À la découverte du repère des hindous à Paris

Les prêtres du temple de Ganesh préparant une cérémonie - Crédits Antonin Padovani

Le temple de Ganesh, dans le quartier de La Chapelle à Paris, accueille tous les jours de nombreuses personnes venues célébrer la myriade de divinités hindoues. Médiatisé tous les ans par l’organisation du défilé de Ganesh, organisé dans les rues du quartier fin août, nous souhaitions en savoir plus sur la communauté hindoue parisienne. Voyage pas si lointain avec Ganesh et Shiva.

10 heures, midi, et 18 heures : trois cérémonies par jour sont célébrées, rue Pajol, pour les adeptes parisiens de l’hindouisme. On considère que cette religion, peu connue en France, ne possède pas moins d’un milliard d’adeptes dans le monde, en faisant le troisième culte le plus pratiqué derrière l’islam et le christianisme. Pourtant le Temple de Ganesh, Sri Manika Vinayakar Alayam de son nom complet, est le seul lieu de pratique dans la capitale française. Peu développé en France, ce sont les populations immigrées en provenance d’Inde ou du Sri Lanka, qui nous ont apporté l’hindouisme.

Rue Pajol, cette ancienne boutique a été rénovée en temple Hindou en 2010 – Crédits : Antonin Padovani

« Little Jaffna », quartier hindou de Paris

Le quartier de La Chapelle, coincé entre les rails des gares du Nord et de l’Est, accueille de nombreuses échoppes colorées. Ces épiceries et restaurants, souvent indiens ou sri lankais, voient leurs devantures couvertes de caractères étranges — issus des alphabets tamil ou hindi. Le quartier est surnommé « Little Jaffna », du nom de la capitale culturelle des Tamouls, au nord du Sri Lanka. La communauté y est fortement présente, de nombreux Tamouls ayant rejoint la France dès les années 80 pour fuir la guerre civile dans leur pays. La présence française en Inde, dans le fameux territoire de Pondichéry, a aussi permis aux populations locales de venir étudier en France et de s’y installer.

Plus étonnant : les Antillais. En effet, après l’abolition de l’esclavage, les Français signent un accord avec la Grande-Bretagne pour intégrer des populations indiennes sur ses territoires d’Outre-mer. Même chose à la Réunion, où l’on trouve de nombreux temples hindous. Une population moins visible, mais qui fréquente le temple selon Kanna : « Au temple, il y a des Indiens, des Tamouls, des Sri Lankais, mais aussi des Guyanais, des Réunionnais, des Martiniquais… » Cet homme âgé, d’origine sri lankaise, est arrivé en France il y a 38 ans, et fait partie des bénévoles qui animent le temple au côté des trois prêtres originaires d’Inde.

Un culte communautaire, mais très ouvert

Vendredi 21 juillet, le temple est plein. Une foule très nombreuse se presse à l’entrée, parlant souvent leur langue natale ou l’anglais. Les pratiquants enlèvent leurs chaussures, avant de s’engager dans cette boutique convertie en lieu de culte il y a 7 ans. « Il y avait un ancien temple, plus haut vers la station de métro Max Dormoy », m’explique Kanna, en pointant le portrait d’un homme au mur, « Mr Sanderasekaram est le fondateur du temple ». Ce Sri Lankais, issu d’une famille de bâtisseur de temples, a installé, depuis 1992, l’association Sri Manika Vinayakar Alayam à Marx Dormoy puis à La Chapelle.

À l’origine, de nombreuses statuettes sacrées sont amenées dans la capitale à partir des années 80. D’abord exposées à la Maison de l’Inde de la Cité universitaire, on les retrouve aujourd’hui rue Pajol, où elles sont vénérées quotidiennement par les fidèles. Ganesh est la divinité centrale de ce temple, mais le Sri* éléphant est bien entouré. « La cérémonie commence avec Ganesh, puis on fait le tour de chaque Dieu : Shiva, les neuf planètes qui contrôlent les humains etc. », décrit Kanna. Les trois prêtres présents bénissent les offrandes apportées tour à tour par les adeptes. Chaque gestes, chaque chants, revêtent des subtilités que je ne saurais expliquer en quelques lignes.

Les gens défilent, apportant des coupes remplis de bananes, noix de coco, encens et autres bout de papiers sur lesquels semblent écrits les prières des fidèles. Aujourd’hui, la cérémonie est d’autant plus célébrée que les vendredis, samedis, et dimanches, elle est suivie d’un moment de partage étonnant. Un repas végétarien est distribué gratuitement aux personnes présentes, offrandes ou pas. Une forte odeur de curry emplit la petite salle où les fidèles, assis ou debout dans les moindre recoins, mangent une belle assiette parfumée de riz aux légumes.

Seule condition pour être accueilli au temple, enlever ses chaussures à l’entrée – Crédits : Antonin Padovani

Je suis le seul blanc présent, ce qui ne semble pas surprendre un homme qui distribue le repas. Il m’interpelle pour que je l’aide à porter une des marmites vide, et aller la laver. Les gens font la queue pour nettoyer leurs écuelles dans un coin. Le temple se vide peu à peu, mais reste ouvert jusqu’à la prochaine cérémonie, avant de fermer pour la nuit. Il est ouvert chaque jour, pratiquants ou pas, à ceux qui acceptent d’enlever leurs chaussures pour y pénétrer.

* mot saint hindou, précédant le nom de chaque divinité


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1 commentaire

  • Bonjour,

    Une des communautés hindoues les plus « intégrées » de France est la communauté hindoue mauricienne. Parlant Hindi et d’origines principalement Bihari.

    Les hindous du Pays Bas, 200 000 personnes, sont aussi principalement des Biharis.

    En France, il y a une majorité tamoule liée à la présence des tamouls réunionnais, pondichériens et sri lankais.

    Chaque diaspora hindoue est ainsi légèrement différente à commencer par la langue.

    Les Gujeratis et Penjabi au Royaume Uni, les Bihari à Maurice et au Pays Bas, les Tamouls en France, les Telegus, Tamouls et Gujeratis aux Etats Unis.

    Nous sommes discrets, ce n’est pas pour autant qu’on ne comprend pas ce que les autres disent sur nous. Pendant la procession de cette année, j’ai dû « remettre à sa place » une noire chrétienne qui se moquait de Ganesh. Car si un dieu à tête d’éléphant est « drôle », une vierge qui donne naissance l’est tout autant…

    La deuxième génération est sensiblement plus éduquée et intègre déjà des fonctions plus élevées. C’est bon signe.

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