La diversité, nouvelle héroïne de comics

Crédits : Comics All To Real

Depuis quelques années, les héros de comics revêtent de nouveaux visages, aux traits diversifiés et moins traditionnels. L’homme blanc de moins de 50 ans, hyper musculeux et tout-puissant, n’a plus les plein pouvoirs dans la pop culture. Héroïne musulmane et féministe, descendants afro-américains, couples gays ou lesbiens, etc. s’imposent aujourd’hui sur les planches des petits et grands éditeurs.

Ce week-end avait lieu le plus grand festival de France dédié à la pop culture, le Comic Con de Paris. Sous les Grandes Halles de la Villette, trente Batman, vingt Spider-Man et dix Wonder Woman s’étaient donné rendez-vous. A leurs côtés, d’autres cosplay étaient venus montrer fièrement au public leur costume de super-héros tiré à quatre épingles. Plus qu’un déguisement, le cosplay est considéré comme un art théâtral. Et pour enfiler les vêtements d’un personnage de fiction, il faut que ce dernier fasse rêver son interprète ou corresponde plus ou moins à sa personnalité.

Mais que se passe-t-il quand on ne trouve pas chaussure à son pied, ou plutôt slip/culotte par balles à sa taille ? Les lecteurs de science-fiction sont à l’image de la société contemporaine c’est-à-dire d’une nuance infinie. Et si les minorités étaient encore sous-représentées dans les comics jusqu’ici, elles commencent aujourd’hui à occuper le premier-plan avec, enfin, des super-héros iconiques.

Nouvelle galerie de personnages

Dans les allées, entre deux stands de goodies Stranger Things, nous avons croisé chez les filles plusieurs princesses Disney. Parmi les plus connues, Cendrillon, la Reine des Neiges et la jeune padawan de Star Wars, Rey. En somme, toutes des femmes blanches aux traits occidentaux. Mais c’était sans compter sur le réveil de la force d’une petite fille déguisée en Ms. Marvel. Avec son foulard façon keffieh et son t-shirt noir décoré d’un éclair, elle était la seule à porter la tenue de la première héroïne musulmane d’origine pakistanaise de Marvel.

Ms Marvel, l’héroïne diversité de Marvel (qu’on salue). Crédits : Pinterest

« En cinq ans, aux États-Unis, les titres avec des héroïnes ont doublé. En France, les histoires avec des personnages féminins forts sont aussi plus nombreux », constatait l’ancienne assistante éditoriale chez Delcourt, Marie-Paule Noël, lors d’une conférence dédiée aux femmes dans l’industrie du comics. Dans la lignée de Ms. Marvel, sorti en France en 2015, ont en effet suivi d’autres héroïnes aussi badass – bien loin de l’image stéréotypée du faire-valoir féminin – telles que America Chavez, à la fois latina et homosexuelle, Faith, super-héroïne plus-size de chez Valiant (le premier tome vient d’être édité en France par Bliss Comics), ou encore Traci Thirteen une médecin légiste asiatique chez DC Comics.

De même, les personnages masculins de couleur, autrefois relégués au rang de coéquipiers à mi-temps, occupent un peu plus le haut de l’affiche. Marvel revient au cinéma avec son premier super-héros noir. Apparu en 1966 dans le comics Fantastic Four, en pleine période de lutte pour les droits civiques, Black Panther sortira en février 2018 en France et préfigure l’avènement d’une nouvelle ère des super-héros.

« Disney, qui a racheté Marvel en 2009, vient d’attribuer un budget colossal une fiction afro-futuriste. Une quantité de détails tirés du design et de la mythologie d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Est vont être mis en valeur. C’est vraiment un moment particulier, et cela en dit long sur ce qu’il se passe actuellement », louangeait le scénariste américain Joshua Dysart, au cours d’un colloque sur la diversité dans les comics, organisé par le Comic Con.

La diversité ne plaît pas à tous

Toutefois, ce boom provoqué par l’apparition d’une galerie de personnages issus des minorités ne serait pas au goût de tout le monde. Selon David Gabriel, le vice-président du marketing chez Marvel, la diversité au sein des super-héros serait la cause de l’érosion des ventes depuis octobre 2016. « On a vu que les ventes de n’importe quel personnage issu de la diversité, nouveau ou féminin – en gros qui n’appartient pas au noyau Marvel – eh bien les gens lui tournaient le dos », a-t-il déclaré sans aucune preuve statistique lors d’un sommet réunissant des revendeurs Marvel à New-York en mars 2017.

De nouveaux superhéros prêts à agir… contre les préjugés. Crédits : Louise Pluyaud

Le modèle de la diversité ne serait-il plus viable ? « En réalité, sur 14 des 300 plus gros revendeurs Marvel présents lors de cette convention, deux seulement ont déclaré que les fans étaient lassés des personnages féminins et/ou issus de minorités», précise le magazine Hustle. Critiqué, David Gabriel est d’ailleurs revenu sur ses propos en réaffirmant l’attachement fort de La Maison des Idées à tous ses personnages : « La popularité des super-héroïnes comme Squirrel Girl, Ms. Marvel, The Mighty Thor ou Spider-Gwen est toujours au beau fixe. Des détaillants ont même, grâce à cela, revigoré leur propre clientèle. Nous sommes fiers et heureux de continuer à présenter des personnages uniques qui reflètent de nouvelles voix et de nouvelles expériences.»

Malgré ses efforts pour se rattraper, les propos de David Gabriel ont suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux. « Vous avez tout faux. Ce n’est pas la diversité qui tue vos ventres mais la mauvaise écriture et le manque d’imagination », réagissait un internaute sur Twitter. Tandis qu’un autre soulignait la fâcheuse manie de Marvel à réutiliser les mêmes scénarios : « Eh Marvel la diversité n’est pas le problème. Des événements déjà-vus et trop d’interférences éditoriales, trop de titres et un prix à 3,99$ ».

Une touche d’originalité et d’unicité

Car au-delà de sa capacité à refléter la société multiculturelle d’aujourd’hui, ce qui rend une histoire attractive n’est-ce pas aussi son originalité ? « Avec Faith, on n’a pas réfléchi en terme d’activisme. On voulait juste créer un super personnage vivant des aventures trépidantes et divertissantes pour le lecteur, raconte Joshua Dysart. C’est seulement lorsqu’une jeune femme nous a confié que c’était la première fois qu’elle voyait une héroïne qui lui ressemble sauver le monde, qu’on a ouvert les yeux. Car, parfois on ne se rend pas compte de ce qu’on fait. »

Faith, femme héroïque. Crédits : PBS

De même, le message féministe n’est pas intrinsèque au personnage féminin. C’est en tout cas ce que défend la scénariste française Clotilde Bruneau, actuellement en préparation d’une BD sur un gang de femmes « fonctionnant comme des pirates dans le désert de l’Arizona en 1872 » : « Dans mes créations, je vais parler des femmes. Pas forcément en tant que militante, mais parce que ce sont des histoires que j’ai envie de raconter, et envie de lire. Après que tu le veuilles ou non, tu crées souvent des choses à ton image, sur ce que tu connais ou ce qui te questionnes. »

Ce n’est donc pas un hasard si Gabby Rivera, l’auteure du comics America Sanchez, est elle-même homosexuelle et latina. L’écrivain Ta-Nehisi Coates, choisi pour faire revivre les aventures de Black Panther, est afro-américain. Sana Amanat, la rédactrice en chef de la série Ms. Marvel, est musulmane américaine. Du côté des éditions Black Mask Studios, les aventures des chasseurs de prime Kim & Kim, bisexuelle et transsexuelle, sont écrites par Magdalen Visaggio, transgenre.

Mais attention, n’allons pas dire que ces créateurs ont été choisis pour leur genre, leur couleur de peau ou leur sexualité. « J’ai toujours pensé qu’on vous embauchait pour ce qui vous rendait unique, et pas autre chose », soulève à juste titre Stéphanie Hans, peintre digital repérée par Marvel. D’autant que si les créateurs écrivent sur ce qu’ils connaissent, ils peuvent très bien faire le contraire et donner la parole à des personnages qui leur sont totalement étrangers.

Ainsi, comme l’écrit la scénariste française Katchoo en préambule de son blog dédié aux comics, The Lesbian Geeks : « On a tendance à vouloir coller des étiquettes aux gens. Heureusement, une seule ne me suffit pas. J’espère montrer que l’on a beau faire partie d’une catégorie, ou plutôt d’une communauté, les portes restent toujours ouvertes. Et c’est d’autant plus sympa de glisser d’un univers à un autre. C’est ça la diversité ! »


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