L’état déplorable de l’éducation en Outre-Mer

Dans certains territoires d'Outre-mer, le domaine de l'éducation est de plus en plus à la dérive. Le point avec les exemples de la Guyane et Mayotte. Salle de classe. Wikimedia Commons
Salle de classe. Wikimedia Commons

En Outre-Mer, la question de l’éducation est de plus en plus sensible. Malgré des plans censés améliorés la situation, les résultats sont loin d’être concluants. Décryptage sur ces territoires français laissés de côté.

Les départements d’Outre-Mer sont français, et pourtant, ils sont bien loin d’avoir les moyens de la métropole. L’un des domaines représentatifs de ces disparités : l’éducation. Il y a quelques semaines, quelques médias abordaient les difficultés d’assurer la cantine ou la garderie pour la rentrée scolaire sur l’île de la Réunion.

Pourtant, la Réunion est loin d’être le territoire le plus défavorisé. Le 6 juillet 2017, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, dite CNCDH, a publié un avis assez alarmant sur le droit à l’éducation dans les outre-mer, surtout en Guyane et à Mayotte. Ces deux derniers territoires sont particulièrement mal lotis…

D’ailleurs, la question de la non-scolarisation se pose, bien qu’il soit très difficile d’avoir des chiffres précis quant à la situation. Autre point important : l’accès à l’éducation des étrangers, dont le chiffre est très élevé, que ce soit en Guyane et à Mayotte. Et pourtant, ces deux questions sont imbriquées dans bien d’autres problématiques : agressions sexuelles chez les mineurs, délinquance, pauvreté, manque de moyens à tous les niveaux, décalage des programmes avec la réalité des élèves, manque de connaissances des métropolitains sur le territoire français… Il reste encore bien du travail dans ces territoires d’un des pays les plus riches au monde.

Quels sont les territoires d’Outre-mer ?

Zoom sur l’éducation

Pourquoi ce zoom sur la Guyane et Mayotte ?

La Guyane et Mayotte connaissent une croissance démographique comparable à des pays en voie de développement. Le rapport de la CNCDH pointe quelques caractéristiques :

  • La population a triplé depuis 1985.
  • Plus de la moitié de la population a moins de 18 ans
  • plus de 40 % de la population est de nationalité étrangère
  • Un faible niveau scolaire est remarqué à La Réunion qu’aux Antilles, mais la situation est encore plus préoccupante encore en Guyane et à Mayotte
  • La précarité et la pauvreté sont aussi très présentes sur ces deux territoires. Une situation liée aux difficultés à l’école
  • La montée de la délinquance à Mayotte et en Guyane est notamment due au défaut de prise en charge de ces jeunes
Pourquoi les écoles sont-elles débordées sur ces deux territoires ?
  • A Mayotte, la population scolaire relevant de l’Education nationale est passée de quelques 2 900 élèves en 1973 à plus de 94 000 en 2016.
  • En Guyane, en l’espace de dix ans, les effectifs ont progressé de 11,2 % dans le premier degré, de 18,2 % au collège et de 50 % au lycée.
  • A Mayotte, de nombreuses écoles n’ont pas d’autres choix que de recourir à la rotation des élèves qui, à tour de rôle, ne vont en classe que le matin ou l’après-midi en cinq heures concentrées. C’est une des solutions qui peut être retenue dans l’urgence pour la Guyane…
Pourquoi ce zoom sur la Guyane et Mayotte ?

La Guyane et Mayotte connaissent une croissance démographique comparable à des pays en voie de développement. Le rapport de la CNCDH pointe quelques caractéristiques :

  • La population a triplé depuis 1985.
  • Plus de la moitié de la population a moins de 18 ans
  • plus de 40 % de la population est de nationalité étrangère
  • Un faible niveau scolaire est remarqué à La Réunion qu’aux Antilles, mais la situation est encore plus préoccupante encore en Guyane et à Mayotte
  • La précarité et la pauvreté sont aussi très présentes sur ces deux territoires. Une situation liée aux difficultés à l’école
  • La montée de la délinquance à Mayotte et en Guyane est notamment due au défaut de prise en charge de ces jeunes
Pourquoi les écoles sont-elles débordées sur ces deux territoires ?
  • A Mayotte, la population scolaire relevant de l’Education nationale est passée de quelques 2 900 élèves en 1973 à plus de 94 000 en 2016.
  • En Guyane, en l’espace de dix ans, les effectifs ont progressé de 11,2 % dans le premier degré, de 18,2 % au collège et de 50 % au lycée.
  • A Mayotte, de nombreuses écoles n’ont pas d’autres choix que de recourir à la rotation des élèves qui, à tour de rôle, ne vont en classe que le matin ou l’après-midi en cinq heures concentrées. C’est une des solutions qui peut être retenue dans l’urgence pour la Guyane…
Dans quel état sont les écoles ?
  • Certaines écoles n’ont pas de climatisation et obligent donc les élèves à travailler sous de fortes chaleurs
  • Délabrement d’une part importante des équipements scolaires (moisissure, humidité, reflux et vétusté des toilettes, sols dégradés…). A Mayotte, il a été rapporté à la CNCDH que près de 80 % des écoles ne respecteraient pas les normes de sécurité et d’hygiène minimales.
  • Les écoles guyanaises et mahoraises manquent d’équipements comme des bibliothèques ou des salles informatiques, d’équipements sportifs mais aussi de fournitures et de manuels scolaires.
  • Les fournitures coûtent cher pour les familles, notamment parce que ce sont des produits importés. En Guyane, des familles sont parfois contraintes d’effectuer une journée ou plus de pirogue pour effectuer les achats. Du coup, certains enseignants fournissent du matériel sur leurs fonds propres !
  • Mayotte : manque des compétences indispensables à la bonne marche des écoles à tous les niveaux (médecins scolaires, infirmières, conseillers d’orientation, assistantes sociales…). Ainsi, les élèves ne bénéficient pas tous d’un bilan médical à l’âge de 5-6 ans alors même que celui-ci constitue, pour nombre d’entre eux, le seul moyen de bénéficier d’une consultation.
Quelle est la situation des territoires isolés ?
  • En Guyane, le coût de l’abonnement annuel revient à 110-120 euros par enfant, tandis qu’il est bien plus abordable à Mayotte (10 euros pour le 1er enfant, puis 5 euros à partir du 2ème).
  • Toujours en Guyane, l’accès à l’école pour les enfants du fleuve est conditionné par l’affectation de la commune au réseau de transport et par le passage du piroguier et du nombre de places disponibles… Des difficultés similaires ont été rapportées dans les autres territoires d’Outre-mer, comme la Polynésie française ou les Antilles.
  • Il manque de la place pour les internats, qui sont chers et peu pratiques en Guyane. Quant aux familles hébergeantes, elles manquent aussi de place et ne suivent pas tout le temps les enfants. Enfin, cette séparation avec la famille peut entraîner de lourdes conséquences sur le développement et le bien-être de l’enfant, bien mis en évidence dans le rapport Suicides des jeunes Amérindiens en Guyane française établi en 2015. Elle démultiplie par ailleurs les risques de déscolarisation, nettement plus marqués dans la Guyane de l’intérieur, dès les jeunes âges (6-11 ans), mais surtout à partir du niveau collège.
Les enfants mangent-ils à leur faim à l’école ?
  • De nombreux enfants ne déjeunent pas, mais « collationnent », voire restent le ventre vide toute la journée.
  • En 2013, dans les établissements du premier et second degré en Guyane, moins d’un élève sur six bénéficie du service de la restauration scolaire.
  • Dans son rapport sur les droits des enfants à Mayotte, le Défenseur des droits précise par ailleurs que « beaucoup d’élèves ne demandent pas à bénéficier de la PARS car c’est afficher sa pauvreté, d’autres ramènent chez eux la collation pour la partager ».
  • Dans le cadre du Plan Mayotte 2025, le vice-rectorat a élaboré un projet d’envergure visant à mettre en place une véritable restauration scolaire.
Dans quelles conditions travaillent les professeurs ?
  • le problème, à Mayotte et dans les zones les plus isolées de Guyane, est surtout le manque de personnels pour les pourvoir.
  • La CNCDH dénonce un manque de préparation à la prise de poste, surtout dans des territoires où la langue et la culture diffèrent fortement de la métropole.
  • Les enseignants se retrouvent dans des conditions de vie précaires dans les villages de l’intérieur ou du fleuve : logement souvent rudimentaire, voire insalubre, eau et électricité parfois rationnées, couverture numérique limitée, difficultés de ravitaillement, éloignement et isolement, longueur des transports en pirogue … d’où un manque d’attractivité.
Dans quelles conditions travaillent les professeurs ?
  • Dans les Outre-mer, le français coexiste avec plus de cinquante « langues de France » sur les soixante-quinze identifiées officiellement en 1999 par le rapport Cerquiglini sur Les langues de France.
  • Seuls 40 % de la population parlent le français et ses locuteurs natifs ne représentent que 10% des Guyanais.
  • A Mayotte, seuls 60 % des habitants de l’île maitrisent la langue française et seul un Mahorais sur dix en est locuteur natif.
  • Les difficultés de lecture sont particulièrement aiguës dans ces sociétés à tradition orale.
  • A 17-18 ans, les données relevées lors des Journées Défense et Citoyenneté en 2015 révèlent que 20,2 % des jeunes ultramarins sont considérés comme étant en situation d’illettrisme, ce chiffre étant de 50,9 % à Mayotte et 29 % en Guyane, contre 3,6 % en métropole.
  • Les jeunes originaires des Outre-mer remarquent à quel point les habitants de l’hexagone méconnaissent les ultramarins, et donc leur propre territoire.
  • Le lien entre les jeunes, les familles et l’école n’est pas assez effectif.
  • Le poids de la tradition et des coutumes dans les sociétés mahoraises et guyanaises est tel qu’il est impossible de ne pas les prendre en compte.

Conclusion : 

La CNCDH dresse les constats suivants :

  • La scolarisation des enfants de moins de 3 ans est presque inexistante, alors même que la loi dispose qu’elle doit être développée en priorité dans les zones d’éducation prioritaire, ceci concernant la totalité des écoles mahoraises et guyanaises.
  • Tous les enfants de 3 à 5 ans ne sont pas accueillis en maternelle malgré le souhait des parents, à l’inverse des autres territoires d’Outre-mer où l’école maternelle est répandue. Le manque de places à Mayotte et en Guyane contraint à scolariser en priorité les enfants de 5 ans, puis de 4 ans, puis de 3 ans. Cette situation est particulièrement dommageable pour ces enfants, en majorité non francophones, le rôle propédeutique de la pré-scolarisation ayant été largement démontrée, notamment pour la maîtrise de la langue.
  • Si les efforts des uns et des autres se concentrent sur les enfants âgés de 6 à 16 ans, soumis à l’obligation scolaire, l’accès à l’école n’est pas non plus assuré à tous les enfants de cette tranche d’âge.
  • L’entrée à l’école pour un mineur de plus de 16 ans est particulièrement difficile, alors même qu’elle est de droit.
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