Lutte contre le sida : la France encore à la traîne ?

Le film 120 battements par minute revient sur le combat d'Act Up contre le sida. Crédits : DR

Lutter contre le sida, ça nécessite des moyens, et pas des moindres. Il reste encore des efforts à faire, et ils sont significatifs côté français. Mais de l’aveu des associations interrogées, ça va plutôt dans le bon sens. 

« (Le film) 120 Battements par minute ­raconte une histoire commune que la société a oubliée (…) », affirme Didier Lestrade, créateur du magazine « Têtu », cofondateur de la branche parisienne d’Act UP, cette association qui vise à faire connaître la maladie du sida. Cette histoire, c’est celle de la lutte pour l’éradiquer. Apparue au tout début des années 80 chez trois jeunes homosexuels, le VIH (Virius de l’Immunodéficience Humaine), se propage à très grande vitesse, jusqu’à mobiliser des chercheurs du monde entier pour essayer de trouver des solutions. Quelques militants homosexuels LGBT engagés s’attèlent, de leur côté, à fonder la première association œuvrant à faire connaître la maladie : Act UP, créée aux Etats-Unis, en 1987. L’organisme sera mis à l’honneur dans le film 120 battements par minute de Robin Campillo, primé au Festival de Cannes. De cette fondation originelle aux Etats-Unis verra apparaître sa branche parisienne, en 1989.

Une manifestation à l’occasion des 30 ans d’Act Up, aux Etats-Unis. Crédit : Wikimedia commons

« Qu’est-ce qu’il va sortir de ce film ? Je n’en ai aucune idée. On verra si le film va faire évoluer les choses », nous dit Hugues Fischer, militant historique de l’association parisienne. Créateur de la radio libre Fréquence Gaie, en 1981, Hugues Fischer reste prudent, et rappelle que beaucoup, dans l’ombre et sous le coup du mépris des autorités, se sont battus pour ouvrir le débat sur l’existence du fléau du sida.

Les chiffres sont relativement peu médiatisés, mais quelques 36,7 millions de personnes vivent avec le virus du sida dans le monde, selon les données de ONUSIDA, le programme des Nations-Unies sur le VIH. Mais les progrès restent significatifs, dans la mesure où le nombre de victimes est passé de 2 à 1 million entre 2005 et 2017. Les associations, AIDES, Coalition Plus et Act Up en tête, soulignent que l’Etat français peine encore à accompagner pleinement l’aide (financière notamment) à la recherche contre le virus.

Une absence remarquée

Elles ont, par exemple, peu goûtés l’absence d’Emmanuel Macron à la conférence internationale contre le sida. « C’est un combat qui fait sans doute un peu peur, je ne sais pas si le Président de la République a prévu de venir. Mais je pense qu’il aurait dû venir. A-t-il été pris de court ? A-t-il loupé le coche ? Savait-il tout sur le sujet pour être capable de prendre la parole ? Le mystère reste entier », avoue Hugues Fischer, qui salue néanmoins la volonté du Président de la République de recevoir les associations compétentes pour réaffirmer son engagement à accompagner la lutte contre le sida.

Alix Zinghedau est chargée de plaidoyer au sein de l’association Coalition Plus. Elle reste, quant à elle, assez sceptique sur l’implication de l’Etat Français dans la lutte contre le sida. « Nicolas Sarkozy avait annoncé lors de son élection qu’il allait augmenter de 20 % l’aide internationale dédiée au Fonds mondial de lutte contre le sida. Et il l’a fait. François Hollande l’a, lui, baissé. Emmanuel Macron n’a pas encore pris position. On a donc une baisse de la contribution, au cours de ces 3 dernières années, de 55 millions d’euros », confie Alix Zinghedau, un brin désabusée.

Un Etat volontaire ?

Loin des errements de la France, les pays développés semblent avoir compris l’importance de la lutte contre le sida. 20 milliards de dollars sont, chaque année, alloués pour la cause. Il en manque 7 pour l’éradication totale de la maladie  d’ici 2030, selon le vœu de Michel Sidibé, le directeur exécutif d’ONUSIDA. Marc Dixneuf, le directeur général de l’association AIDES, tient quant à lui à souligner la volonté de l’Etat à vouloir rattraper son retard. « Nous avons avec l’Etat un très bon niveau d’échange. La difficulté du ministère compétent, celui de la santé en l’occurrence, c’est d’arbitrer avec les moyens qu’on lui donne », affirme le dirigeant qui regrette que « les politiques de santé ne fassent pas l’objet d’un débat de fond ».

Il y a encore du travail à faire pour, d’une part, lutter contre le sida via des moyens financiers et matériels concrets et, d’autre part, honorer la mémoire des associations qui, depuis plus d’une vingtaine d’années désormais, œuvre à faire en sorte que les victimes du fléau ne soient pas les oubliées d’une cause perdue. Comme le dit Didier Lestrade, cofondateur d’Actup, dans une belle tribune écrite pour Libération, « la mémoire est un enjeu politique ».


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