Un miraud dans le cockpit

Franck, au Salon du Bourget

Depuis sa naissance, Franck Bouilloux est non-voyant. Malgré son handicap, il se rend régulièrement dans un aérodrome pour piloter des avions de tourisme. Il parvient à s’envoler et à diriger l’appareil grâce au soundflyer, un outil technologique magique.

Jamais sans son soundflyer version web
Le soundflyer permettrait d’ « éviter des crashs »

Le petit avion de loisir se pose sur la piste sans encombre, et termine sa course sur la voie de l’aérodrome de Chelles – Le Pin, en région parisienne. Deux hommes en sortent. L’instructeur et son élève. « On a beaucoup causé », sourit le premier. Ce à quoi son interlocuteur répond, du tac au tac : « Sans le soundflyer, tu aurais parlé davantage… » Franck Bouilloux, passionné d’aviation, parle d’un outil technologique lui permettant de s’envoyer en l’air quelques fois par an. Sans cet appareil, ce serait pour lui impossible. Depuis sa naissance, Franck est aveugle et l’appareil lui restitue, sous forme de sons dans son casque, les informations de navigation telles que l’altitude, la vitesse, la route suivie ainsi que les mouvements du monomoteur. « Si l’avion se cabre pour monter, la note de musique sera plus aiguë. Si, en revanche, le nez de l’avion pointe vers le bas pour descendre, la note sera plus grave », précise le pilote amateur. Pour l’inclinaison latérale, la note passe d’une oreille à l’autre pour ajuster l’appareil. Lorsque celui-ci est stabilisé, la note se fait entendre dans les deux oreilles. Le soundflyer, conçu en 2004 par une équipe d’ingénieurs en herbe de Thalès, lui est indispensable pour piloter… tout comme la présence d’un copilote à ses côtés.

Soundflyer, créateur d’emplois ?

Ce dernier intervient en cas de souci. Il guide, réaligne l’avion ou donne des informations sur la jauge d’essence. « Il est mes yeux », témoigne Franck, secrétaire de l’association Les mirauds volants dont la mission première est de faire en sorte que des non- et des malvoyants rejoignent des aérogares partout en France pour prendre place dans un cockpit, comme lui, après l’organisation de stages pour apprendre les bases.

Franck n’a pas le choix : en tant qu’élève-pilote, il ne peut s’envoler seul. Il lui faut un accompagnateur – un instructeur bénévole, et ce n’est pas toujours facile d’en trouver un de disponible. Tous les clubs ne comptent pas forcément de pilote salarié : « On pourrait alors imaginer qu’une structure, associative ou entrepreneuriale, propose les services d’instructeurs qui auraient à disposition des soundflyers. » Une solution qui pourrait l’arranger : « J’aurais plus de facilité à réserver des heures de vol avec un instructeur voyant et j’aurais le sentiment de progresser davantage », glisse-t-il, avec le sourire.

« Technologiquement, rien ne l’en empêche »

Le soundflyer pourrait-il être une source indirecte d’emplois ? Pour l’instant, l’appareil ne sert qu’aux pilotes de petits avions de loisir sans ordinateur de bord… Mais cela peut évoluer : car, oui, le soundflyer, s’il était configuré différemment, pourrait être « relié à un… A380 », explique le miraud volant. Ce qui permettrait à un malvoyant de devenir commandant de bord ou officier pilote de ligne ? « Technologiquement, répond-il, rien ne l’en empêche. L’ordinateur de bord peut s’occuper du vol de A à Z. »

Un malvoyant pourrait-il alors intégrer une compagnie aérienne et faire partie de l’équipage de moyens et de longs courriers ? Pas si sûr… « Je ne pense pas qu’un jour la législation le permette. Pour l’instant, le commandant de bord doit pouvoir voir la piste pour poser l’engin volant. Celui-ci, qui est en réalité le pilote avec le plus d’ancienneté, est en outre responsable de ses passagers. En cas de souci majeur, il doit être capable de se charger de l’évacuation des voyageurs », explique Franck. Une personne aveugle ne pourrait s’en occuper, du coup.

Toutefois, le miraud volant pense que tous les avions de ligne auraient intérêt à être équipés d’un soundflyer, ce qui permettrait, souligne-t-il, d’ « éviter des crashs ». Et, à ce moment-là, « on pourrait intégrer, dans les équipages, un non-voyant » formé à l’outil technologique…

Soundflyer 2

L’association Les mirauds volants, qui regroupe une cinquantaine de membres sur tout le territoire, attend l’arrivée sur le marché d’une nouvelle version du soundflyer. Il sera de plus petite taille et coûtera 1 600 €, soit huit fois moins cher que le premier.

En 2011, Canal Coquelicot, la chaîne de télévision locale de Seine-et-Marne, avait rencontré Franck Bouilloux à bord du cockpit !


Autre article écrit par Philippe Lesaffre

Pierre Deniziot : Moi, conseiller régional, 35 ans, 1m40

    Pierre Deniziot, maire-adjoint de Boulogne-Billancourt, en région parisienne, a été élu en...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *