France. L’entreprise revendique deux espaces totalement accessibles à Lyon. « C’était important pour nous de le faire dans les endroits où il était possible de le faire, puisque c’est totalement dans notre philosophie : le coworking, c’est faire en sorte que des gens, qui ne se côtoient pas tous les jours, se rencontrent », affirme Michael Schwartz, cofondateur de la Cordée. Sachant que, dans les autres établissements du groupe, ce sont uniquement les toilettes qui ne sont pas accessibles, selon lui. 

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