Elisabeth Arnac : « L’homophobie est vertigineuse »

Crédits : Jean-Philippe Baltel

L’homosexualité est vécue comme un complexe, voire une tare pour beaucoup de personnes. Baisers cachés, disponible sur Netflix, en est une preuve, dans une saisissante plongée au sein du milieu lycéen. Rencontre avec Elisabeth Arnac, la productrice de l’œuvre.

Comment est née l’idée de Baisers cachés ?

Juste après l’adoption de la loi relative au mariage pour tous. Quand j’ai vu les réactions d’opposition virulentes à ce texte, j’ai été saisie. Pour moi, cela allait de soi que c’était une évolution des mœurs normale. Je ne pouvais pas imaginer que ça provoquerait un tel tollé. Cela m’a interpellée. J’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de viscéral, d’épidermique dans cette réaction. Cela renvoyait à des choses vraiment très profondes. J’ai été touchée par personnes interposées. La télévision touche beaucoup de gens, c’est pour ça que j’ai voulu proposer ce film qui a du fond. Il était intéressant d’en faire un téléfilm, c’est accessible. Le documentaire va être très peu vu, un film au cinéma est très risqué, rares étant les long-métrages qui vont faire plus d’un million de spectateurs. La télé était le canal parfait.

Ces « réactions d’opposition » de responsables politiques peuvent-elles amener aux réactions de rejet de l’homosexualité des adolescents dans le film ?

L’homophobie est vertigineuse. On ne sait pas d’où ça vient, c’est très archaïque. Tant et si bien qu’il y a des personnes, notamment dans mon quartier à Belleville (quartier du 19ème arrondissement de Paris, ndlr) qui refoulent leur homosexualité. Ils se marient, font des enfants, et me disent qu’ils ont rempli le contrat. J’entends sur les terrasses de café des jeunes garçons qui crient : « C’est un truc de PD ce que tu dis ! » C’est affligeant. C’est encore plus prononcé dans les religions, où la chose est vue comme un crime. L’idée est que tout ce public regarde le téléfilm, qu’un exercice de dialogue et de compréhension soit fait.

Quand on est homo, on fait partie de la minorité donc les regards changent

Dans ce téléfilm, on a quelqu’un, Nathan, qui assume son homosexualité, et l’autre, Louis, qui la refoule. Est-ce surtout en milieu scolaire que l’homosexualité est un tabou ?

Ce qu’il y a d’évident chez les ados, c’est qu’ils veulent être « normaux ». Ils veulent faire partie de la meute, il y a un désir d’identification très fort de leur part pour ressembler au plus grand nombre. Quand on est homo, on fait partie de la minorité donc les regards changent. On se met à la marge de cette meute. On a un grand moment de difficulté avec son propre corps, à se faire accepter, à avoir des amis. C’est un moment de grande angoisse dans un lieu et à un moment qui ne sont pas tolérants. L’adolescence n’est pas un moment de tolérance.

L’image peut-elle détruire l’homophobie par des représentations comme celles que l’on voit dans Baisers cachés ?

Je pense que oui. Je crois que ça aide les gens à se parler, à se dire qu’ils ne sont pas seuls. Lorsqu’il y a un gamin, un père, un oncle qui vit une situation liée à l’homosexualité, en parler est bénéfique. Je crois que c’est la raison principale du succès de ce téléfilm, chez les jeunes notamment ! Il a par ailleurs été beaucoup piraté, un très bon signe. J’ai été très contente quand on me l’a appris. Il y a une demande très forte. Espérons qu’elle mène à un débat ouvert et serein.


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