Adama Traoré : bientôt une issue positive pour la famille ?

Crédits : Ferguson in Paris

Il y a un an, le 19 juillet 2016, Adama Traoré gisait inerte dans la gendarmerie de la commune de Persan (95). Depuis, la famille réclame que toute la lumière soit faite, accusant les gendarmes d’avoir asphyxié le jeune homme. Une manifestation a eu lieu, le 22 juillet, à Beaumont-sur-Oise (95).

« Pas de justice, pas de paix ! » C’est le cri qu’on pouvait, entre autres, entendre du millier de personnes venues à Beaumont-sur-Oise dans le cadre d’une marche à la mémoire d’Adama Traoré, samedi 22 juillet 2017. On commémorait en effet le triste anniversaire de la mort de ce jeune homme mort dans la gendarmerie de Persan, d’une asphyxie. En rangs serrés, étaient présents la famille, les proches mais aussi des personnes révoltées par ce drame… et ce qu’il montre du rapport entre les forces de l’ordre et la population.

Sous un ciel gris menaçant de verser quelques gouttes de pluie, étaient déployées de larges et sobres banderoles où nous pouvions lire « Vérité et justice pour Adama » ou encore « Libérez Bagui » (le frère d’Adama, incarcéré pour avoir essayé d’entrer dans une session du conseil municipal de Beaumont-sur-Oise, ndlr). Le moment émouvant de cette après-midi de marche ? Une grande fresque représentant les noms des victimes de violences policières : Tina Sebaa, morte en 2007 après une course poursuite avec la Brigade anti-criminalité ; Abdelkader Bouziane, tué sur une route par la police en 1997, ou encore Ali Ziri, un retraité algérien mort en 2009 en garde-à-vue. Autant de drames dont l’affaire Adama Traoré est un épisode de plus. Celui du ras-le-bol ? Nous vous proposons un point sur l’affaire en essayant de poser les bonnes questions.

Que s’est-il passé il y a un an ?

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, accompagné de son frère Bagui, se promènent dans le centre-ville de Beaumont-sur-Oise. La police tente alors d’interpeller Bagui, visé par une enquête judiciaire. Néanmoins, n’ayant pas ses papiers d’identité sur lui et connu pour quelques procédures mineures, Adama Traoré s’enfuit. Deux gendarmes entament alors une course-poursuite pour tenter d’arrêter le jeune homme, qui parvient dans un premier temps à s’enfuir avant qu’il ne soit retrouvé dans l’appartement d’un de ses amis. Les gendarmes, au nombre de trois, veulent alors maîtriser entièrement le corps d’Adama Traoré en effectuant un plaquage ventral, malgré le fait que ce dernier les avait prévenu qu’il avait du « mal à respirer ». Il décédera, ainsi, quelques instants plus tard, dans la gendarmerie voisine de Beaumont-sur-Oise, à Persan, par asphyxie.

Que la famille reproche aux gendarmes ?

« On ne lâchera rien, on ne veut pas une simple mise en examen, on veut une condamnation. Ce jour-là, ils ont eu un droit de mort sur Adama. Ils devront payer ». Ces mots sont ceux d’Assa Traoré, sœur d’Adama et symbole de la lutte contre les violences policières. La famille et Yacine Bouzrou, leur avocat, sont certains que les gendarmes ont tués Adama Traoré par étouffement. Alors que quatre expertises ont, en un an, été réalisées, parlant tantôt de « malaise » ou encore d’une « infection très grave », une nouvelle, retentissante, vient confirmer la thèse avancée par la famille.

Que dit la récente contre-expertise médicale qui relance l’enquête ?

L’affaire a pris un nouveau tournant, et ça ne sent pas bon pour les gendarmes mis en cause dans ce drame. Selon des informations de nos confrères du journal La Croix, il semblerait que l’instruction de l’enquête ait été dépaysée. Elle est désormais entre les mains de juges d’instructions parisiens, qui ont écouté les témoignages de la famille « avec humanité et respect », donnant l’envie « de faire confiance » selon les mots d’Assa Traoré. Dans cette récente contre-expertise, la thèse de la mort d’Adama Traoré par asphyxie est validée par un collège de médecins. Les gendarmes mis en cause devraient être « très prochainement » entendus par la justice.

Que réclame la famille ?

Ni plus ni moins que la mise en examen des gendarmes incriminés, mais aussi la « remise en question des pratiques des forces de l’ordre dans les banlieues », pour Assa Traoré. « Les gendarmes ne sont pas venus trouver Adama comme ça, estime la soeur du jeune homme disparu. Ils se déplacent armés comme dans une zone de guerre, cagoulés, casqués, avec l’idée de briser des voyous. Il faut casser ce que l’État a construit par rapport aux jeunes des quartiers populaires. »

Que risque les gendarmes mis en cause ?

Dans le cas d’une mise en examen, les gendarmes qui auraient été identifiés comme responsables de la mort d’Adama Traoré seraient notamment sous le coup d’un jugement du Tribunal de Grande Instance de Paris, où le dossier est en cours. Par ailleurs, l’affaire suivrait ainsi le cours classique dans ce type de procédures : détermination ou non de la culpabilité des gendarmes, avec, in fine, interdiction d’exercer et placement en détention.


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