Stéphanie Sinclair montre la réalité effrayante des mariages forcés dans le monde

Une des photographies de l'exposition Too Young To Wed, sur les mariages forcés, à l'Arche du photojournalisme, à La Défense. Photo : Stéphanie Sinclair
En 2010, après avoir la célébration de leur mariage auprès des femmes de leur famille, Sidaba, 11 ans, et Galiyaah, 13 ans, sont complètement voilées et emmenées à leurs maris à Sanaa, au Yémen. Photo : Stéphanie Sinclair

C’est un dans un lieu nouveau, l’Arche du photojournalisme, que l’on découvre une photographe de talent pas assez connue : Stéphanie Sinclair. L’Américaine parcourt le monde depuis des années pour couvrir la question des mariages forcés. Jean-François Leroy, directeur artistique de l’Arche du Photojournalisme mais aussi du festival VISA pour l’image à Perpignan, revient sur son travail bouleversant.

« Là, j’ai choisi celle-là, mais demain, ça pourrait une autre. Elle évoque toutes quelque chose. Il y a en 175 ! » Jean-François Leroy est cash. Si le but de ce format est de revenir sur une photo de l’exposition, le professionnel de la photographie s’est plié à l’exercice à contrecœur pour présenter Too Young To Wed, l’exposition de Stéphanie Sinclair, actuellement à l’Arche du photojournalisme, à La Défense.

« J’aurai pu vous choisir celle de la petite fille qui pleure juste après l’excision, ou celle de la petite Afghane qui est avec son mari de 41 ans alors qu’elle en a 11. J’aurai pu vous choisir celle au Sierra Leone de la gamine, son enfant et le chef de la police, j’aurai pu vous choisir la jeune fille vitriolée sous la pluie … Je peux vous choisir les 175 clichés de l’exposition !« , explique-t-il par téléphone à Respect mag.

Les violences autour du mariage forcé

Sur ce cliché qu’il nous envoie, on voit des mères qui amènent leurs filles dans le village où elles vont épouser chacune leur mari, aveuglées par un masque pour qu’elles ne puissent pas retrouver le chemin de leur village natal. La photo a été prise en 2010, au Yémen. « Je trouve ça assez effrayant comme violence !« , commente Jean-François Leroy.

Passionné, le directeur de l’arche du photojournalisme l’est assurément. Lorsqu’on lui demande combien de temps a-t-il mis pour mettre en place cette exposition, il rit et s’exclame : « Si je vous dit douze ans, ça vous va !« . Il ajoute : « J’ai découvert le travail de Stéphanie il y a douze ans. ça fait 12 ans que je la suis, 12 ans je suis un inconditionnel de Stéphanie, 12 ans que je fais sa promo tant que je peux parce que je trouve que son boulot est exceptionnel. C’est un travail sans équivalent pour moi ! »

Stéphanie Sinclair, une évidence

Du coup, lorsqu’on lui propose de travailler sur ce nouvel espace dédié au photojournalisme, il y a quatre ans, Stéphanie Sinclair est une évidence pour la première exposition. Le résultat est saisissant. Des portraits pris aux quatre coins du monde, de l’Afrique à l’Asie, en passant par le Moyen-Orient et l’Amérique. On bouscule les clichés. On voit les liens entre traditions, violence et actualité. Un travail encore jamais exposé à cette échelle à Paris. Une question qui turlupine aussi Jean-François Leroy.  » Dans une ville comme Paris, qui a des tas de lieux d’expositions, comment ce boulot est passé-t-il entre les mailles du filet ?« , s’interroge-t-il.

En tout cas, il est clair que ce travail ne laisse personne indifférent, au grand plaisir du directeur artistique de l’arche. « Quand on lit les réactions dans le livre d’or, on se rend compte que plein de gens découvrent le travail de Stéphanie mais aussi la problématique du mariage des petites filles. 113 des photos n’ont jamais été exposées, donc je suis content de l’avoir fait ! Quand on a fait visité l’expo à Mme la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et que Mme la ministre de la Culture a pleuré, ce n’était plus de la représentation politique, c’était vraiment de l’émotion de femme devant un problème qu’elle connaissait mal ou pas assez. Ça m’a beaucoup touché« .

Cette émotion, beaucoup de photos de l’exposition la provoque. Au cours de la conversation, Respect mag n’a pu s’empêcher de mentionner une photo en particulier. Elle montre un contraste terrible entre une petite fille hurlant lors de son excision, tandis qu’une personne de sa famille la regarde avec un grand sourire, quasi carnassier. « C’est effrayant« , commente Jean-François Leroy, avant de conclure :  » Voilà, vous avez tout compris. »

Too Young To Wed, à l’Arche du photojournalisme (Arche de La Défense), jusqu’au 24 septembre 2017.


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