Prison : des surveillantes comme vous ne les verrez jamais

INCORPORATION 8. Avec son travail sur les surveillant(e)s pénitentiaires, le photographe propose de voir l'univers de la prison en France. Crédit photo : Arnaud Théval.
INCORPORATION 8. Crédit photo : Arnaud Théval.

La prison est un monde inconnu pour beaucoup. Très présente dans l’imaginaire et la culture, la prison ne laisse pas la photographie indifférente. Arnaud Théval s’est penché du côté des surveillants pénitentiaires et livre son regard sur une de ses photos.

Dans l’amphithéâtre de l’école nationale d’administration pénitentiaire, la centaine d’élèves surveillantes m’écoute silencieusement. Je présente mon projet et mon intrigue de voir des femmes surveiller des hommes. J’ai été interpellé par des dessins d’héroïnes maléfiques skotchés sur les casiers des vestiaires pour femme et par le livre de Cécile Rambourg Origines et évolution de la féminisation de l’administration pénitentiaire. Je lis des passages. En scrutant la salle, je perçois de l’agacement, de l’ennui mais aussi des sourires et de la curiosité. Je poursuis la lecture : « …au lieu de pacifier et donc de sécuriser la détention, les surveillantes mettent en péril celle-ci et sont, elles-mêmes, en situation de danger.» Un grondement monte, tandis que je leur propose mes hypothèses d’images.

Plus tard, incertain de leurs présences, j’attends des surveillantes volontaires. Elles arrivent, j’hésite. J’ai l’impression que mes mots vont trembler lorsqu’ils sortiront de ma bouche. D’ailleurs, je ne tiens pas en place. Il y a ce petit moment de doute avant d’énoncer un protocole, comme une inquiétude.

« Sans concertation, elles prennent la pause »

La petite troupe de femmes surveillantes écoute ma proposition. Je leur demande d’interpréter la posture de leurs collègues masculin, de gommer le plus possible leurs attributs féminins. Sans concertation, elles prennent la pause. L’une d’entre elle aperçoit non loin du lieu de la prise de vue, un tas de pneus. Instinctivement, elle propose de les prendre car les pneus c’est très mec. Ignorants du sens du collage, nous poursuivons. La disjonction s’installe dans l’image comme un départ de feu non calculé.

Dans la culture pénitentiaire, le pneu est synonyme de blocage d’établissement. Dès l’exposition de cette photo dans l’école, le trouble agite les spectateurs emmêlés dans la lecture d’une image de surveillants renvoyant à celle d’un gang, me dira-t-on et à l’interdiction de faire grève, de qui plus est en uniforme.

Arnaud Théval

Son exposition L’oeilletton inversé, la prison vidée et ses bleus, est à retrouver au musée des Beaux-Arts d’Agen, du 24 juin au 30 novembre.


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